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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 10:48

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Chef opérateur, décorateur et publiciste devenu l'un des réalisateurs les plus brillants de sa génération, le britannique Ridley Scott reste sans aucun doute le meilleur « œœil » d'Hollywood. Retour sur une carrière de près de 40 ans, où la beauté visuelle côtoie la plus grande diversité de genres. L'œœuvre d'un cinéaste qui a toujours défendu sa liberté de création et son statut d'auteur, qui a toujours su filmer les femmes comme personne, en leur donnant des rôles forts, de premier plan.


1965 : Boy and Bicycle (court-métrage). Un premier « film », en noir et blanc, mettant en scène son frère, Tony. L'errance d'un jeune homme à vélo, dans une ville en bord de mer. Le jeune Ridley montre déjà à quel point il est un exceptionnel bâtisseur d'espace, travaillant ses perspectives et ses profondeurs de champs avec une minutie incroyable. Disponible en bonus du DVD des Duellistes.

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1977 : Les Duellistes (The Duellists). Avec Harvey Keitel et Keith Carradine. Premier long métrage de Ridley Scott. Prix du Jury de la première œuvre à Cannes en 1977. Superbe film en costumes, narrant le combat acharné et absurde qui oppose deux lieutenants de la cavalerie napoléonienne. Les images, nimbées d'une lumière magnifique, sont composées comme des tableaux, en hommage à Barry Lyndon de Kubrick. L'interprétation de Harvey Keitel est inoubliable.

03

1979 : spot publicitaire Chanel n°5 « Share the fantasy ». Avec Carole Bouquet. Ridley Scott renoue avec la publicité. D'après ses dires, il aurait réalisé environ 2000 spots publicitaires au cours de sa carrière.

04

1979 : Alien, le huitième passager (Alien). Avec Sigourney Weaver, Ian Holm, John Hurt, Tom Skerritt, Harry Dean Stanton. Le cinéaste fait appel à Moebius et Giger, deux illustrateurs qu'il admire, pour donner vie à l'un des fleurons de la SF et du film d'horreur. Succès colossal à l'échelle planétaire, passé à la postérité. Un film culte qui a conservé toute sa puissance de terreur. L'héroïne de ce survival est une femme, qui deviendra une icône de la science-fiction.

05

1982 : Blade Runner. Avec Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young, Darryl Hannah, Edward James Olmos. Chef-d'œœuvre à la croisée du film noir et de la SF, adapté d'un roman de Philip K. Dick. Une fresque futuriste qui a connu un destin tumultueux, avec pas moins de 5 versions, aujourd'hui disponibles dans un magnifique coffret DVD édité en 2007 par Warner. Le final cut est la version préférée du cinéaste, supervisée par lui-même, celle qui correspond le plus à la vision qu'il avait eu de son film au moment de la réalisation. L'androïde Rachel rappelle la silhouette des femmes fatales dans les films noirs des années 40.

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1984 : spot publicitaire pour la marque Apple, « 1984 ». Publicité très esthétique croisant l'imaginaire pessimiste de George Orwell (1984) et des images encore imprégnées de la beauté noire de Blade Runner.

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1985 : Legend. Avec Tom Cruise, Mia Sara, Tim Curry, David Bennent. Un conte au scénario convenu mais plaisant, aux images renversantes de beauté. Une fresque de fantasy encore inégalée sur le plan esthétique, mettant en scène le démon le plus magnifique et le plus effrayant de l'histoire du cinéma. A voir dans sa version director's cut, disponible en DVD zone 1, la version européenne que nous connaissons étant scandaleusement amputée d'une trentaine de minutes indispensables.

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1987 : Traquée (Someone to Watch Over Me). Avec Mimi Rogers, Tom Berenger. Considéré comme mineur dans la filmographie de Ridley Scott. Le cinéaste explore un genre encore nouveau pour lui, celui du thriller. L'histoire d'un garde du corps tombant amoureux de la riche New-Yorkaise menacée de mort qu'il doit protéger. Si l'interprétation est un peu plate, les ambiances sont hypnotiques, les images très belles, comme toujours, nimbées de la pâleur bleutée si chère à Scott.

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1989 : Black Rain. Avec Michael Douglas, Andy Garcia. Deuxième thriller / policier dans la carrière de Scott. S'il a beaucoup vieilli, le film reste fascinant par la peinture oppressante qu'il donne de la grande ville japonaise, très proche du Los Angeles de Blade Runner. Quelques scènes choc (dont la décapitation de Andy Garcia par un gang de Yakusa), des ambiances glacées et une interprétation incroyablement désabusée de Michael Douglas.

