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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 01:59

nymphomaniac

Nymphomaniac : Volume I. Découvert directement en director's cut. Après le choc provoqué par Melancholia, je me suis encore fait terrasser par le pouvoir de sidération du cinéma de Lars von Trier. C'est insoutenable, grossier, paillard, voyeur, outrancier, parfois abject, mais la fascination finit par l'emporter immanquablement. Et toujours cette quête de rédemption, en filigrane, comme en sourdine, sous la peinture du vice, au-delà du portrait écorché d'une obsédée sexuelle. Une espérance muette, presque une prière, derrière la radiographie des tréfonds obscurs de l'âme, derrière l'exploration d'un désir hautement destructeur. Réduit souvent et à tort à un simple provocateur, Lars von Trier n'a pas volé son statut de cinéaste moraliste, jongleur virtuose et impitoyable des caractères humains. De l'ouverture expérimentale explosive transcendée par les accords déchaînés de Rammstein à l'agonie déchirante d'un père dialoguant avec celle d'Edgar Poe, en passant par une séquence d'anthologie, scène de vaudeville malade où une mère trompée (désarmante Uma Thurman) vient rendre visite – avec ses trois enfants – à son mari volage sur les lieux mêmes du méfait, Nymphomaniac s'érige en œuvre somme dans sa volonté folle mais hautement louable de décrypter sous tous leurs aspects – y compris culturels – la nébuleuse musicalité, la sibylline arithmétique, l'énigmatique liquidité du désir. Du cinéma original et libéré, comme on aimerait en voir plus souvent. Hâte de découvrir le second volume !


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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 12:32

 

Le « Nirvanaddict »

nirvanaddict

Interstellar (Christopher Nolan) : majestueux, puissant, poignant, prenant, un grand film de SF qui rend hommage à ses modèles tout en œuvrant à une ouverture, une modernisation artisanale du genre.

Her (Spike Jonze) : où comment faire de la plus improbable love story (un homme amoureux d'une application vocale) le portrait de la solitude grandissante et paradoxalement très « connectée » de l'être humain. Un film d'anticipation vertigineux et d'une crédibilité confondante, porté par un Joaquin Phoenix en état de grâce.

Les Sorcières de Zugarramurdi (Alex de la Iglesia) : barrée, insensée, régressive, délirante, une comédie horrifique féministe qui témoigne encore une fois de la stupéfiante liberté de ton du cinéma de genre espagnol.

Wrong Cops (Quentin Dupieux) : la dernière folie de l'auteur de Steak et Rubber, qui s'aventure jusqu'au délire dans un imaginaire américain à la fois potache et absurde en s'attachant au quotidien d'une bande de flics schtarbés. Certainement la comédie la plus originale et audacieuse de l'année.

 

Les bonnes surprises

bonnes surprises

Sin City : J'ai tué pour elle (Robert Rodriguez et Frank Miller) : dans la parfaite lignée du précédent opus, un régal pour les amateurs de noirceur et d'ultraviolence décomplexées, de caïds déglingués et de femmes fatales machiavéliques. Avec une Eva Green belle et cruelle à se damner. On n'est pas objectif quand on aime la grande Eva, mais qu'importe !

La Grande Aventure LEGO (Phil Lord et Christopher Miller) : une petite pépite de film d'animation, qui multiplie les clins d'œil savoureux à tout un pan de la pop culture et qui adopte contre toute attente un discours plutôt subversif en condamnant par le rire le conformisme qui gangrène nos sociétés. Pour une fois qu'un film avant tout destinés aux enfants ne les prend pas pour des demeurés, ne boudons pas notre plaisir !

Byzantium (Neil Jordan) : un beau film de vampires sorti chez nous directement en DVD, alors que sa vision féminine du mythe balaye d'un seul revers de pellicule toutes les niaiseries adolescentes actuelles. Photographie renversante, BO hypnotique et fiévreux duo d'actrices (Gemma Arterton et Saoirse Ronan) pour une œuvre injustement ignorée par les sinistres ignares de la distribution française.

Edge of Tomorrow (Doug Liman) : le blockbuster le moins médiatisé de l'année alors qu'il se révèle mieux construit et bien plus malin que tous ses concurrents réunis. Face à la crétinerie crasse de Godzilla, Robocop, Amazing Spider-Man et autres Gardiens de la Galaxie, la fresque guerrière de Liman fait presque office de grand film. Version SF et ludique d'Un Jour sans fin, Edge of Tomorrow nous offre en prime des effets spéciaux d'une perfection inouïe et un Tom Cruise d'une sobriété salvatrice dans son rôle de supplicié du destin.

 

Et pour quelques bobines de plus... 

quelques bobines

X-Men : Days of Future Past (Bryan Singer) : on est loin de la rythmique magistrale du précédent volet signé Matthew Vaughn, mais quel festin esthétique ! Entre un plan-séquence ahurissant en ultra ralenti, les déchaînements apocalyptiques de Magneto et une reconstitution renversante des années 70, c'est un vrai régal pour nos rétines.

Captain America : Le Soldat de l'hiver (Anthony et Joe Russo) : un surprenant petit polar paranoïaque qui se hisse aisément au-dessus de toutes les fades productions Marvel de 2014, en dégoupillant sans crier gare de mémorables morceaux de bravoure et qui n'hésite jamais à vraiment mettre en danger son super-héros éponyme. Sans oublier que le Nick Fury incarné par Samuel L. Jackson trouve enfin sa place dans une paire de scènes d'action à la hauteur de son aura badass. En espérant que le prochain épisode parviendra aussi à échapper au formatage habituel des franchises Marvel.

Lucy (Luc Besson) : injustement éreinté par la critique lors de sa sortie, un bon petit divertissement vitaminé et sympathique, certes trop court et trop peu approfondi, mais qui a le mérite de son originalité et des questions passionnantes qu'il pose sur les facultés cognitives de l'être humain.

