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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:49

parnassus2     

Terry Gilliam est un génie modeste. Lorsqu'il entre dans la salle pour présenter son nouveau film, sous un tonnerre d'applaudissements, face à des centaines de spectateurs dressés et exultants, il fait mine d'aller se cacher derrière l'écran. Pour rire bien sûr. Après quelques pas de danse délirants, il parle enfin du film, précisant ironiquement qu'il l'avait tourné pour les téléphones mobiles et non pour le ciné : il accompagne la boutade d'un geste théâtral, en plaquant son téléphone sur le gigantesque écran. Et il quitte la salle sous un nouveau tonnerre de joie et d'admiration, après un hommage ému et fraternel au regretté Heath Ledger, à qui le film est dédié.

Un hommage pleinement mérité. Une dernière performance vibrante, qui hisse une large partie du film vers les sommets du cinéma fantastique. Les prestations fugaces mais saisissantes de Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell sont elles-mêmes un bel hommage à l'artiste disparu, touchant de sincérité et de respect. Côté scénario, on est sidéré par le caractère imprévisible de l'intrigue, sa dimension poétique et chaotique, qui emporte très loin, très haut dans les sphères d'une imagination sans limites. Visuellement, le film de Gilliam est une véritable claque ! La beauté des images, leur gigantisme, leur folie, le résultat à l'écran est impressionnant, fascinant, merveilleux. On retombe en enfance, dans l'enfance oubliée du cinéma, dans les mondes lointains mais toujours vivants des premiers magiciens du 7ème art. Derrière l'histoire du Docteur Parnassus, il y a plus qu'une déclaration d'amour au cinéma, il y a le chant éperdu d'un poète moderne dédié aux voix d'un passé enchanteur. Gilliam revitalise à chaque instant les pans entiers d'un art primitif, à sa manière, avec émerveillement et extravagance. Le spectacle est grisant, comme le plus fou, le plus intense des rêves.

On retrouve avec bonheur la virtuosité et le délire de Brazil, l'angoisse et la noirceur de L'Armée des 12 Singes, mais L'Imaginarium s'invente une vie propre, originale, inédite, toujours surprenante. Le Docteur Parnassus, avant de livrer son âme au Diable, est persuadé que l'univers est tout entier soutenu par une histoire contée en permanence. Un monde sans histoire et ce serait la mort, le néant. Gilliam réinvente l'histoire sans fin, comme pour se rassurer, mais surtout pour nous rassurer nous, enfants de la peur, pour que nous restions toujours rêveurs...

4,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:43

cineman

Presque rien à se mettre sous la dent. L'idée de base promettait d'être géniale : un professeur de mathématiques ringard se met à voyager dans le cinéma, à travers une multitude de films, pour sauver une princesse en détresse. La déception est colossale. Au lieu d'un film jouissif et délirant, on assiste à un spectacle sage, beaucoup trop sage, d'une vulgarité effarante. Les parodies de films cultes (Pour une poignée de dollars, Barry Lindon, Robin des Bois, Taxi Driver, Tarzan...) ne sont pas légions et c'est à peine si elles font sourire. Dubosc se démène comme un pauvre diable, il cabotine au point de laminer le scénario : un rôle aussi "caméléon" aurait dû être confié à un inconnu pour conserver un effet de surprise totale. On se prend même à rêver d'un Michel Gondry au commandes, on en attendait surtout beaucoup plus de la part de l'auteur prometteur du pétillant Podium.

0,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:37

bonbrutetruand

Les destins croisés de trois héros solitaires à travers une Amérique ravagée par la Guerre de Sécession. Le scénario, à la fois ample et riche, épouse à la fois l'individualité des personnages et une dimension historique plus générale, celle du conflit. On a l'impression de nager en plein chaos, dans l'intrigue comme dans l'espace représenté à l'écran : on est dans un désert où règnent la folie, l'errance, la cupidité et la violence. Les repères s'effacent, l'histoire perd son sens jusqu'à l'absurde (effarante scène du pont imprenable). Leone poursuit la construction de ses propres codes, notamment dans la mise en scène des caractères, avec cette manière de cadrer les visages qui n'appartient qu'à lui, qui confine parfois au grotesque, au grand-guignol. Eli Wallach livre une performance d'acteur impressionnante, jusqu'à faire de l'ombre au autres, Eastwood compris, à tel point que le personnage campé par Lee Van Cleef semble presque effacé, à moins que ce ne soit un effet voulu par le metteur en scène. La Brute, incarné par Wallach, donne une belle intensité et un humour ravageur à l'histoire. Enfin, comment ne pas témoigner son plaisir face à l'emploi admirablement décalé de la musique par Morricone, qui fête ici sans cesse les noces improbables du lyrisme et de la bassesse loufoque. Grandiose !

4sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:32

informant

"Ceci n'est pas un film" aurait dû préciser Soderbergh avant de nous livrer sans crier gare cet "électrocardio-drame plat" complètement informe. Le scénario est un cliché éculé à lui tout seul, sans le moindre effet de surprise, qui ne soulève absolument aucun intérêt dramatique. Les acteurs débitent leurs répliques avec si peu de ferveur qu'on a l'impression d'écouter les programmes de nuit d'une station de radio monacale française. On s'endort presque, pas tout à fait, persuadés qu'avant la fin, le génial auteur de Kafka va enfin reprendre du poil de la bête, mais non... La preuve vivante qu'un film peut être anti-cinématographique. Un paradoxe ahurissant... Audace expérimentale ? La question mérite d'être posée...

0,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:28

soldierblue

Voilà un western décapant, d'une liberté de ton exceptionnelle, dans la lignée des boucheries de Sam Peckinpah ou d'Arthur Penn. La scène d'ouverture, l'attaque d'un convoi par des Cheyennes, d'une brutalité inouïe, ne laisse absolument pas présager le ton drôlissime et décalé qu'emprunte ensuite le film : les déboires du Soldat bleu et de Crista Lee, femme délurée et téméraire, sauvage et glamour, sont d'une force comique irrésistible. Comique de situation, de gestes, de paroles... tout y passe et tout est très maîtrisé. Le massacre final, négatif revanchard de la scène d'ouverture, est d'une cruauté terrifiante, on passe littéralement du rire à l'horreur, dans une orgie d'ultra-violence révoltante, où les enfants sont les premières victimes, têtes explosées, membres arrachés... Assurément, l'un des westerns qui ont inversé la tendance en pulvérisant l'image idéalisée du brave blanc. Ici les tuniques bleues sont des barbares aux mains tachées de sang.

4sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:24

Giorgino1

Voilà un chef-d'œœuvre méconnu du cinéma français, entre le conte fantastique gothique, le thriller et la chronique rurale. Un échec commercial monumental lors de sa sortie en salles en 1994 : le spectateur français n'était probablement pas prêt à contempler un tel objet d'art. Giorgino, c'est un voyage au bout de la folie, dans les profondeurs obscures de l'âme humaine. Un film monstrueusement beau, un choc visuel, hors-normes, fruit d'une imagination torturée et géniale. Giorgino, c'est le spleen, la mélancolie, la bile noire, l'angoisse, la mort, une exploration tourmentée du traumatisme de la "grande guerre". Dès les premières images, on est littéralement plongé dans un univers cauchemardesque et irrésistible, malade et délétère. La beauté de l'horreur, la beauté du mal. La sortie en DVD en 2007 ne semble pas avoir redonné à cette œœuvre injustement boudée la place qu'elle mérite au panthéon des splendeurs de notre patrimoine cinématographique. Toujours est-il que 15 ans après sa sortie, Giorgino a su conserver son aura de mystère et une puissance d'évocation sans précédent. Un diamant noir, comme un poème de Baudelaire mis en images. Trop noir pour certains...

5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:19

bateman batman       

Quelqu'un a-t-il déjà remarqué le troublant parallèle entre deux rôles majeurs de l'irascible Christian Bale ? En 1998, il crève l'écran avec American Psycho en incarnant le golden boy psychopathe Patrick Bateman, figure géniale mais totalement incomprise du mal le plus absolu. Presque 10 ans plus tard, on le retrouve dans un des plus obscurs films de super héros : Batman begins, de Christopher Nolan. Là encore, difficile de fermer les yeux sur la part de monstruosité du personnage. Une seule lettre différencie le courtier de Wall Street du justicier de Gotham.

Mais à regarder de plus près, ils se ressemblent en tous points. Même aspect physique : Bateman et Wayne sont deux beaux gosses bodybuildés, débordant de classe et de charisme. Même milieu social : ils sont issus des classes aisées d'une grande métropole américaine. Même extravagance : la baignade publique avec les deux mannequins dans Batman begins ne va pas sans rappeler la délirante scène de sexe filmée avec les deux prostituées dans American Psycho. Mêmes méthodes : les deux personnages exterminent les "déchets" de la société à laquelle ils appartiennent. Même philosophie, même morale : faire le bien en éradiquant la vermine. A ce titre, selon un certain point de vue qui peut déplaire, Bateman est lui aussi un justicier, puisqu'il agit selon sa propre justice.

D'autant plus que le traitement visuel à l'écran rapproche plus encore les deux personnages : ils atteignent littéralement le statut d'icône démoniaque. Bateman et Batman sont des anges noirs, des anges de l'abîme (cf. le fameux plan dans lequel Christian Bale déambule dans une rue sombre, auréolé d'une lumière spectrale, avant d'assassiner un clochard, rappelle très directement l'inoubliable silhouette du super héros). Toujours est-il que ce rapprochement repose entièrement sur le jeu très personnel de Christian Bale, qui a su, inconsciemment ou non, donner des traits communs à ses deux rôles, tout en leur laissant assez de différences pour finalement leur conférer une personnalité tangible, terriblement réaliste.

Et si l'on veut pousser la ressemblance jusqu'au bout, on peut se demander quelle est la faille, la blessure secrète de Patrick Bateman. Celle de Bruce Wayne est aisément identifiable, liée à un traumatisme d'enfance. Celle du vilain courtier constitue quant à elle le trou noir, le fameux vide existentiel qui gangrène American Psycho. Si le costume de Batman est en kevlar, dans quelle matière noire Bateman a-t-il forgé son "masque" ? D'où lui vient son petit sourire carnassier ? On ne saura probablement jamais rien de l'intériorité de "Pat" - et c'est tant mieux - car il n'est tout simplement pas "là".

