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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 17:57

Les lauriers de la honte

world hobbit whitehouse

World War Z (Marc Forster), où comment insulter le film de zombies en tentant vainement de l'accomoder à la sauce mainstream hollywoodienne. Une aberration.

Le Hobbit : La Désolation de Smaug (Peter Jackson), où comment prendre le spectateur pour un demeuré en lui refourguant un remake au rabais (artistiquement parlant) et jamais assumé du monumental Seigneur des Anneaux. Jackson ayant disposé pour son Hobbit d'un budget deux fois plus important que celui de sa trilogie fondatrice, voilà donc un exemple parfait pour illustrer le fameux adage de Coppola : « Gros budget, petites idées. »

White House Down (Roland Emmerich), remake croisé et foireux de Piège de Cristal et de Commando, s'autoproclamant badass et bourrin sans jamais atteindre la cheville de ses modèles. Une arnaque colossale.

 

2013, l'année de la science fiction... ou pas !

man pacific startrek oblivion

Man of Steel (Zack Snyder), un monument de prétention filmique qui voudrait nous faire croire en une grandeur dont il est pourtant totalement dépourvu. Un scénario rachitique calqué (officieusement ?) sur celui de Batman Begins (la sénilité gagnerait-elle déjà Nolan comme la plupart de ses jeunes confrères cinéastes ?) et qui se la joue à grand renfort d'effets spectaculaires tournant à vide.

Pacific Rim (Guillermo Del Toro), des robots géants qui cognent sur des monstres marins géants. Quoi d'autre ? Euh bah... Rien du tout... en dehors d'un seul plan tétanisant centré sur une fillette terrorisée. Tout le reste n'est que vaine démonstration sans âme aucune.

Star Trek Into Darkness (J.J. Abrams), ou comment flinguer toutes les qualités d'un premier volet sympathique et énergique. C'est long et vide. Un sommet de crétinerie pompeuse. Et quid de la noirceur promise par le titre ? On la cherche encore...

Oblivion (Joseph Kosinski), les pérégrinations molassonnes de Tom Cruise et... Tom Cruise sur une Terre dévastée par une guerre nucléaire. Croisement improbable entre Mad Max 3, The Truman Show, Star Trek le film et une pub Ushuaïa, Oblivion marque une nouvelle incursion ratée dans la SF par le réalisateur du déjà pas très glorieux Tron Legacy. 

 

Les somnifères

grandmaster upsidedown afterearth 

The Grandmaster (Wong Kar Wai), ou comment rendre le kung-fu totalement inintéressant et gâcher le talent du génial chorégraphe de Matrix, Yuen Woo-ping. Des tunnels de dialogues interminables et c'est à peu près tout. Après avoir laminé la SF avec son soporifique 2046, Wong Kar Wai récidive donc avec le film d'arts martiaux. Ca sera quoi, ensuite ? Un film d'horreur verbeux ? Une comédie musicale parlée ?

Upside Down (Juan Solanas), ou comment charcuter un pitch d'enfer promettant moultes prouesses visuelles par un traitement ennuyeux du scénario, un enrobage romantique neuneu. D'autant plus dommage que certains plans sont vraiment majestueux.

After Earth (M. Night Shyamalan), les Smith père et fils dans un film co-produit par maman Smith aux allures de thérapie familiale improbable, mollement orchestré par un Shyamalan au sommet de son impersonnalité. Qu'elle est lointaine l'époque bénie de Sixième Sens et Incassable !


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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 19:10

fragments screen startrekintodarkness

2012 nous avait copieusement gâtés du côté des superproductions foireuses, avec ses reboots aussi inutiles qu'arrogants (The Amazing Spider-Man), ses démolitions en règle de sagas mythiques (Le Hobbit : Un Voyage inattendu, Prometheus), ses grosses niaiseries (Blanche-Neige et le Chasseur) et ses adaptations crétinoïdes de monuments littéraires (Sherlock Holmes : Jeu d'ombres). L'industrie hollywoodienne nous faisait en grande pompe une nouvelle et sinistre démonstration de son manque fragrant d'ambition artistique, comme pour partir en beauté – dans un feu d'artifice ultime de nullité - avant la fin du monde. Etait-il possible qu'Hollywood puisse tomber plus bas encore dans la fange, dans les abysses nauséabonds de l'anti-créativité ? Un bref regard sur la fournée des blockbusters de 2013 et l'on se surprend presque à regretter que le fameux cataclysme planétaire promis par nos amis Mayas n'ait pas eu lieu. Car désormais, rien ne semble en mesure d'arrêter la course effrénée d'Hollywood, sa violation hystérique et mercantile du Septième Art.