 

Mieux vaut tard que jamais : mes plus belles séances de rattrapage

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Le Tombeur de ces dames (Jerry Lewis), Passion (Brian De Palma), Samsara (Ron Fricke), Le Loup de Wall Street (Martin Scorsese), Rush (Ron Howard)

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Blancanieves (Pablo Berger), 12 Hommes en colère (Sidney Lumet), La Fiancée de Frankenstein (James Whale), Coup de cœur (Francis Ford Coppola), Cet obscur objet du désir (Luis Bunuel)

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Jeux interdits (René Clément), New York, New York (Martin Scorsese), L'Assassin habite au 21 (Henri-Georges Clouzot), La Compagnie des Loups (Neil Jordan), Conversation secrète (Francis Ford Coppola)

rattrapages4

Mean Streets (Martin Scorsese), Angel Heart (Alan Parker), Lola Montes (Max Ophuls), Monty Python : Sacré Graal ! (Terry Gilliam et Terry Jones), Arizona Junior (Joel Coen)

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Barton Fink (Joel Coen), Perfect Sense (David MacKenzie), Wrong (Quentin Dupieux), Mon nom est personne (Tonino Valerii), Chromosome 3 (David Cronenberg)

rattrapages6

L'Ombre d'un doute (Alfred Hitchcock), Rendez-vous avec la peur (Jacques Tourneur), Bleeder (Nicolas Winding Refn), Hurlements (Joe Dante), L'Antre de la folie (John Carpenter)

rattrapages7

Evil Dead 3 : L'Armée des ténèbres (Sam Raimi), La Quatrième Dimension (John Landis, Joe Dante, George Miller, Steven Spielberg), Coup de tête (Jean-Jacques Annaud), Jeux dangereux (Ernst Lubitsch), Le Miroir a deux faces (André Cayatte)


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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 01:30

 

Les lauriers de la honte

lauriers honte

La Légende d'Hercule (Renny Harlin) : héros bovin, scénario vidé de toute dimension mythologique, mise en scène inexistante, esthétique ringarde... On touche le fond !

I, Frankenstein (Stuart Beattie) : un sommet de grand n'importe quoi où la fameuse créature devient un justicier bourrin qui se la pète en prenant des poses ridicules à chaque plan. Faut-il en rire ou en pleurer ? Telle est la question.

Need for Speed (Scott Waugh) : encore pire que le pire volet de la franchise Fast & Furious, dans la mesure où le film s'enferme dans un premier degré papal, l'adaptation ratée d'une franchise vidéoludique en perte de vitesse. Pour ados lobotomisés uniquement. Et encore...

Pompéi (Paul W.S. Anderson) : un péplum catastroph(iqu)e concocté par le tâcheron coupable de l'adaptation des Resident Evil au cinéma, où tout le spectacle se concentre sur les 15 dernières minutes après plus d'une heure de mélo ennuyeuse à mourir, avec un Kit « John Snow » Harington en mode mono-expressif et un Kiefer Sutherland outrancièrement cabotin.

 

Le crépuscule des franchises

crepuscule franchises

The Amazing Spider-Man : Le Destin d'un Héros (Marc Webb) : encore plus d'effets spéciaux numériques bâclés, encore plus de méchants qui finissent par s'annuler les uns les autres au gré d'un scénario aussi insipide qu'ultra explicatif, encore plus d'approximations dans le jeu des acteurs (totalement à côté des pompes de leurs personnages), encore plus de tape-à-l'œil, de superficialité dans les enjeux et de surenchère gratuite. Il serait temps d'arrêter le massacre !

300 : La Naissance d'un Empire (Noam Murro) : une bouillie numérique tellement fade qu'elle file la nausée, les personnages n'existent plus, écrabouillés sous un grossier vernis virtuel et une bande-son assommante.

La Planète des Singes : L'Affrontement (Matt Reeves) : ça commence très fort avec une immersion réussie dans un monde où seuls les singes règnent, puis les humains reviennent dans le récit et c'est le naufrage filmique, le scénario étant incapable de tenir le crescendo dramatique qui aurait dû irriguer l'intrigue pour aller se vautrer dans une vaine compilation de clichés éculés. Une vitrine technologique totalement creuse.

Les Gardiens de la Galaxie (James Gunn) : transposition spatiale des Avengers, qui s'enferme vite dans son statut de copié-collé, avec son intrigue vidée de toute espèce d'enjeu (on tente de nous faire trembler pour un walkman... sérieusement ?), où les personnages ne sont que des guignols, où tout se résout par la pantalonnade et le n'importe quoi, où tout se justifie – en vain – par une cool attitude devenue quasi dictatoriale. On n'est plus à un paradoxe près à Hollywood.

Expendables 3 (Patrick Hughes) : systématiquement le cul entre deux chaises dans sa volonté de racoler auprès d'un maximum de spectateurs, le film se cherche un ton (on en est au troisième volet, faudrait se décider...) sans jamais parvenir à le trouver. Un interminable enchaînement de fusillades bourrines filmées sans conviction, avec une énorme brochette d'acteurs qui semble s'ennuyer au moins autant que le spectateur.

 

Le recyclage, c'est bien... au cinéma, c'est fade !

recyclage

Godzilla (Gareth Edwards) : un blockbuster au budget pharaonique qui commet l'exploit de passer pour un film de série Z ultra fauché (on ne voit presque jamais les monstres), Juliette Binoche et Bryan Cranston éjectés de l'écran dès l'ouverture, un héros sans envergure, un montage qui use et abuse du pouvoir de la suggestion jusqu'au ridicule. Un mythe massacré de plus sur le sinistre tableau de chasse d'Hollywood.

Robocop (José Padilha) : remake du classique de Paul Verhoeven, les effets virtuels et le premier degré en plus, la rage et la subversion en moins. Aucun intérêt.

47 Ronin (Carl Erik Rinsch) : remake inavoué du Dernier Samouraï, agrémenté d'une touche de fantastique qui s'illustre à travers une imagerie numérique d'Epinal, ne retrouvant jamais le souffle épique de son modèle, avec un Keanu Reeves plus amorphe que jamais.