 

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:12

 visiteurs-du-soir       

Considéré à juste titre comme un chef-d'œœuvre du cinéma français, le film de Carné mérite toute sa réputation. Décors grandioses et féériques d'Alexandre Trauner, noir et blanc sublime, cadrages sensuels, rythme envoûtant, prestation fervente des acteurs (inoubliables Arletty et Alain Cuny), atmosphère fantastique, effets de montage et visuels audacieux (magnifique scène parallèle reflétée dans l'eau d'une fontaine), tout est porteur d'une poésie incandescente et d'un savoir-faire qui touche à la sorcellerie. Le scénario est simple, mais d'une grande force mythologique : au XVème siècle, deux ménestrels à la solde du Diable viennent semer le trouble dans un château, mais ils finissent par succomber à la tentation des êtres qu'ils sont censés tenter. La représentation du moyen-âge qui sert de cadre à cette histoire fait certes très "carton-pâte", mais cette idéalisation graphique est totalement assumée, donc viable. On peut même avancer que l'artificialité des décors donne un relief saisissant à la grande théâtralité de l'interprétation, notamment celle du Diable par un Jules Berry à la fois sournois, drôle, mielleux, sadique et pathétique. On nage ici dans un art presque primaire de la représentation, mais c'est justement cette simplicité, cette naïveté, qui donne au film sa poésie, son pouvoir d'émerveillement enfantin. Les Visiteurs du Soir est un beau conte, et c'est bien pour cela qu'il n'a pas pris une ride !

4sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:06

bodysnatchers 3

Des entités extra-terrestres viennent coloniser de l'intérieur les habitants d'une petite ville des Etats-Unis en se substituant à eux... Une merveille de film de SF, ancrée dans la vague du cinéma paranoïaque des années 1950-1960. L'Invasion des Profanateurs de Sépultures se démarque par l'incroyable intensité de sa mise en scène : aucun moment de répit face à la menace, une tension et une peur permanente que même la scène finale ne saurait apaiser. Don Siegel, futur père de L'Inspecteur Harry, signe là un impressionnant survival où les héros ne peuvent plus dormir sous peine de se voir remplacer dans leur sommeil par leurs clones sans âme. Le spectateur est à cran, tant l'identification au personnage principal (le seul qui échappe à un destin atroce) est poussée jusqu'au bout. Une sorte de 24h chrono avec des aliens qu'on ne voit jamais, le héros se présentant sous les traits d'un Jack Bauer en fuite. La course désespérée du Docteur Bennell (Kevin McCarthy impeccable) est un pur morceau de bravoure cinématographique, un long cauchemar éprouvant, presque en temps réel. Le film dépasse largement sa métaphore de la menace communiste (contexte de Guerre Froide oblige), par sa dimension hautement esthétique : magnifique noir et blanc, montage nerveux et très soigné. Incontestablement, un film culte !

4sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:02

america

Dernier film de Sergio Leone, immense fresque new-yorkaise contemporaine de la Prohibition, narrant le destin du malfrat Noodles (Robert De Niro, inoubliable), de son enfance à sa vieillesse. Il était une fois en Amérique est un pur film de gangsters, mais il est profondément marqué par une grande tristesse, une mélancolie permanente, qui passe par la construction de l'histoire (quasiment que des flashes-back) et le jeu des acteurs : le duo de frères ennemis formé par De Niro et James Woods est très émouvant. On retrouve une dimension proustienne dans l'agencement des souvenirs, qui forment l'essentiel de la fresque : le personnage de Noodles vieux se remémore toute sa vie, il est le narrateur involontaire (pas de voix-off) de sa propre histoire. Il s'agit du dernier film du grand cinéaste italien, il est donc difficile, sans aller jusqu'à parler bêtement de film testamentaire, de ne pas faire un rapprochement entre le personnage vieillissant de De Niro et le réalisateur lui-même, qui se pencherait sur ses jeunes années.

Ce film est l'histoire de plusieurs vies, de l'enfance à la mort (réelle ou symbolique), c'est justement le déroulement de ces vies qui lui donne son rythme si particulier, d'une lenteur hypnotique et fascinante, un rythme humain, au sens biologique du terme. La tristesse découlant du temps qui passe se voit ultimement portée par le leitmotiv lancinant de Ennio Morricone, allant jusqu'à tamiser la tension et l'horreur habituelles des films de gangsters : la mort d'un enfant sous les balles policières ne révolte pas, elle nous fait pleurer. Il était une fois en Amérique, comme le suggère son titre, est un conte, un récit initiatique en quête d'une grâce perdue, à l'image de la petite Deborah dansant au milieu d'une remise poussiéreuse, espionnée par un jeune Noodles émerveillé, qui ne sait pas encore à quel point il l'aimera, ni comment il la perdra...

5sur5

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