Annoncée à tort comme l'année du grand retour de la Science Fiction, 2013 ne nous a finalement livré que des titres tous plus mineurs les uns que les autres, sans intérêt aucun pour le genre (exception faite du viscéral et magnifique Gravity, d'Alfonso Cuaron). Avec Oblivion, Joseph Kosinski signe sa deuxième incursion (ratée) dans la SF – après le ridicule Tron Legacy – où l'on suit les déboires pas très excitants d'un agent d'entretien de drones (incarné par Tom Cruise) sur une Terre ravagée par une guerre nucléaire : handicapé par une lenteur rythmique maladroite et des citations gratuitement pompées sur des références telles que Mad Max, Moon, Wall-E voire The Truman Show (pour les ficelles manipulatrices), le film de Kosinski échoue à donner vie à un univers pourtant crédible voire ponctuellement impressionnant sur un plan purement visuel.

fragments screen manofsteel

Mais ce n'est rien face à la crétinerie hystérique (historique ?) des soi-disant poids lourds de l'année dans le domaine de la SF, à savoir Star Trek Into Darkness, Man of Steel et Pacific Rim. Tandis que J.J. Abrams s'adonne à la destruction pure et simple des codes qu'il avait su réinventer avec fraîcheur dans son premier Star Trek, à travers une aventure spatiale plombée par un rythme mou du genou, des cadrages parkinsoniens et des dialogues ineptes, Zack Snyder s'amuse en compagnie de Christopher Nolan à cracher sur la figure de Superman au milieu d'un bac à sable de ringardise indigeste, de répliques pompeuses, d'acteurs figés et de roublardise scénaristique qui ferait presque passer Daredevil pour un modèle de finesse. Après avoir quitté le navire (en plein naufrage) du Hobbit, Guillermo Del Toro a cru, quant à lui, pouvoir tirer quelque chose de bon des facilités innombrables d'un scénario peuplé de robots géants pilotés passant le plus clair de leur temps à poutrer des monstres marins abyssaux : ça ressemble un peu à des gamins s'amusant un mercredi après-midi avec leurs jouets favoris, l'innocence et l'imagination en moins, mais surtout à un épisode de Transformers, la grandiose beaufitude en moins. Le seul aspect colossal du film, c'est la déception qui s'en dégage, quand on sait que le type aux commandes est l'auteur du grisant et profondément mélancolique Labyrinthe de Pan. Montrer des grandes bébêtes à l'écran ne suffit pas à faire un grand film.

fragments screen pacificrim

Du côté de l'action, autre apanage des studios hollywoodiens, pas grand chose non plus à se mettre sous la dent. Ce n'est pas avec les péripéties éculées de White House Down, remake inavoué et honteux de Piège de Cristal et de Commando mettant en scène une énième fois chez Roland Emmerich (qui s'était pourtant bien rattrapé avec Anonymous) la destruction de la Maison Blanche. L'impression de déjà-vu, de recyclage flemmard, à son paroxysme. Pire encore : la tentative ridicule et ratée d'appropriation du film de zombies par le cinéma « grand public », avec le pathétique World War Z de Marc Forster (déjà coupable du débile Quantum of Solace). Plus un cahier des charges scrupuleusement coché qu'un véritable film (jusqu'au placement de produit le plus grotesque de toute l'histoire du cinéma), World War Z, censé dépeindre une épidémie mondiale transformant les humains en morts-vivants, se vide dès ses premières scènes de toute tension, de tout intérêt dramatique, en minimisant la vision de cette épidémie, en ne montrant rien. Et comble du foutage de gueule, la fameuse guerre promise par le titre se voit expédiée en moins d'une minute juste avant le générique final. Jusqu'à ce générique, il ne se sera strictement RIEN passé à l'écran : seulement un Brad Pitt en roue libre, cachetonnant aux quatre coins du monde, comme s'il posait pour des spots publicitaires de tourisme.

fragments screen worldwarz

C'est peut-être ça, au fond, au-delà d'un irrespect total vis-à-vis de notre imaginaire et de nos mythologies, qui a fini par tuer la créativité à Hollywood : le soin maniaque, psychopathe, apporté à la promotion publicitaire des films, au détriment de leur contenu même (exemple révélateur : le trailer de Prometheus était un chef-d'œuvre de tension, le film un navet). Il serait grand temps que les cravatés arrogants qui peuplent les studios ouvrent les yeux sur une pure évidence : on construit un film avant de le vendre. Pas le contraire. A bon entendeur !

wcc

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 19:40

cloud atlas

Après une brillante incursion dans le film noir avec le sulfureux Bound, une petite révolution du côté du film d'action futuriste avec le premier volet de la saga Matrix et un trip sympathique à base de bolides fluorescents avec le mal aimé Speed Racer, les Wachowski sont revenus en force cette année avec le très attendu Cloud Atlas, adapté du roman éponyme de David Mitchell et fruit d'une collaboration avec le cinéaste allemand Tom Tykwer. Film choral extrême relatant parallèlement pas moins de six intrigues, Cloud Atlas se révèle d'emblée d'une ambition scénaristique qui force l'admiration.