La Belle et la Bête (Christophe Gans) : exemple typique de la coquille vide qui parie tout dans son aspect visuel clinquant en se déconnectant totalement de l'essence du mythe qu'elle adapte. Plus kitsch et chiant, tu meurs !


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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 00:50

interstellar

« N'entre pas docilement dans cette douce nuit... » déclame la voix du professeur Brand (Michael Caine), accompagnant de son timbre solennel les images d'une navette s'arrachant à l'atmosphère terrestre. À son bord, quatre astronautes au seuil d'un long périple, d'un voyage désespéré mais vital pour la survie de l'humanité. Leur destination : un trou de ver tapi dans l'orbite de Saturne, portail effrayant, incertain, vers la promesse d'un nouveau monde, d'un refuge potentiel pour l'être humain dont la planète mère se meurt. Après un premier acte plantant le décor oppressant d'une Terre à l'agonie, presque stérile, ravagée par d'incessantes tempêtes de poussière, peinture angoissée d'un rétro-futur où vient planer l'écho de l'Amérique des Raisins de la Colère, d'une Amérique de fermiers fatigués, sans espoir ni avenir, Interstellar embrasse dans un second temps le genre de la fresque spatiale en conduisant un groupe d'explorateurs aux confins de l'univers.

Ouvrant son film sur un lent crépuscule de l'humanité, Christopher Nolan nous plonge dans la nuit sans fin d'un périple vers l'inconnu, des ténèbres glacées du cosmos à la surface mortelle de planètes sauvages, jusqu'aux tréfonds insondables d'un trou noir. Une vision saisissante de l'infiniment grand, jamais désincarnée, toujours à échelle humaine. Vertige de l'infini au fond des yeux, dans le cœur même des personnages. Car au-delà d'un cadre scientifique évident, le moteur dramatique d'Interstellar se révèle comme purement humain, purement émotionnel. Une émotion constante portée par la thématique aussi simple qu'universelle du scénario (un père cherche à tout prix à rentrer chez lui pour revoir une dernière fois ses enfants avant la fin du monde), le jeu volontairement fiévreux des acteurs (Matthew McConaughey en tête), mais surtout par le lyrisme lancinant de la bande originale composée par Hans Zimmer, véritable hommage musical à la majesté cosmique des Planètes de Holst et aux rythmiques obsédantes de Philip Glass (Koyaanisqatsi), qui s'aventure dans l'expérimental en donnant une voix humaine au temps, ainsi qu'à l'immensité de l'espace exploré par les personnages.

D'autre part, la vision de Nolan se pare d'un terrible réalisme dans l'emploi – traditionnel dans son œuvre – de la pellicule comme support filmique, et l'utilisation désormais rarissime d'effets spéciaux à l'ancienne, tangibles. Un cinéma académique, certes, mais dans son acception la plus noble, transpirant à chaque plan d'une « piété de l'ouvrage bien faite », d'un profond respect des modèles dans la mesure où il en tire une constante puissance artistique, pour ne pas dire artisanale, sans jamais en rester prisonnier. Ainsi, le fameux monolithe de 2001 : L'Odyssée de l'espace vient trouver un écho incarné, inspiré, dans la représentation de robots assistants sous la forme de grandes plaques de métal sombre douées de facultés cognitives et d'un panel de mouvements presque infini. Et comment ne pas penser au célèbre Robby de Planète interdite, lorsqu'un de ces robots vient sauver la fille du professeur Brand (Anne Hathaway) d'une noyade certaine en la portant à bout de bras pour l'arracher aux flots meurtriers d'un astre aquatique ?
Nolan s'approprie l'iconographie d'une science-fiction classique en l'incorporant – à des fins purement dramatiques – à son propre imaginaire de cinéaste de genre. Hommage vibrant, vivant, à la paternité (thème essentiel d'
Interstellar) d'un cinéma en voie de disparition. Un cinéma à la fois universel dans son propos et exigeant dans sa forme, un cinéma qui fait le pari (ici gagnant) de la lenteur, qui prend le temps de caractériser, d'icôniser ses personnages, de développer rigoureusement son intrigue, ses fondations mythologiques, de travailler son pouvoir d'immersion par la justesse de ses cadres, la précision de son montage, la signifiance chromatique de sa photographie.

Car au-delà de l'épopée spatiale, dont il s'acquitte avec brio, Nolan ne parle que de cinéma. À l'instar d'Inception, Interstellar peut se voir, à l'aune d'un discours métatextuel parcourant tout le film en filigrane, comme un cri désespéré en faveur du cinéma comme expression artistique, un cri de rage contre la mode actuelle d'un cinéma qui a perdu de vue sa substantifique moelle. La présence lancinante du poème de Dylan Thomas en est la parfaite illustration. Aussi peut-on saisir dans le vers récurrent « Rager, s'enrager contre la mort de la lumière », déclamé par le professeur Brand, toute la colère de Nolan contre un cinéma numérique désincarné, paresseux, formaté, lissé, monochrome, qui a malheureusement fini par s'ériger en norme de (non) création. La mort du cinéma, c'est la disparition de la vibrante lumière dont seule la pellicule projetée avait le pouvoir (magique). Interstellar est une odyssée régressive vers cette lumière originelle du cinéma, une opération de sauvetage du Septième Art (en écho à celle des Terriens du récit) envers et contre les ténèbres dévorantes du souverain numérique.

