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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 18:44

 

habemus papam

A l'exception d'une poignée de grands films, tels que Drive et We need to talk about Kevin, la rentrée cinématographique de 2011 s'est révélée mollassonne, pas franchement excitante, à l'image d'un début d'année timide qui a vu s'enchaîner les gamelles de grands noms que l'on croyait, à tort, intouchables. La fin du mois d'août, languissante à souhait, nous avait livré son lot de blockbusters fatigués. Destination finale 5 n'apportait rien de nouveau sous le soleil d'une franchise faiblissante depuis son deuxième opus, accumulant ses cadavres grotesques sans fun aucun, tandis que Comboys et envahisseurs venait confirmer la tendance hollywoodienne actuelle, celle d'un morne fétichisme de la pyrotechnie gratuite et des personnages sans consistance. On aura préféré aux macchabées du dernier né de Destination finale (avant le prochain, bien évidemment), le petit trafic de corps organisé par Simon Pegg et Andy Serkis dans Cadavres à la pelle de John Landis, chronique macabre joyeuse, sympathique à défaut d'être inoubliable, où l'on retrouve avec délectation le temps de quelques (trop rares) scènes un Tim Curry toujours vicieux, le porte-jarretelles en moins. La peur de la mort trouvait un écrin en dents de scie dans La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli, vraie / fausse histoire d'un couple affrontant la maladie de leur enfant avec une énergie folle : un film bordélique et touchant, mais parfois très agaçant (dans ses tics post « nouvelle vague » totalement hors de propos), sauvé in fine par un plan final aussi bouleversant que puissant.

Septembre est arrivé. Chaleur dans les rues, frilosité dans les salles obscures. Hollywood nous proposait en hors-d’œuvre une énième variation vampirique avec son frigide Fright Night, compilation clichetonneuse et vaguement décalée d'un genre éreinté jusqu'à la moelle, moins insupportable que l'infecte franchise Twilight, mais totalement inoffensif, sans mordant, aisément oubliable une fois la séance terminée. Nanni Moretti venait alors nous donner un peu de saveur avec son Habemus Papam, chronique douce-amère d'un pontife qui refuse son destin pour enfin devenir un homme. Humour tendre et fin, interprétation majuscule du toujours étonnant Michel Piccoli. Le cinéaste italien nous surprend par l'humanité qui émane de ses images, évitant avec brio les écueils du pamphlet facile. Subtilité et classe nonchalante du côté de Gus Van Sant, qui nous touchait avec Restless, histoire de mort pleine de vie, détournant la morbidité de son propos grâce à un duo d'acteurs pétillants.

Morne mois d'octobre avec une omniprésence éreintante de navets hollywoodiens : le huis clos spatial Apollo 18 s'inscrit dans la lignée lamentable de ces pseudo films d'horreur réalistes (Paranormal Activity en tête) dont se régale un public facile qui confond désormais reportage télévisé et cinéma, tandis que Dream House se vautre dans la fange d'un déjà-vu éhonté, même pas sauvé par la présence de son casting prestigieux (Craig, Watts et Weisz cachetonnent à chaque plan), et que Les Trois Mousquetaires, hystérique et ridicule, se hisse sans peine dans le panthéon des purges de 2011. L'infantilisme du cinéma hollywoodien trouve par ailleurs un écrin idéal avec Real Steel, croisement improbable de Rocky et de Transformers : une maîtrise visuelle certaine, mais des acteurs fantomatiques, un scénario suranné et une morale positiviste de la lourdeur d'une enclume. Du côté français, Maïwenn reçoit des lauriers douteux pour son Polisse, sorte de faux documentaire (qu'on croirait écrit par une lycéenne en crise) qui ne dépasse pas l'ambition d'une collection de vignettes sensibles, qui insupporte par le jeu constamment hystérique et maladroit de ses acteurs, qui aurait finalement gagné en qualité par une plus grande maîtrise formelle et un regard plus acéré sur son sujet. On préférera la légèreté et la générosité assumées d'Un Monstre à Paris, mignon film d'animation hautement divertissant, et du Skylab de Julie Delpy, savoureuse réunion de famille qui agit, par-delà les époques, comme une véritable madeleine de Proust sur grand écran.


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