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1991 : Thelma & Louise. Avec Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel, Michael Madsen, Brad Pitt. Changement de genre et d'univers esthétique pour Ridley Scott, qui s'attaque au road-movie solaire. Le destin tragique de deux femmes pourchassées à travers plusieurs États américains pour avoir tué un homme. Un film acclamé par les mouvements féministes pour la tendresse qu'il témoigne envers ses deux protagonistes, mais surtout le geste de liberté absolue qu'il leur accorde lors du dénouement. L'interprétation de Susan Sarandon et de Geena Davis est affolante d'intensité et de naturel. Brad Pitt fait une apparition mémorable dans un de ses tout premiers rôles, tandis que Harvey Keitel retrouve Scott pour la deuxième fois, 15 ans après Les Duellistes.

12

1992 : 1492, Christophe Colomb (1492, Conquest of Paradise). Avec Gérard Depardieu, Armand Assante, Sigourney Weaver, Tchéky Karyo, Fernando Rey. Scott signe une fresque historique flamboyante, aux tableaux inoubliables. La superbe musique de Vangelis donne aux images un relief à la fois épique et hypnotique. Sigourney Weaver incarne la reine Isabelle de Castille, 13 ans après avoir prêté ses traits à Ripley sous la caméra de Scott.

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1995 : création, avec son frère Tony, de la société de production indépendante Scott Free. Outre leurs propres films, les frères Scott ont pu financer grâce à leur société un nombre déjà considérable de longs métrages et de séries TV : Dragon Rouge (Brett Ratner), Numb3rs (TV), In Her Shoes (Curtis Hanson), The Company (TV), L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik)...

 

1996 : Lame de fond (White Squall). Avec Jeff Bridges, Caroline Goodall, John Savage. Un bon film d'aventures en mer, plombé par le cabotinage de Jeff Bridges et le plagiat sirupeux du dénouement du Cercle des poètes disparus. L'océan a rarement été aussi beau que sous l'objectif aguerri de Scott. La scène de tempête qui donne son titre au film est un morceau de bravoure aux effets spéciaux aussi hallucinants qu'effrayants. A noter : la présence du tout jeune Jeremy Sisto (l'interprète de Billy, le frère de Brenda dans Six Feet Under), déjà dans un rôle de grand malade, son personnage mutilant un dauphin sans raison apparente.

14

1997 : À armes égales (G.I. Jane). Avec Demi Moore, Viggo Mortensen, Anne Bancroft. Film militaire un peu ronflant, qui vaut surtout pour l'impressionnant portrait de femme qu'il propose. Une battante inébranlable décidée à prouver sa valeur dans un monde exclusivement masculin. Demi Moore s'est tellement impliquée dans son rôle qu'elle n'a pas hésité à se raser le crâne. 15 années plus tard, sa tête nue nous hante encore.

15

2000 : Gladiator. Avec Russell Crowe, Joaquin Phoenix, Connie Nielsen, Richard Harris. Ridley Scott réinvente littéralement le péplum avec une rageuse histoire de vengeance au cœœur de la Rome Antique. Reconstitution historique impressionnante de grandeur, brutalité des séquences de combats, bouleversante tragédie du dénouement, musique inoubliable de Hans Zimmer et de Lisa Gerrard. Russell Crowe et Joaquin Phoenix crèvent littéralement l'écran. En la chargeant de ses thèmes angoissés, Scott signe une fresque profondément personnelle et universellement touchante. La version longue offre quelques développements passionnants.

16

2001 : Hannibal. Avec Anthony Hopkins, Julianne Moore, Gary Oldman, Ray Liotta. Suite du Silence des agneaux de Jonathan Demme, narrant les sanglants méfaits de Hannibal Lecter. Ridley Scott, qu'on sent freiné par une équipe de production frileuse, ne parvient pas à atteindre l'aura dévastatrice de son prédécesseur. Il parvient tout de même à instaurer une atmosphère étouffante. L'horreur culmine lors de scènes macabres insoutenables, comme une pendaison par les boyaux ou la dégustation par Ray Liotta de sa propre cervelle, cuisinée par Lecter.

17

2002 : La Chute du Faucon noir (Black Hawk Down). Avec Josh Hartnett, Ewan McGregor, Tom Sizemore, Eric Bana, Orlando Bloom. Un film de guerre sous-estimé, bien plus impressionnant que les récents Démineurs ou Green Zone. Ridley Scott nous entraîne dans un cauchemar de plus de deux heures dans un décor de mort absolument terrifiant, nid de guêpes urbain crachant tel un dragon monstrueux des gerbes ininterrompues de poussière et de feu. Scotchant.