Si le cinéma est l'art de contenir le temps, ou plutôt des fragments de temps, dans le cadre lumineux des images, le dernier acte d'Interstellar, la révélation des entrailles du trou noir, jugée hâtivement comme incongrue voire ridicule, est une sidérante représentation allégorique de la salle de montage, un espace créatif multidimensionnel, où se rejoue la temporalité de l'œuvre, où se forgent les connexions entre les personnages, où la figure du narrateur trouve tout son sens, un espace où l'intéraction, la communion entre les êtres, reprend la place vitale, victorieuse, qui est la sienne. À l'heure où les films sont réduits à de vulgaires objets asservis à la bulle communicative (réseaux sociaux), condamnés à faire du buzz ou sombrer dans l'indifférence la plus totale, Nolan fait de l'objet filmique le moteur même de cette communication, restaurant ainsi le lien intime, fait de pure émotion, entre un film et son spectateur. À l'image de ce plan bouleversant, résumant à lui seul l'entreprise d'Interstellar, où l'astronaute Cooper (Matthew McConaughey) découvre des décennies de messages vidéo envoyés par ses proches, vision déchirante d'un père dévasté d'être séparé de ses enfants, mais aussi d'un acteur en communion directe avec les icônes d'un cinéma lointain qui savaient émouvoir sans le moindre artifice. Interstellar, ou le vertige poignant, puissant, des origines.

5sur5

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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 23:20

 

godard

Critique anticipée, rédigée pour le site La soif du septième art.

Quelle mouche a donc piqué Jean-Luc Godard ? Après avoir repoussé jusque dans leurs ultimes retranchements les codes de la structure narrative avec son Adieu au langage, c'est aux fondements mêmes de l'art cinématographique qu'il s'attaque avec ce qui s'annonce vraisemblablement comme son tout dernier long-métrage (il envisage désormais une retraite mystique dans les hauts pâturages de sa Suisse natale) : Un film, est-ce un film ?

D'un minimalisme visuel extrême, entièrement dépourvue de dialogues, voire de bande son, mais surtout mise en scène sans le moindre acteur, la dernière folie de Godard a de quoi déconcerter jusqu'au plus fervent défenseur de l'expérimentation filmique. Composé d'un unique plan séquence de 188 minutes, Un film, est-ce un film ? raconte la confrontation tragique, dans un studio de cinéma, de deux caméras, une Pathé Webo DS8 et une Alexa d'Arriflex. A première vue – et c'est le cas de toute la première heure – on pourrait n'y voir qu'une captation aride et sans aucun sens de deux machines placées dans une même pièce, mais sous l'objectif acrobatique de Gaspard Noé (on les dit inséparables depuis que Godard a tiré quelques lattes sur Enter the void), le face à face des deux appareils prend progressivement l'allure d'un véritable duel de western, tendu à craquer. Parvenant à saisir avec subtilité toutes les émotions cachées derrière la lentille des objectifs de la Webo et de l'Alexa, l'art de Noé nous fait entrer littéralement dans les arcanes de l'essence filmique, nous fait ressentir la rage de filmer tapie au fond de l'outil, il met à nu une réalité a priori extravagante, à savoir l'âme d'une caméra.

Une fascinante métaphysique du cinéma, une ontologie de l'image en mouvement que seul Godard était à même de déceler et de représenter. « Pour comprendre la nature du cinéma, il faut dépouiller le cinéma. Le dépouiller jusqu'à l'os. La pureté du cinéma, c'est le film sans le film, l'image sans l'image, le son sans le son. Les films d'aujourd'hui ne sont plus des films. Trop de bruits, trop de choses vues. On montre tout, mais on ne montre rien. Le cinéma est devenu le cauchemar du cinéma. C'est la vulgarité. C'est l'obscénite. C'est l'ennui. C'est le mépris. Le mépris de l'art visuel. » Un credo radical qu'il applique à la lettre avec Un film, est-ce un film ? en cherchant tel un Francis Ponge en son temps le sens premier, l'essence matérielle, organique, de la « chose » cinématographique. Revenir aux bases fondamentales d'un cinéma qui s'est perdu, fourvoyé dans les limbes de la monstration, du spectacle pour le spectacle.

En limitant le cadre diégétique aux quatre murs d'un studio, en structurant son récit autour de l'intéraction immobile entre une Webo et une Alexa, Godard offre à ses spectateurs un espace de méditation privilégié, en même temps qu'une durée filmique propice à la réflexion, les 188 minutes n'étant pas de trop pour tenter de percer le sens de l'œuvre. Un sens abyssal, multiple, jaillissant selon une logique paradoxale de son minimalisme quasi austère. Car c'est aussi toute l'histoire du cinéma qui se joue dans la confrontation silencieuse des deux caméras. Le passage d'un cinéma traditionnel, forgé dans la noblesse de la pellicule, à un cinéma numérique sans âme, fruit de la froide perfection du souverain pixel. Duel technologique sans merci, dont Godard laisse à son spectateur le choix entier de l'issue, qu'on suppose fatale, à travers un dénouement suspendu. Le voyant de la batterie de l'Alexa se met à clignoter, annonçant l'arrêt imminent (la mort ?) de la machine. Le cadre se resserre alors sur l'objectif jubilant de la Webo et c'est un fondu au noir final, impitoyable, qui vient abattre irrévocablement le couperet du doute sur le dénouement du combat. Sans doute le hors-film le plus saisissant jamais vu dans les salles obscures, venant emblématiser l'incertitude actuelle qui plane sur l'avenir du septième art. Le futur ne sera-t-il peuplé que de simulacres de films ou marquera-t-il le retour à une pureté audio-visuelle depuis longtemps ternie ?

Merci Jean-Luc pour cette leçon ultime et bonne retraite. Votre sagesse va manquer cruellement au cinéma !

4sur5

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30 avril 2014 3 30 /04 /avril /2014 02:57

company of wolves

Un chien traverse la campagne à toute allure et finit sa course aux portes d'un manoir, en même temps que la voiture de ses maîtres. L'animal pénètre la bâtisse et nous laisse au seuil d'une chambre où dort une jeune fille, Rosaleen. Perdue dans ses rêves, elle nous entraîne au cœur d'un violent cauchemar où sa grande sœur, après une fuite désespérée dans les profondeurs d'une forêt terrifiante, finit dévorée par une meute de loups aux yeux incandescents... Dès ses premières minutes, La Compagnie des loups, film méconnu de Neil Jordan (dont la filmographie ne se borne pas à Entretien avec un vampire), pose les bases d'un univers fantastique, voire fantasmagorique, librement inspiré du Petit Chaperon rouge. Relecture cauchemardesque et horrifique du conte de Charles Perrault, empruntant ses incursions psychanalytiques aux réflexions de Bruno Bettelheim, La Compagnie des loups, sorti en 1984, s'impose comme un diamant noir du cinéma fantastique, un conte cruel aux images de rêve dont le fond pourtant exigeant ne se défait jamais d'une forme enchanteresse, un véritable objet de fantasme audiovisuel malheureusement tombé dans l'oubli. Une injustice qui mérite réparation, face à la médiocrité affligeante et le manque d'ambition artistique qui gangrène le cinéma de genre actuel.