Qu'il s'agisse de la traversée du Pacifique par un jeune juriste au milieu du XIXème siècle, des déboires d'un compositeur de musique dans les années 1930 ou d'une journaliste tête brûlée dans les années 1970, de l'éveil d'une esclave dans la Corée du XXIIème siècle ou du calvaire d'une humanité redevenue primitive dans un futur plus lointain encore, l'adaptation à l'écran de Cloud Atlas opte pour un montage continu d'une fluidité renversante, évitant en permanence les écueils de sa propre complexité. Là où le roman scindait en deux chacune de ses six parties pour les dérouler linéairement afin d'en simplifier la lecture, le film nous propose un entrelacement constant et vertigineux de toutes les époques, chaque scène se composant de plans appartenant à des temps différents mais toujours juxtaposés dans un souci maniaque de continuité, à l'image de l'os se muant en vaisseau spatial au début de 2001 : l'Odyssée de l'espace.

Cocktail étourdissant de genres cinématographiques (polar, film historique, comédie, science fiction, fresque post-apocalytique) et de tonalités disparates, Cloud Atlas nous offre une superbe aventure humaine en forme de récit cosmogonique inversé, bourrée jusqu'à la gueule de trouvailles visuelles ou narratives, traversée de plans grandioses, au rythme trépidant mais jamais frénétique, portée par la performance inédite d'un casting hors norme (Tom Hanks, Halle Berry, Hugo Weaving, Hugh Grant, James D'Arcy, Jim Broadbent, Ben Whishaw, Susan Sarandon...), dont chaque acteur et actrice incarne une myriade de rôles. Une lecture cynique du film pourrait évidemment souligner un caractère et une moralité parfois kitsch (l'amour est plus fort que tout...), mais le degré de sincérité et l'enthousiasme artistique du trio de cinéastes aux commandes de ce projet aussi fou que généreux (malheureusement sous-estimé) nous emportent irrésistiblement dans leur sillage !

4sur5

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 21:08

django unchained

Après avoir revisité le film de gangsters, le film de sabre, la blaxploitation ou la fresque uchronique, Quentin Tarantino revient nous régaler de son art du dynamitage avec Django Unchained, western à la fois improbable, jubilatoire et grinçant, aussi singulièrement classique dans sa facture, que profondément humain dans son auscultation frontale de la barbarie. Si le père de Pulp Fiction et de Kill Bill nous avait maintes fois surpris par sa liberté de ton et de construction de ses précédentes œuvres, force est de constater qu'il nous livre là son film le plus personnel, sinon le plus abouti.

Linéaire et d'une simplicité désarmante, le scénario de Django Unchained nous attache littéralement au destin tourmenté d'un esclave noir à travers l'Amérique des années 1860, depuis sa libération par un chasseur de prime allemand foncièrement locace (délectable gouaille de Christoph Waltz) jusqu'aux retrouvailles avec sa bien aimée, réduite en esclavage par un riche propriétaire terrien organisateur de combats de Mandingos (terrifiant Leonardo DiCaprio). Ligne claire d'une intrigue à la tension permanente, dont chaque scène se révèle être une menace – toujours plus lourde – pour la liberté de Django. Une liberté acquise violemment, dans un torrent de sang et de cris, dès la séquence d'ouverture du film, mais tellement vulnérable, tellement chancelante, que sa défense s'érige comme un véritable moteur dramatique, diablement efficace et d'une portée résolument universelle. Tarantino, qui semble visiblement en avoir fini avec les déboires surréalistes de malfrats déglingués, tourne une page cruciale dans sa filmographie en empruntant la voie d'un classicisme assumé, signant avec son Django Unchained un immense western qu'il parvient néanmoins à affranchir des carcans traditionnels du genre en lui offrant ce dévergondage des tonalités cher à son univers cinématographique. Le « unchained » du titre n'agit pas seulement dans le cercle de l'intrigue, mais également – et surtout – à un niveau extradiégétique, comme si le cinéaste, loin de rester prisonnier de ses codes, cherchait à briser les chaînes d'un genre qui le fascine. Avec Django Unchained, Tarantino réalise un pur fantasme de cinéma, un western déchaîné. Dans tous les sens du terme.

