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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 01:57

twilight 2

Twilight se veut un film sur les dangers de la tentation, comme le prétend son titre. Seulement voilà, le seul danger dans Twilight, c'est le film lui-même. Un film dangereux parce qu'il fait régresser son spectateur dans les profondeurs d'une morale infecte, obsolète et puritaine qui n'a plus aucune place dans nos sociétés.

Bella, une humaine, est folle amoureuse d'un vampire, Edward, mais lorsque son buveur de sang l'abandonne sans crier gare, elle finit par éprouver une attirance pour Jacob, qui s'avère être un loup-garou, ennemi juré des vampires. La jeune fille se retrouve alors tiraillée entre les deux beaux monstres, totalement indécise. Là où il aurait pu se parer d'une grande intensité romantique, ce scénario de l'écartèlement se fait d'emblée l'apologie glamour de la chasteté, du sacrifice maso, de la frustration, du renoncement. Je t'aime, alors ne m'aime surtout pas. Tu me désires ? Je ne peux plus vivre avec toi. C'est en s'éloignant le plus de l'être cher qu'on lui témoigne son attachement... Et ça n'en finit pas, on va de paradoxes ahurissants en tortures ridicules qui osent prétendre à l'amour parfait, idéal, l'amour à la Shakespeare, comme le montre très « subtilement » le gros plan initial sur la couverture de Roméo et Juliette. On se demande comment une telle vision de l'amour a pu séduire les jeunes filles de notre temps, car on nage ici dans une représentation incroyablement misogyne du couple : l'homme a tous les droits, y compris d'abandonner celle qu'il aime comme une vieille capote (je te quitte, accepte-le et ferme-la), l'homme a le droit d'être jaloux et celle qu'il désire (qui ne l'aime pas forcément en retour) ne peut absolument pas en aimer un autre (si tu vas avec lui, je le tue... et je finirai bien par te tuer toi aussi). Quand le Quileute Jacob répare une moto, Bella tombe en pâmoison devant lui, comme devant la Joconde. Glorification béate d'un amour arrangé selon la loi du plus fort, du mâle dominant. Une loi que viennent défendre ardemment, dans une symbolique admirable de finesse pataude, une meute de chiens virtuels et des vampires pâlots aux lèvres ourlées de gloss écarlate, hommes compris...

De guerre lasse, on se tourne alors vers la forme du film, dans l'espoir de s'évader un peu de cette chape de valeurs inhumaines. Mais Chris Weitz, déjà coupable d'avoir assassiné l'œœuvre de Philip Pullman, a sorti pour l'occasion ses sabots de géant lamineur, alignant sans vergogne les clichés les plus éculés et les plus mièvres du cinéma sentimental (attention au coma diabétique), excellant dans la mise en images paresseuse d'intrigues plus simplistes les unes que les autres. En grand gourou d'un spectacle affligeant et primitif, Weitz s'affirme en véritable virtuose de la non-direction d'acteurs : ils semble les faire poser pour une couverture de Gala, sans jamais se figurer que c'est d'un film qu'il s'agit. Conscient de son succès déjà gagné, le réalisateur choisit la voie de la facilité, quitte à crétiniser son public. Finalement, après plus de deux heures d'interminables dialogues Harlequin et de plans "muscle" risibles (ah oui, le film célèbre le culte du corps ! Logique, quand on prône l'abstinence avant le mariage...), on sort de la salle comme d'un mauvais rêve, avec  une  pensée  qui  nous  taraude : « Tiens, je suis bien tenté d'aller voir un vrai film ! »

Qu'il est loin le temps des Prédateurs de Tony Scott, du Dracula de Coppola, où l'amour était beau, où l'amour était fort et tragique, où les vampires crevaient encore l'écran de leurs canines voraces.

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