D'une complexité énonciative proprement vertigineuse, La Compagnie des loups met en scène, sous la forme d'un enchâssement de visions oniriques, la transformation d'une jeune fille, Rosaleen (incarnée par Sarah Patterson) passant de l'enfance à l'âge adulte. Une transformation qu'elle préfère vivre dans le monde des rêves, un monde qu'elle peut contrôler à sa guise, loin de la famille qu'elle déteste (elle tue symboliquement sa sœur dès la première scène en lâchant sur elle les loups de son subconscient). Rêveries d'une dormeuse solitaire se réfugiant dans un univers de conte, sorte de XVIIème siècle fantasmé, où la figure tutélaire de la grand-mère (Angela Lansbury) est une source d'inspiration, de réconfort, de consolation. L'espace mental de Rosaleen, merveille graphique composée de décors aux allures de gravures, d'éclairages tour à tour féériques et effrayants, s'organise autour de strates narratives, chaque niveau de rêve se révélant comme le point de départ (ou d'entrée) vers un autre niveau de rêve. L'esprit de la jeune fille est un perpétuel bouillonnement d'histoires où se téléscopent des fragments de fantasmes, des éclats d'angoisses, de doutes et de terreurs. Histoire d'une femme mariée à un loup-garou qui finira décapité par son second mari, récit d'un repas de mariage aristocratique dont les convives, maudits par une intruse, se métamorphosent en loups, chronique d'une femme louve racontée à un loup blessé, compte-rendu d'un rêve dans lequel Rosaleen s'imagine être le chauffeur d'une gentleman diabolique (Terrence Stamp) transformant les hommes en loups grâce à une mystérieuse potion... L'héroïne du film est un être façonnant une myriade d'histoires, à tel point que ces histoires finissent par façonner sa personnalité, son inconscient le plus profond.

Épicentre angoissant et fascinant de ces innombrables morceaux de récits, terreur ultime de Rosaleen, la figure du loup irrigue le film tout entier, à la fois force thématique et symbolique de l'intrigue, lui donnant un aspect de cauchemar horrifique (corps atrocement déformés, créatures menaçantes), de conte cruel et d'initiation sensuelle. L'image récurrente du loup est néanmoins paradoxale, dans la mesure où elle donne une unité à l'objet filmique en même temps qu'elle s'érige en puissance de brouillage, de dérèglement. Adaptation décalée et cauchemardesque du Petit chaperon rouge, La Compagnie des loups fait à ce titre fusionner le personnage du chasseur et celui du loup. L'intrusion finale du chasseur chez la grand-mère, élément perturbateur d'une instance narrative archaïque, est ainsi mise en scène comme une menace, mais seulement pour l'innocence de Rosaleen. Le chasseur/loup, détruisant la grand-mère (dont la tête décapitée se fracassera comme celle d'une poupée de porcelaine), est une figure émancipatrice, qui libère la jeune fille de ses attributs d'enfant (le fameux chaperon de laine rouge jeté au feu).

Portrait poétique d'une femme en devenir, le film de Neil Jordan s'abandonne à la fragrance troublante d'une imagerie sensuelle assumée. Vision d'une fleur blanche se transformant en fleur de sang sous l'effet de larmes versées, errance d'une femme/louve nue dans un décor gothique inquiétant, perforation au ralenti d'une toile de peinture par une meute de loups, jouets d'enfants se brisant sur le sol... Songes d'une nuit féminine ou chroniques oniriques d'une défloration, La Compagnie des loups s'affirme certes comme un film hautement psychanalytique, mais seulement à travers la puissance symbolique de ses images obsédantes. La confusion énonciative qui le structure va de paire avec la confusion – très humaine – liée au passage d'un âge à un autre, avec la représentation graphique d'un espace mental féminin en mutation. Plus que le récit cauchemardesque d'une perte de l'innocence, La Compagnie des loups est une réussite exemplaire de cinéma fantastique au féminin, qui, loin de reléguer la femme au rang de simple faire-valoir (comme le font la plupart des films de genre actuels), explore avec un enchantement sincère les plus obscurs objets de ses désirs, ses rêves les plus fous. En embrassant sa part sombre, animale, sauvage, en devenant louve à son tour, Rosaleen se libère, elle brise les codes du conte de son existence. Mais à quel prix ? C'est toute la question que pose l'ambiguïté fondamentale du dernier plan, la douleur stridente et la poignante universalité de la dernière image. Vertige angoissé de la liberté. La virginité merveilleuse et rêveuse de l'enfance face à l'horizon terrifiant de l'âge adulte.

5sur5

 

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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 19:37

new york new york 1

Œuvre mal aimée, injustement sous-estimée au sein de la dense filmographie de Martin Scorsese – à commencer par son auteur lui-même, New York New York n'en demeure pas moins une merveille de mise en scène, un prodige de mise en atmosphère dont les longues séquences mélodiques captivent nos sens en permanence. Déchirante histoire d'amour entre deux êtres dévorés par la musique, entre un cinéaste et sa passion pour l'univers du jazz, qui trouve une incarnation géographique parfaite à travers sa ville natale et de cœur, New York. Pérégrination tour à tour hypnotique, onirique, amère et mélancolique dans les méandres d'une métropole en perpétuel mouvement, animée par une rythmique incessante, New York New York se présente comme un sommet de fascination et d'émotion, pour peu qu'on s'abandonne à ses errances magnifiques.

