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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 19:10

fragments screen startrekintodarkness

2012 nous avait copieusement gâtés du côté des superproductions foireuses, avec ses reboots aussi inutiles qu'arrogants (The Amazing Spider-Man), ses démolitions en règle de sagas mythiques (Le Hobbit : Un Voyage inattendu, Prometheus), ses grosses niaiseries (Blanche-Neige et le Chasseur) et ses adaptations crétinoïdes de monuments littéraires (Sherlock Holmes : Jeu d'ombres). L'industrie hollywoodienne nous faisait en grande pompe une nouvelle et sinistre démonstration de son manque fragrant d'ambition artistique, comme pour partir en beauté – dans un feu d'artifice ultime de nullité - avant la fin du monde. Etait-il possible qu'Hollywood puisse tomber plus bas encore dans la fange, dans les abysses nauséabonds de l'anti-créativité ? Un bref regard sur la fournée des blockbusters de 2013 et l'on se surprend presque à regretter que le fameux cataclysme planétaire promis par nos amis Mayas n'ait pas eu lieu. Car désormais, rien ne semble en mesure d'arrêter la course effrénée d'Hollywood, sa violation hystérique et mercantile du Septième Art.

Annoncée à tort comme l'année du grand retour de la Science Fiction, 2013 ne nous a finalement livré que des titres tous plus mineurs les uns que les autres, sans intérêt aucun pour le genre (exception faite du viscéral et magnifique Gravity, d'Alfonso Cuaron). Avec Oblivion, Joseph Kosinski signe sa deuxième incursion (ratée) dans la SF – après le ridicule Tron Legacy – où l'on suit les déboires pas très excitants d'un agent d'entretien de drones (incarné par Tom Cruise) sur une Terre ravagée par une guerre nucléaire : handicapé par une lenteur rythmique maladroite et des citations gratuitement pompées sur des références telles que Mad Max, Moon, Wall-E voire The Truman Show (pour les ficelles manipulatrices), le film de Kosinski échoue à donner vie à un univers pourtant crédible voire ponctuellement impressionnant sur un plan purement visuel.

fragments screen manofsteel

Mais ce n'est rien face à la crétinerie hystérique (historique ?) des soi-disant poids lourds de l'année dans le domaine de la SF, à savoir Star Trek Into Darkness, Man of Steel et Pacific Rim. Tandis que J.J. Abrams s'adonne à la destruction pure et simple des codes qu'il avait su réinventer avec fraîcheur dans son premier Star Trek, à travers une aventure spatiale plombée par un rythme mou du genou, des cadrages parkinsoniens et des dialogues ineptes, Zack Snyder s'amuse en compagnie de Christopher Nolan à cracher sur la figure de Superman au milieu d'un bac à sable de ringardise indigeste, de répliques pompeuses, d'acteurs figés et de roublardise scénaristique qui ferait presque passer Daredevil pour un modèle de finesse. Après avoir quitté le navire (en plein naufrage) du Hobbit, Guillermo Del Toro a cru, quant à lui, pouvoir tirer quelque chose de bon des facilités innombrables d'un scénario peuplé de robots géants pilotés passant le plus clair de leur temps à poutrer des monstres marins abyssaux : ça ressemble un peu à des gamins s'amusant un mercredi après-midi avec leurs jouets favoris, l'innocence et l'imagination en moins, mais surtout à un épisode de Transformers, la grandiose beaufitude en moins. Le seul aspect colossal du film, c'est la déception qui s'en dégage, quand on sait que le type aux commandes est l'auteur du grisant et profondément mélancolique Labyrinthe de Pan. Montrer des grandes bébêtes à l'écran ne suffit pas à faire un grand film.

fragments screen pacificrim

Du côté de l'action, autre apanage des studios hollywoodiens, pas grand chose non plus à se mettre sous la dent. Ce n'est pas avec les péripéties éculées de White House Down, remake inavoué et honteux de Piège de Cristal et de Commando mettant en scène une énième fois chez Roland Emmerich (qui s'était pourtant bien rattrapé avec Anonymous) la destruction de la Maison Blanche. L'impression de déjà-vu, de recyclage flemmard, à son paroxysme. Pire encore : la tentative ridicule et ratée d'appropriation du film de zombies par le cinéma « grand public », avec le pathétique World War Z de Marc Forster (déjà coupable du débile Quantum of Solace). Plus un cahier des charges scrupuleusement coché qu'un véritable film (jusqu'au placement de produit le plus grotesque de toute l'histoire du cinéma), World War Z, censé dépeindre une épidémie mondiale transformant les humains en morts-vivants, se vide dès ses premières scènes de toute tension, de tout intérêt dramatique, en minimisant la vision de cette épidémie, en ne montrant rien. Et comble du foutage de gueule, la fameuse guerre promise par le titre se voit expédiée en moins d'une minute juste avant le générique final. Jusqu'à ce générique, il ne se sera strictement RIEN passé à l'écran : seulement un Brad Pitt en roue libre, cachetonnant aux quatre coins du monde, comme s'il posait pour des spots publicitaires de tourisme.

fragments screen worldwarz

C'est peut-être ça, au fond, au-delà d'un irrespect total vis-à-vis de notre imaginaire et de nos mythologies, qui a fini par tuer la créativité à Hollywood : le soin maniaque, psychopathe, apporté à la promotion publicitaire des films, au détriment de leur contenu même (exemple révélateur : le trailer de Prometheus était un chef-d'œuvre de tension, le film un navet). Il serait grand temps que les cravatés arrogants qui peuplent les studios ouvrent les yeux sur une pure évidence : on construit un film avant de le vendre. Pas le contraire. A bon entendeur !

wcc

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