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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 04:19

deathly hallows

Trop court ! C'est le premier sentiment qui nous vient à l'esprit quand apparaît le générique final du dernier opus de la saga Harry Potter. Une déception qui en cache malheureusement bien d'autres. Loin d'être un mauvais film, la deuxième partie des Reliques de la Mort n'atteint pas la perfection, ni l'aura de tristesse du volet précédent. Trop expéditive, cette conclusion semble ramener le niveau de la saga au temps de L'Ordre du Phénix, qui reste l'épisode le plus bancal à ce jour, l'émotion en plus. Émouvant, le dernier film l'est à plus d'un titre, à travers un flash-back déchirant -– quoiqu'incompréhensible pour qui n'a jamais lu le livre -– révélant la véritable nature de Rogue, quelques morts poignantes (Lupin et Tonks immortalisés comme des gisants) et un épilogue magnifique. Mais cette émotion, si elle nous serre le cœœur à maintes reprises, ne parvient pas à nous faire oublier une myriade de défauts agaçants. Ils s'agit toujours d'un beau spectacle, mais décevant et frustrant à plus d'un titre.

Le monteur de la première partie des Reliques de la Mort semble avoir pris des vacances avant l'heure, tant on peut percevoir la fracture dans le rythme général. Tout s'emballe, tout s'enchaîne parfois sans transition, sans explication aucune, souvent dans l'incohérence la plus complète. La progression est bancale, à cause de l'absence de certaines scènes. Le ciment qui unissait superbement les protagonistes se fissure soudain, alors que les personnages secondaires se font balayer du récit bien trop rapidement pour que l'on puisse s'apitoyer sur leur sort (le dénouement du Seigneur des Anneaux, du haut de ses quatre heures inoubliables, demeure insurpassable). L'épure du montage isole tellement Harry, qu'il semble parfois se détacher du scénario sous nos yeux, comme une décalcomanie, pour être réduit à l'état de simple icône. La débauche sidérante d'effets visuels qui inonde le film finit par priver le récit et ses personnages de toute humanité. On nous en met plein la vue, trop souvent au détriment du cœœur. La fameuse bataille finale, si viscérale dans le livre (car racontée d'un point de vue humain), n'est qu'un ensemble de plans larges où des étincelles multicolores se détachent sur un ciel noir d'ébène. Des plans trop éloignés de l'action pour nous la faire vivre pleinement. Comble de l'abstraction... Mais ce qui déçoit le plus dans ces scènes mouvementées, c'est leur ambition visuelle étrangement faiblarde.

On était en droit, vu le budget du film, de réclamer un spectacle dantesque. Or il ne l'est qu'à moitié (mais où diable sont passés les centaures ? le frère géant d'Hagrid ?). McGonagall donnant vie à une armée de statues, Neville décapitant dans un geste grandiose le serpent de Voldemort, un somptueux ralenti sur Ron et Hermione échappant au même serpent... On trouve bel et bien quelques scènes d'anthologie dans cet ultime volet, mais aussi pas mal de scènes ratées, voire grotesques : des baisers échangés à des moments incongrus, les pauses risibles de Voldemort (décidément le personnage le plus ridicule de cette saga), la facilité déconcertante de la découverte des Horcruxes, l'hilarant ballet aérien réunissant Harry et Voldemort... Certaines scènes ne se justifient que par l'utilisation de la 3D, qui ne représente en aucun cas un enjeu artistique, juste mercantile : la mort de Bellatrix, pulvérisée en une multitude de petits cubes noirs par la mère Weasley, la découverte de la Pierre de Résurrection, la descente en wagon dans les entrailles de Gringotts, la lévitation interminable de la Pensine... Même la destruction de Voldemort, qui aurait dû se présenter comme le clou d'un spectacle grisant, ne répond qu'aux impératifs agaçants de la 3D : alors qu'on s'attendait à ce qu'Harry lui porte un coup final monumental, jubilatoire, cathartique (d'ailleurs amorcé à l'écran), le grand méchant s'évapore tout doucement, alors qu'Harry ne le touche même pas, en une neige de cendres numérique emportée par le vent. Rien de spectaculaire ici, juste un petit effet 3D minable, pseudo-poétique, venant gâcher le plaisir qu'aurait dû nous procurer le « coup de pied au cul », le « pétage de gueule » ultime, tant attendu. La mise à mort des méchants dans ce film s'érige d'ailleurs comme un regrettable contre-sens par rapport au livre : alors que Rowling mettait un point d'honneur à décrire un effondrement, presque une implosion des serviteurs du mal, Yates décide -– pour on ne sait quelle obscure raison hollywoodienne -– d'anéantir ce mal à travers une représentation graphique liée à l'explosion, à l'élévation, autrement dit une quasi rédemption. N'étant certainement pas un fanatique des adaptations littérales, je pense tout de même qu'il est déplorable de trouver pareilles erreurs de lecture, surtout dans le cadre d'une telle saga.