L'intrigue démarre en 1945, dans l'euphorie d'une triste victoire face au Japon, sur une séquence hallucinante de 20 minutes où un saxophoniste déluré, Jimmy (Robert De Niro), va tenter, au beau milieu d'une fête endiablée, de séduire – en vain – une mystérieuse jeune femme aux yeux immenses, Francine (Liza Minnelli). Lui en chemise décontractée aux couleurs criardes, elle en stricte tenue militaire. Lui extraverti, elle plutôt réservée, réticente à ses avances. Première rencontre marquée par un fort désaccord. Mais face à l'insistance de Jimmy, Francine finit par céder. Une relation de plus en plus intime se noue entre eux, une relation qui n'échappera cependant jamais à la discordance originelle de leur rencontre. Jouée tel un thème dissonant, cacophonique, leur histoire amoureuse s'immisce, lancinante, entre les accords majeurs d'une quête de gloire musicale qui les dévore chacun de leur côté (lui rêve d'être le plus grand joueur de saxophone, elle rêve de devenir la plus grande chanteuse de Broadway et des studios hollywoodiens), qui finira par les séparer.

Bâti sur un imparable mouvement de crescendo, leur déchirement passionnel s'amplifie au gré de disputes et de conflits de plus en plus violents (insoutenable scène de bagarre entre les deux amants dans l'habitacle d'une voiture) jusqu'à une étourdissante et virtuose séquence où le film plonge dans une mise en abyme lourde de sens : Jimmy, installé dans une salle de cinéma, regarde le dernier film dont Francine est la star, un film musical contenant lui-même un spectacle dans lequel la jeune femme rêve de gloire et fera tout pour parvenir à ses fins. Hommage vibrant aux films de Vincente Minnelli, cette séquence visuellement somptueuse instaure une dernière barrière, insurmontable, celle de l'écran (hautement symbolique) entre les deux personnages. Jimmy reste le simple spectateur de la gloire de Francine, une gloire dont il sera à jamais exclu à cause de son propre ego. C'est là toute la morale amère du film, d'une tristesse infinie : deux artistes en quête d'une même grandeur ne pourront jamais s'accorder.

Cette tristesse s'insinue au fil des scènes, comme une note mineure mais obsédante, comme un contrepoint à la vigueur formidable se dégageant des morceaux musicaux, des séquences de concerts. Regards brisés de Francine. Colères tempétueuses de Jimmy. Douceur féminine estropiée face à une virilité destructrice. Éléments dissonants d'une mélodie commune du désespoir. C'est là toute la force de la mise en scène de Scorsese, forgée dans le choc heurté de deux sensibilités, dans la collision sublime de deux êtres que tout sépare, sauf la musique. La séquence quasi finale de la fameuse chanson New York New York, interprétée par Francine sous les yeux admiratifs de Jimmy, qui l'a composée pour elle, vient emblématiser toute la beauté tragique de leur relation, féconde sur le plan artistique mais infirme sur un plan sentimental. Francine n'est que la muse de Jimmy. Jimmy n'est qu'un modèle et un moteur d'inspiration pour Francine. Au royaume de l'Art, nulle place pour le cœur. Le cœur n'est qu'un motif, une image, une rengaine. S'achevant sur la plus amère, la plus triste des désillusions, New York New York nous chavire enfin par un dernier plan des plus désarmants, où Jimmy finit – peut-être inconsciemment – par se résigner à sa posture de simple personnage. Le personnage de sa propre chanson. « These vagabond shoes / They are longing to stray / Right through the very heart of it / New York, New York... »

5sur5

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 00:05

blade runner 2

 

Critique anticipée, rédigée pour le site La soif du septième art. Un grand merci à toute l'équipe pour m'avoir convié à sa belle aventure cinéphile !

Dire que Blade Runner 2 : The Prometheus Legacy s'annonçait comme le film de science-fiction le plus attendu de cette année 2016 – voire de la décennie – relève de l'euphémisme. Forts du récent succès de Batman contre Superman (2 milliards de dollars engrangés dès sa deuxième semaine d'exploitation), les studios Warner parient sur un nouveau carton au box-office, pour contrecarrer le phénomène Star Wars VII, avec la séquelle du film culte de Ridley Scott. Aura prestigieux du film original, effets spéciaux virtuels dernier cri, séquences d'action spectaculaires, bande originale signée Hans Zimmer, co-écriture du scénario par J.J. Abrams et Christopher Nolan (inséparables depuis leur fructueuse collaboration sur Star Trek 3 : Rise of Spock)... Tous les ingrédients de choc d'une recette vouée au triomphe, à une gloire éternelle dans l'histoire du Septième Art.

Disons-le d'emblée, Blade Runner 2 a de la gueule. Là où son prédécesseur se bornait au décor unique de la ville de Los Angeles, c'est une débauche pléthorique de décors futuristes grandioses qui vient crépiter sans cesse sous nos rétines ébahies. De New York à Paris en passant par Londres, Mumbaï ou Rio, la quête du héros – le fils de Rick Deckard et de la réplicante Rachel (incarné par Shia LaBeouf, impeccable) – est un véritable festin esthétique lasérisé, orgie de néons multicolores, de faisceaux éblouissants, de grattes-ciel fluorescents entre lesquels vient bourdonner un étourdissant ballet de vrombissants bolides volants. Peinture incandescente de la cité du futur, transcendée par les sonorités puissamment binaires du maestro Zimmer.

C'est au sein de ce panorama saisissant que l'intrigue se déploie, dans toute sa complexité, dépassant d'une part la vision humaniste du premier Blade Runner et opérant d'autre part – c'est là l'idée brillante du tandem Abrams / Nolan – une jonction a priori improbable mais diablement excitante avec la saga Alien, via un emprunt à la mythologie des films Prometheus. Ricky Deckard (Shia LaBeouf, dans son meilleur rôle depuis Transformers 5 : New Age of Witwicky) est traqué par les dirigeants de la Tyrell Corporation, qui voient en lui une aberration à éradiquer, une anomalie génétique susceptible de provoquer la chute de leur empire (si les réplicants peuvent se reproduire, leur fabrication industrielle devient caduque). Une armée de Blade Runners à ses trousses, le jeune homme doit trouver le moyen de rallier tous les réplicants à sa cause pour renverser l'ordre établi et anéantir l'humanité. Pour parvenir à ses fins, il devra compter sur l'aide des Ingénieurs (entrevus dans la série des Prometheus) et de leur mystérieuse huile noire corruptrice d'ADN. La révolution est en marche !