D'une générosité folle dans son aspect visuel autant que dans ses dialogues (génialement écrits et mis en scène) et ses morceaux de bravoure, Django Unchained s'impose d'emblée comme un film somme, porté par une dimension mythologique saisissante (relecture de la légende de Siegfried) et l'interprétation transcendante de ses comédiens qui se donnent sans aucune retenue à leurs personnages répugnants (Samuel L. Jackson, Leonardo DiCaprio) ou sublimes (Kerry Washington, Jamie Foxx), fusionnant avec une intelligence rare le fond et la forme de son propos. Radiographie de la barbarie humaine sous toutes ses formes. Bain révélateur audiovisuel débusquant l'horreur au sein de tableaux à la beauté trompeuse. Paradoxe grinçant de décors enchanteurs (magnifiques plantations de côton) où viennent se jouer les pires dérives du système esclavagiste, où les plus parfaits gentlemen et les plus dévoués serviteurs s'avèrent être d'immondes salopards.

« Dans mon monde, il faut se salir les mains » balance un Django sur les nerfs à son ami chasseur de prime, se faisant l'accusateur légitime d'un monde où l'atrocité, l'inhumanité, se commet avec bonhommie, le sourire aux lèvres. Monsieur Candy, incarné avec une vertigineuse lucidité par DiCaprio, se montre comme le visage emblématique d'une barbarie euphorique, d'une mascarade innommable pas si éloignée des conflits d'aujourd'hui. Par les voies d'une métaphore puissante, à peine voilée, de l'impérialisme américain actuel, Django Unchained réécrit l'histoire avec une rage contenue qui ne demande qu'à exploser (tétanisant ouragan de violence final). Tarantino, conscient qu'il aborde un sujet grave, ne rigole plus face au sang qu'il fait couler à flots. Le rire de sa caméra, désormais contrarié, troublé, résonne d'une noirceur qu'on ne lui connaissait pas, mais qui lui sied très bien, creusant plus profondément son art atypique de la rupture. C'est plus qu'un western que nous offre Django Unchained, c'est un western impitoyable et décomplexé, grandiose et cruel, un western tout en élégance carnassière, d'une violence politique inouïe. Un western total qu'on n'est pas prêt d'oublier, qui trouve une place de choix dans le panthéon du genre. Tarantino était grand. Il compte désormais parmi les géants.

4,5sur5

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 15:27

 

LE « NIRVANADDICT »

Skyfall, de Sam Mendes : assurément l'épisode le plus intense et le plus galvanisant de la série des James Bond depuis Permis de tuer, qui s'octroie le luxe d'être l'un des plus beaux films de 2012.

Cloclo, de Florent Emilio Siri : un modèle de biopic, à la fois intimiste et puissant, qui nous plonge dans l'âme torturée d'une icône populaire et ressuscite littéralement sous nos yeux l'esprit des années 60/70. La preuve que le cinéma français n'est pas encore totalement prisonnier de l'auteurisme pompeux et des comédies attardées.

Cheval de guerre, de Steven Spielberg : après une incursion pas très heureuse dans un univers de pixels frigide (Les Aventures de Tintin), le père de Jurassic Park opère un retour aux sources salvateur en revenant à ses amours, à un cinéma traditionnel et chaleureux où l'humain retrouve enfin sa place. Un spectacle généreux aux images de rêve.

nirvanaddict

 

LES GRANDS FILMS – AUX FRONTIERES DE LA PERFECTION

Argo, de Ben Affleck : leçon de mise en scène et de suspense, doublée d'une vision railleuse proprement jouissive des studios hollywoodiens. Du cinéma conçu pour le seul plaisir du spectateur, un vrai bonheur !

Le Territoire des loups, de Joe Carnahan : survival radical, terrifiant et, contre toute attente, terriblement émouvant, porté par un Liam Neeson enfin retrouvé dans un rôle très animal, aussi farouche que fragile.

Millénium : Les Hommes qui n'aimaient pas les femmes, de David Fincher : plus qu'un polar solide, bien plus fascinante et hargneuse que son somnolant homologue suédois, cette adaptation du roman de Larsson est avant tout un grand film atmosphérique transcendé par des images simultanément glauques et sublimes, un montage tutoyant la perfection et une bande originale expérimentale proprement ravageuse.

grands films

 

LES BONNES SURPRISES – OUTSIDERS, GUILTY PLEASURES ET CIE

Café de Flore, de Jean-Marc Vallée : porté par une rage de filmer qui provoque le frisson, un film somme, certes un peu fourre-tout, mais terriblement poignant et sans cesse innovant dans sa mise en scène.

Avengers, de Joss Whedon : le créateur de Buffy s'est fait un plaisir colossal en réunissant une flopée d'icônes Marvel, pour le plaisir non moins colossal de ses spectateurs.

La Dame en noir, de James Watkins : un film d'épouvante certes classique, mais diablement efficace et d'une beauté perpétuelle, couronné par un twist aussi cruel que magnifique.