Spectacle en demi-teinte, la deuxième partie des Reliques de la Mort se voit sauvée par l'interprétation renversante d'Alan Rickman, qui incarne le personnage le plus fascinant de cette conclusion, mais aussi par les retrouvailles avec des éléments et des personnages familiers jetés dans un tourbillon de destruction parfois douloureux. La séquence post-combat, au bord d'un pont en ruines qui semble surplomber le néant, où Harry renonce à l'arme la plus puissante du monde magique pour retourner auprès de ses éternels amis, Hermione et Ron, nous prend littéralement à la gorge. Ce sentiment de tristesse et de sérénité mêlés à la vue du trio survivant, se prolonge dans un épilogue admirable et magnifique de simplicité, s'achevant sur nos héros vieillissants, mais toujours ensemble après les épreuves qu'ils ont traversées. La saga se termine comme elle a commencé, il y a dix ans, sur un quai de gare étrange, à présent terriblement familier, avant de baisser le rideau sur la tristesse souriante de trois visages fraternels, que le thème originel et bouleversant de John Williams, enfin repris, vient caresser de ses notes immortelles.

3sur5

 

[critique] Harry Potter et les Reliques de la Mort - Partie 1

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commentaires

Marie 23/07/2011 02:01

Ce que je regretterai le plus dans cette saga, c'est d'avoir fait de Voldemort un personnage aussi ridicule. Je cherche encore le génie du Mal qu'il aurait dû être... De plus, pour quelqu'un censé tenir du serpent, je le trouve très "animal à sang chaud". Un comble.

Thomas Grascoeur 22/07/2011 16:18

Trop court, c'est vrai.

Magusneri 14/07/2011 14:52

Je viens de remplacer "bâclé" par "bancal", dans l'effervescence de l'écriture je me suis un peu emmêlé dans le vocabulaire :P un film aussi réussi esthétiquement parlant ne peut en aucun cas être qualifié de "bâclé".

Magusneri 14/07/2011 14:49

J'aime bien L'Ordre du Phénix, je le trouve juste bancal, dans la mesure où je trouve que tout s'enchaîne trop vite, à tel point qu'on a l'impression que l'intrigue s'étale sur à peine une semaine. A part ça, c'est vrai que c'est un bon film : le personnage d'Ombrage est excellent en nunuche sadique, la photographie impressionne et l'atmosphère du livre se voit parfaitement retranscrite par David Yates.
Je suis tellement attaché à cette saga que je l'aime dans sa globalité, malgré ses défauts. Une intrigue aussi énorme (8 films !), un univers aussi riche et des personnages aussi forts, on ne voit pas ça tous les jours au cinéma. C'est un pur plaisir de divertissement !

mymp 14/07/2011 12:26

Globalement d'accord avec toi, surtout sur l'utilisation de la 3D que tu analyses très bien, sauf concernant le premier paragraphe (beh oui, il est très bien L'Ordre du Phénix, allons !). Concernant l'épilogue, je le trouve raté, et je ne dois pas être le seul : beaucoup de rires méchants et de sifflets dans la salle à cet instant ! En tout cas c'est enfin terminé, du coup je vais pouvoir me replonger dans les romans pendant les vacances !