Miroir ainsi inversé du premier opus (les humains menacés d'extinction), Blade Runner 2 ne s'embarrasse pas de tableaux contemplatifs éculés ou d'une quelconque réflexion métaphysique barbante sur l'existence ou le désir démiurgique de contrôler la vie, mais donne lieu – au contraire – à des scènes d'action fracassantes et de destruction massive d'une ampleur inédite. Prise d'assaut du siège de la Tyrell par une armée sans nombre d'androïdes et d'Ingénieurs, courses poursuites épileptiques à travers les plus grandes métropoles, annihilation totale de New York (le traumatisme du 11 septembre à son paroxysme), combat final monumental opposant le jeune Ricky à son père devenu maléfique après avoir été reprogrammé par un ponte de Tyrell (Harrison Ford somptueusement digitalisé pour l'occasion)... Blade Runner 2 ne ménage à aucun moment notre soif de spectacle frénétique. Débarassé des scories philosophiques, des longueurs épouvantables et de l'aspect visuel désormais daté de son lointain modèle, la nouvelle bombe de Ridley Scott (définitivement de retour dans la cour des grands) s'impose non seulement comme un modèle absolu d'actionnermais aussi comme une nouvelle référence dans le paysage de la science-fiction, aux côtés des illustres Total Recall : Mémoires reprogrammées et After Earth, redonnant ses lettres de noblesse à un cinéma populaire jugé à tort comme stupide et mercantile par une intelligentsia critique auto-persuadée qu'elle détient le monopole incontestable du bon goût.

Blade Runner 2 incarne sans aucun doute l'avenir du cinéma de science-fiction, comme du cinéma populaire, se révélant de bon augure pour les sorties prochaines d'Avatar 2, 3et (réalisés par James Cameron Jr), Lost in Jurassic Park (scénarisé par Damon Lindelof), Terminator BioGenesis (produit par José Bové), Gravity 2 : Back to Darkness (spin-off centré sur le personnage de George Clooney, sponsorisé par Nespresso) et surtout le très attendu Hal Reloaded, remake mystère de 2001 : l'Odyssée de l'Espace, produit par Steven Spielberg et Michael Bay, actuellement en pré-production. De quoi nous faire baver d'envie pour les années à venir !

4sur5

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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 13:51

bride of frankenstein

À quelques heureuses exceptions près (Le Parrain II, Spider-Man 2, Terminator 2, L'Empire contre-attaque, Mad Max 2...), les suites égales voire supérieures à leur prédécesseur pourraient presque se compter sur les doigts de la main. Conditionnée par un argument purement économique – surfer sur le succès du premier volet – la production d'une suite souffre dans la majorité des cas (Matrix Reloaded, Robocop 2, Conan le destructeur, Kick-Ass 2...) d'un manque flagrant d'ambition voire d'un syndrôme de paresse artistique aigüe. La séquelle réussie, bien au contraire, s'aventure dans un renouvellement, une remise en cause des codes du premier volet, afin de les approfondir, les amplifier, les décaler ou les pervertir, leur donner un sens inédit. Dépassant largement le stade du simple copié-collé d'une recette à succès, la séquelle réussie est un exercice d'équilibrisme entre la satisfaction des atttentes du spectateur (lui remémorer les qualités essentielles du premier volet) et le renversement, le brouillage de ces mêmes attentes (contrarier pour mieux stimuler).

Sorti en 1935, soit trois ans après le triomphe de son prédécesseur, La Fiancée de Frankenstein (The Bride of Frankenstein) s'inscrit sans aucun doute dans le cercle très fermé des suites supérieures à leur original. Légitimant d'emblée son statut de séquelle, dès ses premières minutes, le film s'ouvre sur une savoureuse mise en abyme sous la forme d'une discussion fantasmée entre le poète Lord Byron et une Mary Shelley sur le point de publier une suite à son roman Frankenstein, dont elle va raconter l'intrigue. Son récit devient immédiatement celui du film, reprenant exactement là où se terminait le premier volet : la créature de Frankenstein piégée dans un moulin en feu par une horde de villageois enragés. Le monstre survit non seulement à l'incendie, mais il tue par la même occasion les quelques paysans traînant encore autour du moulin. Or, si les meurtres du premier épisode choquaient par la crudité de leur mise en scène (la fillette noyée), le ton change radicalement ici, optant pour une approche comique voire farcesque de la mise à mort, s'aventurant avec brio sur le terrain pourtant délicat de la parodie.

Par l'humour, La Fiancée de Frankenstein fait d'emblée le choix d'humaniser son monstre pour s'y tenir jusqu'à son tout dernier plan. Le scénario, à double tranchant (révéler l'humain sous la monstruosité et la monstruosité derrière l'humain), se fait ainsi volontairement initiatique, à la fois envers sa créature, qui va apprendre à parler, tenter de se socialiser (scènes tordantes où le monstre découvre les effets de l'alcool, le sens du mot « ami »), et envers le docteur Frankenstein, qui va renoncer progressivement aux désirs démiurgiques de son ego démesuré. Le cœur de l'intrigue, la création d'une compagne féminine pour le monstre, interroge d'une manière toujours surprenante la notion même d'altérité. Parfois jusqu'au vertige : si le monstre est déjà une figure de « l'autre », quel statut donner à cet « autre » féminin qu'on veut lui attribuer dans l'espoir de calmer ses pulsions meutrières ? Qu'est-ce que le double monstrueux d'un double déjà monstrueux de l'humain ?