The Dark Knight Rises, de Christopher Nolan : on pourra reprocher au cinéaste sa froideur et son manque de mesure, mais le finale de sa trilogie consacrée au Batman est un spectacle grisant, d'une solidité formelle à toute épreuve et d'une actualité affolante.

Expendables 2 : Unité Spéciale, de Simon West : du cinéma récréatif, régressif et bourrin, doté d'un casting proprement hallucinant, qui rend un bel hommage aux films d'action des années 80/90.

bonnes surprises

 

LES PROMETTEURS

Martha Marcy May Marlene, de Sean Durkin : beaucoup de longueurs, mais une atmosphère vénéneuse, à la fois tranquille et tendue à craquer, qu'on n'est pas prêt d'oublier. Un jeune cinéaste à suivre.

Chronicle, de Josh Trank : un found footage pas comme les autres, qui exploite sa caméra intradiégétique comme véritable moteur de sa mise en scène. Dommage que la mise en abyme se délite lors d'un finale trop conventionnel. La première heure reste la plus jouissive.

Oslo, 31 août, de Joachim Trier : une première heure assommante, plombée par des dialogues interminables, heureusement réhaussée par une magnifique deuxième partie très poétique, qui touche en même temps à la grâce et au sordide tragique.

prometteurs

 

ET POUR QUELQUES BOBINES DE PLUS

Cosmopolis, de David Cronenberg : après son catastrophique A dangerous method, le père de La Mouche nous offre une errance urbaine hypnotisante, aux dialogues aussi épiques qu'absurdes, en même temps qu'une reconversion radicale pour Robert Pattinson, qui n'hésite pas une seule seconde à pulvériser son image de bellâtre imposée par la saga Twilight.

Anonymous, de Roland Emmerich : changement de cap radical pour le pape du blockbuster spectaculaire (Independence Day, Godzilla, 2012...), qui opte ici pour un drame historique en costumes soutenu par un casting prodigieux, un scénario malin et une reconstitution faramineuse de l'Angleterre élisabéthaine. Certes pas un chef-d'œuvre, mais un beau divertissement, aussi plaisant qu'inattendu.

Tucker & Dale fightent le mal, d'Eli Craig : parodie de films horrifiques, construite comme un slasher à l'envers en retournant les codes du genre, pas prétentieuse pour un sou, souvent hilarante. Dommage que le délire ambiant ne soit pas exploité à son maximum et que le dénouement verse dans le conventionnel. Un très bon moment quand même.

quelques bobines de plus

 

MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS
mes meilleures séances de rattrapage

La Grande Illusion (Jean Renoir), Simone (Andrew Niccol), Bronson (Nicolas Winding Refn), Malveillance (Jaume Balaguero), Desperate Living (John Waters), Miss Détective (Donald Petrie, un grand merci à Mymp pour la découverte de ce plaisant nanar), Rubber (Quentin Dupieux), Sombre (Philippe Grandrieux, encore un merci à Mymp !), Valhalla Rising (Nicolas Winding Refn), La Planète sauvage (René Laloux), Tueurs de dames (Alexander MacKendrick), trilogie Pusher (Nicolas Winding Refn), Belle de jour (Luis Bunuel), Blindness (Fernando Meirelles), Les Goonies (Richard Donner), L'Homme invisible (James Whale), Pulsions (Brian De Palma), L'Orphelinat (Juan Antonio Bayona).

seance rattrapage

 

2013, MES GRANDES ESPERANCES

Only God Forgives (Nicolas Winding Refn), Django Unchained (Quentin Tarantino), Upside Down (Juan Diego Solanas), Hitchcock (Sacha Gervasi), Elysium (Neill Blomkamp), Stocker (Park Chan-wook), L'Ecume des jours (Michel Gondry), Star Trek : Into Darkness (J.J. Abrams), Kick-Ass : Balls to the wall (Jeff Wadlow), Le Dernier Rempart (Kim Jee-woon), Lincoln (Steven Spielberg), Passion (Brian De Palma), Du Plomb dans la tête (Walter Hill), Cloud Atlas (Andy et Lana Wachowski, Tom Tikwer), Les Amants passagers (Pedro Almodovar), Gatsby le Magnifique (Baz Luhrmann), Fast & Furious 6 (Justin Lin).

2013 esperances

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 14:10

 

LES LAURIERS DE LA HONTE ABSOLUE
ou les champions du nivellement culturel par le bas

Detachment, de Tony Kaye (l'Everest du raccolage à l'américaine)

Jack et Julie, de Dennis Dugan (plus débile, tu meurs)

Sur la piste du Marsupilami, d'Alain Chabat (un modèle de comédie française attardée)

The Amazing Spider-Man, de Marc Webb (à oublier illico, revoyons les films de Raimi)

Sherlock Holmes : Jeu d'ombres, de Guy Ritchie (un héros british passé à la moulinette parkinsonnienne d'Hollywood)

Projet X, de Nima Nourizadeh (dispensable ? le mot est faible...)

lauriers honte 

LES LAURIERS DE LA DISGRACE
même les meilleurs peuvent se planter

De rouille et d'os, de Jacques Audiard (un petit téléfilm vendu comme une œuvre de cinéma)

Prometheus, de Ridley Scott (expliquer les origines d'Alien... monumentale erreur !)