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2003 : Les Associés (Matchstick Men). Un film totalement méconnu, mais jubilatoire, où un arnaqueur atteint de TOC (Nicolas Cage déchaîné et touchant) prépare le plus gros coup de sa carrière avec son associé et sa fille de quatorze ans (mignonne Alison Lohman), dont il vient de découvrir l'existence. Une comédie truffée de faux-semblants, aux images très léchées, au twist final épatant. À découvrir !

19

2005 : Kingdom of Heaven. Avec Orlando Bloom, Eva Green, Jeremy Irons, David Thewlis, Brendan Gleeson, Liam Neeson. Une fresque médiévale dans la Jérusalem du XIIème siècle à voir obligatoirement dans sa version longue, enrichie de 42 minutes cruciales. Plus spirituel que spectaculaire, Kingdom of Heaven surprend par ses fulgurances esthétiques, son rythme envoûtant et l'interprétation bouleversante d'Eva Green. Orlando Bloom paraît bien terne à côté d'elle. À noter : c'est Edward Norton qui incarne Baudouin IV, le roi lépreux au masque d'argent. Il demanda personnellement à Ridley Scott de lui confier ce rôle, dont on ne voit jamais le visage, tout en refusant que son nom apparaisse parmi ceux des stars du film au générique. Sa participation au casting est un pur désir de jeu. Un fait trop rare pour ne pas être souligné. D'autant plus qu'il s'agit d'un rôle inoubliable.

20

2006 : Une Grande Année (A Good Year). Avec Russell Crowe, Marion Cotillard, Tom Hollander, Freddie Highmore. Impitoyablement descendue en flèche par la critique, une comédie romantique légère, souriante, sans aucune prétention. On lui a reproché son avalanche de clichés sur la France, alors qu'on peut déceler une réelle tendresse du cinéaste pour ces lieux communs. On a raillé le côté « carte postale » des paysages, alors que le travail minutieux de la photographie et de la composition du cadre est palpable à chaque plan. Le film a été tourné dans le chaleureux Lubéron, où Ridley Scott possède d'ailleurs une magnifique propriété. Savoureuse et insolite confrontation de Russell Crowe et de Didier Bourdon.

21 a good year

2007 : American Gangster. Avec Russel Crowe, Denzel Washington, Chiwetel Ejidfor, Cuba Gooding Jr., Josh Brolin, Armand Assante. Une fresque de gangsters sous-estimée, offrant une vision saisissante du pourrissement de la société américaine pendant la Guerre du Vietnam. Denzel Washington impressionne par sa présence iconique. La mise en scène, ample et rigoureuse, est ponctuée de quelques morceaux d'anthologie, dont une exécution au flingue en pleine rue, d'une insolente décontraction.

22

2008 : Mensonges d'État (Body of Lies). Avec Leonardo DiCaprio, Russell Crowe, Mark Strong. Un thriller géo-politique fascinant et tendu à craquer, donnant lieu à une réflexion vertigineuse sur le pouvoir des images, à l'heure de leur démultiplication délirante et de l'omnipotence des satellites. Magistrale ironie d'un scénario dont les personnages sont constamment soumis à un regard sans jamais être réellement vus. Quand on finit par ne plus voir les autres, c'est la mort. La métaphore de l'aveuglement des sociétés occidentales rejoint ici la symbolique de l'œœil, initiée 25 ans plus tôt par Blade Runner. Chez Scott, la vue et la vie se confondent. Je vois donc je suis. Je filme donc je vis. Tel est le crédo de ce cinéaste visionnaire.

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2010 : Robin des Bois (Robin Hood). Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, Mark Strong, Max Von Sydow. Une fresque épique audacieuse, qui explore l'histoire de l'archer le plus célèbre du cinéma, avant sa légende de justicier au grand cœœur. Un récit âpre et passionnant, superbement interprété, mais malheureusement plombé par un montage trop elliptique déséquilibrant l'ensemble du film. En espérant qu'un director's cut redonnera à ce Robin des Bois l'équilibre et la grandeur qu'il mérite...

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commentaires

M
Merci ;) je suis ravi que ma rétrospective Scott t'ait donné envie de regarder certaines de ses œuvres méconnues. Tu vas te régaler avec Les Associés !<br /> Bravo pour ton blog de bandes originales, il présente un beau panel de bonnes musiques de films :)
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D
Bravo magusneri, c'est une filmographie bien détaillé et plaisante à lire, dommage qu'Allociné ne fait pas la filmo des réalisateurs comme ça ! <br /> Après avoir lu ton article sur Ridley Scott cela me donne envie de regarder certains de ses films que j'ai pas vus comme "Les Associés" !
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