La Fiancée de Frankenstein, assumant totalement son aspect parodique, ne quitte cependant jamais le terrain de la réflexion – théorie philosophique ou notion plus concrète du miroir – le monstre s'interrogeant sur lui-même, sur les limites de son existence aberrante. L'humour noir qui caractérise le film est indissociable d'une gravité sourde, lancinante, en filigrane, qui finit par triompher. Le dénouement, d'une noirceur inattendue, retournant la monstruosité contre elle-même, donne in fine à l'intrigue l'allure d'une farce tragique, d'une comédie noire, inquiétante, hantée par l'angoisse de la mort (la vie artificielle comme réponse vaine au désir de vie éternelle). Un mélange des tonalités tout entier emblématisé par la performance remarquable d'un Boris Karloff habité par son rôle, laissant sourdre les symptômes d'une humanité grotesque sous ses oripeaux saisissants de mort-vivant. Incarnation révélatrice, en négatif, de l'hubris et de la lâcheté humaine, son inoubliable personnage de monstre vient conclure le film de la manière la plus poignante qui soit, dans un acte d'auto-destruction terrible remettant en cause les choix éthiques, l'irresponsabilité immature de ses créateurs. Le monstre de Frankenstein ou l'allégorie externalisée et mutilée de nos plus intimes ténèbres. Une preuve – quasi octogénaire – que le cinéma de genre est un miroir légitime de la nature humaine.

4,5sur5

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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 12:58

 

Le « Nirvanaddict »

onlygod gravity django cloud

Only God Forgives (Nicolas Winding Refn) : pour sa mise en scène épurée jusqu'à l'os, la perfection et la classe absolue de ses cadrages, le travail d'orfèvre sur la lumière et les couleurs, la pesanteur tétanisante de son atmosphère, les sonorités obsédantes de sa bande originale (signée Cliff Martinez) et le contre-emploi magistral de Kristin Scott Thomas. Un chef-d'œuvre graphique hautement symbolique que n'aurait pas renié Kubrick.

Gravity (Alfonso Cuaron) : pour son immersion totale dans le vide sidéral de l'espace, l'inventivité de sa mise en scène pensée exclusivement en termes de physique et d'organicité, les prouesses incroyables d'une technique tellement maîtrisée qu'elle se fait oublier au profit de la sensation et de l'émotion pure, la performance viscérale quasi solitaire de Sandra Bullock, la beauté et la puissance virginales de la dernière scène. Inoubliable.

Django Unchained (Quentin Tarantino) : pour l'hommage vibrant rendu aux plus grands classiques du western, le traitement frontal et rageur d'un sujet encore tabou de nos jours aux Etats-Unis (l'esclavage), le duo irrésistible formé par Jamie Foxx et Christoph Waltz, la performance démente de Leonardo DiCaprio en bad guy pervers et raffiné, l'explosion de violence sidérante qui clôture le film, véritable morceau de bravoure cathartique. Tarantino n'en finit pas de nous surprendre, vivement son prochain film !

Cloud Atlas (Lana & Andy Wachowski, Tom Tykwer) : pour les prouesses narratives liées à son montage virtuose, qui entremêle plusieurs époques pour aboutir à une linéarité paradoxale, pour l'implication totale de ses acteurs jouant chacun de multiples rôles, la beauté cosmique de la photographie, l'intensité souvent saisissante d'aventures humaines se croisant au gré d'un scénario imprévisible. Injustement boudé par la critique et les spectateurs, voilà un bel exemple de blockbuster indépendant en tous points réussi.

 

Et pour quelques bobines de plus...

trance ecume insaisissables universalsoldier

Trance (Danny Boyle), un trip sympathique dans les méandres de l'esprit humain avec un James McAvoy torturé comme jamais.

L'Ecume des jours (Michel Gondry), adaptation très fidèle, délirante et touchante, du roman inclassable de Boris Vian, doublée d'un bel hommage au cinéma des premiers jours.

Universal Soldier : Le Jour du jugement (John Hyams), véritable OVNI filmique bourrin et dépressif, à l'atmosphère goudronneuse, ponctué de saisissantes explosions de violence filmées en plans séquences et couronné par l'apparition improbable d'un Van Damme se prenant pour le Colonel Kurtz d'Apocalypse Now. Une curiosité.

Insaisissables (Louis Leterrier), un bon petit film de magiciens braqueurs, qui parvient à compenser la lourdeur de son écriture et l'inconsistance de ses personnages par l'énergie folle de sa mise en scène, sans aucun temps mort, et le lustre de ses images. Leterrier remonte un peu dans notre estime après les catastrophiques Choc des Titans et Incroyable Hulk.

 

Mieux vaut tard que jamais : mes plus belles séances de rattrapage

jackie cabane affranchis tonnerre bluesbro

Jackie Brown (Quentin Tarantino), La Cabane dans les bois (Drew Goddard), Les Affranchis (Martin Scorsese), Tonnerre sous les tropiques (Ben Stiller), The Blues Brothers (John Landis)

haine twixt planete parrain koyaanisqatsi

La Haine (Mathieu Kassovitz), Twixt (Francis Ford Coppola), Planète interdite (Fred McWilcox), Le Parrain, 3ème partie (Francis Ford Coppola), Koyaanisqatsi (Godfrey Reggio)

baraka johncarter 3royaumes breakfast madmax2

Baraka (Ron Fricke), John Carter (Andrew Stanton), Les 3 Royaumes (John Woo, version intégrale de 4h50), Breakfast Club (John Hughes), Mad Max 2 : Le Défi (George Miller)

centmille morse millers standbyme sensvie

Cent mille dollars au soleil (Henri Verneuil), Morse (Tomas Alfredson), Miller's Crossing (Joel Coen), Stand by me (Rob Reiner), Le Sens de la vie (Terry Gilliam, Terry Jones)

chaser odyssee obrother theatre sevices

The Chaser (Na Hong-jin), L'Odyssée de Pi (Ang Lee), O'Brother (Joel & Ethan Coen), The Theatre Bizarre : Sweets (David Gregory), Masters of Horror : La Maison des sévices (Takashi Miike)


 

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