Le Hobbit : Un Voyage inattendu, de Peter Jackson (entre pantalonnade et épopée mal fichue, un film qui se cherche sans jamais se trouver)

lauriers disgrace 

LES LAURIERS DE LA BIEN-PENSANCE
ces sommets d'ennui qui ont enflammé la presse et les festivals

Take Shelter, de Jeff Nichols (un américain moyen parano croyant à la fin du monde veut s'enfermer dans un bunker... sujet très actuel, mais seulement effleuré. Dommage.)

La Taupe, de Tomas Alfredson (tunnels de dialogues et mise en scène grabataire, un film assommant)

The Descendants, d'Alexander Payne (George Clooney au royaume des vahinés, mais encore ?)

Les Adieux à la reine, de Benoît Jacquot (des visages cireux affolés éclairés à la bougie dans des alcoves ou des couloirs... un grand drame historique à la française)

lauriers bien pensance 

LES LAURIERS DE LA MALADRESSE
ou comment sous-exploiter un bon sujet

Bullhead, de Michael R. Roskam (un drame intime déchirant malheureusement gâché par une sous-intrigue policière foireuse... vraiment rageant !)

Albert Nobbs, de Rodrigo Garcia (un fabuleux travail artistique ruiné par une intrigue insipide et des acteurs absents)

La Dame de Fer, de Phylida Lloyd (un sujet brûlant traité avec frigidité et distance... reste la performance de Meryl Streep)

La Vie d'une autre, de Sylvie Testud (film de genre à la française : un pitch d'enfer ridiculisé par des tics auteuristes à côté de la plaque)

Blanche-Neige et le Chasseur, de Rupert Sanders (effets spéciaux et cadrages parfois grandioses, une Charlize Theron vénéneuse, mais c'est tout ce qu'on peut sauver de cette petite fresque de fantasy pour adolescentes américaines mijorées)

lauriers maladresse


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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 01:02

le hobbit voyage inattendu

Dire que Le Hobbit était attendu comme l'un des événements cinématographiques majeurs de 2012 relève du pur euphémisme. Près d'une décennie après la sortie de l'inoubliable trilogie du Seigneur des Anneaux, véritable fantasme accompli du cinéma d'aventure, on guettait avec fébrilité le retour de Peter Jackson en Terre du Milieu, les rétines ivres d'espoir, celui de se replonger dans un univers audiovisuel de rêve, univers dont aucun autre film du genre n'est parvenu depuis à égaler l'ambition démesurée, le pouvoir d'enchantement proprement renversant.

Dire que le désarroi total provoqué dans nos âmes de cinéphiles épris de merveilleux par la vision du Hobbit se révèle d'une douleur proportionnelle à nos attentes tient néanmoins du même euphémisme. A l'instar d'un Ridley Scott sabordant son Alien originel avec le piètre Prometheus ou des dirigeants criminels des majors crachant allègrement sur nos films fétiches à grand renfort de suites et de remakes honteux (Die Hard 4, Predators, The ThingTotal Recall : Mémoires programméesou encore Conan, pour ne citer que les plus récents), Peter Jackson nous livre contre toute attente avec son Hobbit une resucée à peine cachée du Seigneur des Anneaux, qui plus est sur un ton parodique du plus mauvais goût.

Pêchant probablement par une trop grande fidélité au roman dont il est adapté, Le Hobbit se complaît vaille que vaille dans une logique de reproduction purement illustrative. La mise en scène, d'une platitude inhabituelle chez Jackson, ne parvient jamais à transcender son intrigue, étirant jusqu'à l'ennui le plus abyssal des séquences anodines, d'un intérêt dramatique proche du néant, à commencer par l'ouverture du film, où l'on assiste en temps réel à un interminable festin de nains dont le climax repose – je n'invente rien – sur le nettoyage chorégraphié et chanté de la vaisselle ! Cette trivialité inaugurale, que l'on espère à ce moment-là seulement passagère, se déploie alors, sous nos yeux incrédules, sur l'ensemble du film. Brochette mal caractérisée de personnages dépourvus de tout charisme (même Gandalf semble relégué au rang de figurant), tunnels de dialogues sans saveur aucune touchant parfois à l'ineptie (parlure « bisounours » des nains, pourtant réputés pour leur rudesse...), platitude d'un montage qui n'assure que le minimum syndical du découpage filmique, innombrables facilités de scénario, musique d'accompagnement basique étrangement dépourvue de thèmes identifiables, effets spéciaux et maquillage souvent hideux (apparence involontairement comique de la majorité des nains, d'un roi des gobelins au menton couillu ou encore du grand méchant, orc de pixels tellement bâclé qu'on le croirait littéralement débarqué de la franchise fauchée des Resident Evil), prises de vues tout juste dignes d'un gameplay de jeu vidéo, batailles pompées sur celles de 300 (le sang en moins)... Le ratage artistique est une torture permanente, à l'opposé radical des intentions pourtant évidentes de Jackson, bien que le bougre prétende le contraire : coller coûte que coûte à l'univers du Seigneur des Anneaux.

