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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 02:39

alice in wonderland2

Tim Burton était le réalisateur idéal pour l'adaptation du classique de Lewis Carroll. La nouvelle production des studios Disney laissait donc présager une rencontre explosive entre deux univers poétiques, l'un littéraire, l'autre cinématographique, marqués par la même folie créatrice. Promesse tenue, en partie seulement.

Le nouveau Burton se révèle d'abord épatant à travers la liberté narrative adoptée vis-à-vis du matériau de base, proposant une vision originale, personnelle, des romans de Carroll. Le pari de la relecture était risqué, mais il est relevé avec brio. L'intrigue s'avère excitante : une Alice âgée de 19 ans, n'ayant plus un seul souvenir de sa première incursion au pays des merveilles, retourne dans cet univers follement baroque pour mettre un terme, malgré elle, au règne tyrannique de la Reine Rouge (irrésistible Helena Bonham Carter). La mise en scène souffre néanmoins d'une certaine platitude, laissant malheureusement parfois pointer l'ennui. On regrette l'intensité affolante des cauchemars burtoniens dans le genre de Sleepy Hollow. Alice manque d'audace, aussi bien dans le montage que sur le fond, édulcoré (Disney oblige). Là où on attendait du délire, on a affaire à un film beaucoup trop sage. Un divertissement calibré, tout mignon, à l'image d'une Reine Blanche niaise à souhait, incarnée par Anne Hathaway.

Heureusement, la splendeur graphique de l'ensemble (qui ne doit rien à la décevante 3D) parvient à faire oublier ces lacunes. Les décors luxuriants, débordants de détails, la photographie à la fois sombre et richement colorée, les effets spéciaux indétectables, l'utilisation saisissante du morphing... l'univers visuel imaginé par Burton et son équipe rendent un magnifique hommage à l'œœuvre de Carroll et de ses illustrateurs. La beauté de l'image, tout en contrastes et paradoxes, trouve son prolongement idéal dans l'incroyable mélange des tonalités respectant l'atmosphère instable des livres. On est sans cesse ballotés, pour notre plus grand plaisir, entre un humour ravageur et des accents plus sombres, tantôt sinistres, tantôt mélancoliques. Les registres se confondent littéralement, ébranlant nos repères, notamment dans le personnage de la Reine Rouge, qui se présente sous les traits d'une hilarante psychopathe. Sa fameuse réplique : « Qu'on lui coupe la tête ! » est déjà culte. Mais les plus fous sont surtout les plus tristes, comme ce troublant Chapelier incarné par un Johnny Depp fascinant d'ambiguïté. La superbe composition musicale de Danny Elfman vient enfin souligner le jeu des acteurs, reflétant leurs tensions intérieures. Même s'il est parfois plat et maladroit, Alice aux pays des merveilles revu par Burton reste donc un beau film, attachant, drôle, et finalement très humain.

3sur5

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