Reprendre le même casting et les mêmes décors, aussi superbes soient-ils, ne suffit cependant pas à créer une cohérence. Encore faut-il parvenir à retrouver l'atmosphère, l'âme de la trilogie fondatrice. Pétard mouillé de quelques centaines de millions de dollars, comme la plupart des nanars actuels à gros budget qui s'autoproclament blockbusters, Le Hobbit ne possède malheureusement aucune espèce d'atmosphère et encore moins une âme. Quand on saborde l'intimisme qui faisait la puissance paradoxale du Seigneur des Anneaux en se vautrant dans une surenchère d'effets numériques torchés en deux coups de pinceau graphique, quand on s'attache à infantiliser jusqu'au délire un récit déjà destiné aux plus jeunes (suppression pure et simple de tous les aspects les plus effrayants de la Terre du Milieu : le Roi Sorcier d'Angmar représenté sans cape noire, Gollum rendu plus mignon, les nains moins bourrus...), on accouche d'une chimère, d'une aporie monstrueuse, d'une épopée sans souffle qui rêve (pas si) secrètement d'atteindre les cimes de son modèle, sans jamais parvenir à son illustre cheville.

Le cul constamment entre deux chaises, incapable d'assumer la légèreté de ton du Hobbit ou, au contraire, la puissante gravité du Seigneur des Anneaux, Peter Jackson se fourvoie dans un pastiche hybride et grotesque de son chef-d'œuvre en trois actes en allant jusqu'à s'autoplagier (copié-collé de la séquence de la Moria, de la traque à travers les plaines du Rohan...), croyant naïvement pouvoir maquiller les limites de son projet sous des oripeaux pseudo spectaculaires, à l'image de la séquence aussi inutile que ridicule des géants de pierre, croisement improbable de Transformers et du jeu vidéo Shadow of the Colossus, conçue dans l'espoir gratuit d'en mettre plein la vue. Sans oublier la ribambelle délirante d'effets foireux (arbres s'effondrant en chaîne tels des dominos, pommes de pin explosives, Bilbo se cachant derrière un tronc alors qu'il est invisible...) et d'incohérences crasses (l'Anneau unique est devenu un joujou en plastoque inoffensif qui fait apparaître un joli petit filtre grisâtre devant l'objectif de la caméra quand on le met au doigt, Sauron s'étant fait la malle on ne sait où...) que Le Hobbit vient vomir sur nos rétines avec une maladresse qui frise le pur génie. Au fond, Peter Jackson parvient à nous prouver une chose : lorsqu'il rate un film, il le rate avec toute la démesure et la générosité qu'on lui connaît, il nous livre un véritable chef-d'œuvre de nullité, que tous les tâcherons d'Hollywood auront bien du mal à surpasser.

Seulement, face à tant de cynisme créatif, on finit par s'interroger, le cœur étreint d'une tristesse infinie, sur la légitimité même du Hobbit. Le soi disant investissement passionné de Jackson, clamé par une presse consensuelle et défendu par une horde de fans aveugles, apparaît comme une bien mauvaise blague pour peu que l'on se penche sur l'échec constitutif du film et ses symptômes, aussi bien formels que substantiels. Le Hobbit ne relève certainement pas du désir sincère d'un cinéaste de prolonger son œuvre, mais bien de la lubie cupide d'une poignée de sinistres pingouins traquant partout la moindre promesse de profit commercial, coupables du nivellement par le bas de notre cher 7ème Art via la destruction immonde de nos plus grands fantasmes de cinéma. Du haut de son budget pharaonique et peut-être aussi à cause des espoirs fous qu'il avait suscités (les valeurs sûres à Hollywood ne le restent pas forcément...), Le Hobbit s'avère être une déception aussi colossale que douloureuse, parmi les plus regrettables et les plus inattendues de cette fade année 2012. Et dire qu'il s'agit du premier volet d'une trilogie...

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 19:58

skyfall

Il a combattu les agents les plus vils du SPECTRE de la Jamaïque au Japon, en passant par Fort Knox et les Bahamas, il a mené la vie dure aux plus fervents défenseurs de la Russie communiste, renversé des magnats du pétrole, de la drogue et de la presse, sauvé l'économie mondiale de la ruine, préservé l'humanité de plusieurs hivers nucléaires... Après cinq décennies de bons et loyaux services rendus à la couronne britannique, on ne présente plus les innombrables exploits de James Bond. Flanqué de son éternel smoking noir et blanc, de ses voitures de sport vintage et de son fidèle Walter PPK, l'agent 007, incarné à l'écran par pas moins de six comédiens, s'est érigé au fil des années comme un mythe à part entière du Septième Art, créant et imposant son propre genre, via un univers ultra codifié, au sein des films d'espionnage.

L'évolution de la saga, démarrant nerveusement sous le règne de Sean Connery puis s'essouflant inexorablement avec l'arrivée de Roger Moore, souligne un fâcheux enfermement dans ses propres codes, renouvelés du bout des doigts au fil des épisodes les plus récents, de Timothy Dalton (exception faite du sombre et torturé Permis de tuer) à Pierce Brosnan, où l'action devient prépodérante au détriment des personnages et des scénarios. Jusqu'à la sortie de Casino Royale, qui offre à la saga, sous la houlette de l'aguerri Martin Campbell, des morceaux de bravoure virtuoses, un réalisme et une brutalité aussi inédits que revigorants. Quantum of Solace, suite directe mais terriblement plate de Casino Royale, semblait retentir comme le glas de la série James Bond, faisant fi de la vitalité retrouvée de son prédecesseur. C'est dans un climat de lassitude et de déception que vient de sortir Skyfall, près de 50 ans après le premier épisode, James Bond contre Dr No. Si la présence de Sam Mendes à la réalisation s'annonçait comme un gage (presque) certain de qualité, rien cependant ne nous préparait à un tel électrochoc cinématographique. Si les précédents opus, dans leurs meilleurs jours, parvenaient à nous divertir honnêtement à travers leurs cascades spectaculaires et les punchlines savoureuses du héros, force est de constater que le cahier des charges de Skyfall se révèle d'une toute autre nature, hissant l'ambition artistique de la saga à un niveau aussi ahurissant qu'inespéré.

Laissé pour mort après l'échec cuisant de sa dernière mission, James Bond reprend du service afin de retrouver la trace d'un mystérieux terroriste menaçant la vie de M, dirigeante du MI6. Si l'intrigue de Skyfall paraît simple en apparence, elle se révèle vite d'une teneur aussi inédite que surprenante comparée à celle des autres volets. Nulle menace nucléaire, nul danger défiant l'ordre mondial, les scénaristes nous offrent ici un drame quasi intimiste, théâtre microcosmique mais néanmoins universel où un trio de personnages affronte ses démons intérieurs, son inexorable part d'ombre. Skyfall s'arrache d'emblée à l'esthétique de bande dessinée qui caractérisait jusqu'à présent la saga en donnant un relief nouveau et bienvenu à des caractères que l'on croyait connaître sur le bout des doigts. La simplicité du scénario permet ainsi, de manière paradoxale, un étoffement réel des personnages. Bond et M, investis d'une chair et d'une psyché plus humaines que jamais, s'offrent à nos yeux avec une fascinante proximité.

skyfall shanghai tower

Mis en scène avec un sens de la mesure qui fait actuellement défaut à nombre de jeunes cinéastes (Christopher Nolan, J.J. Abrams...), Skyfall se construit pendant près de 2h20 sur un décalage subtil mais permanent avec les figures mythologiques de la saga James Bond, parvenant même à commettre l'exploit de les réenchanter. Ainsi lorsque Silva, le méchant incarné par Javier Bardem (génialement troublant), dégraffe la chemise de Bond pour caresser son torse en guise de préliminaires à leur éprouvant duel, c'est à un véritable mythe vivant qu'il touche, un homme mythique du cinéma, l'homme qu'il aurait pu devenir s'il n'avait opté pour la voie de l'ombre. Cette scène, hautement symbolique, au-delà de son trop évident sous-texte gay (dont elle s'amuse tout de même), met littéralement à nu le mythe de James Bond, conférant au reste du film le même mouvement de désacralisation.
A ceci près que cette démythification n'a rien de parodique, comme c'était le cas dans quelques épisodes décalés de la série (
Les Diamants sont éternels, L'Espion qui m'aimait, Octopussy...), n'ayant d'autre but que l'humanisation du héros. Humanisant ses icônes à travers un subtil mélange de malice et de respect envers les codes qui les caractérisent (le conservatisme de M emblématisé par une ridicule mais attachante statuette de chien affublée des couleurs du drapeau anglais ; le Walter PPK de Bond, arme préhistorique rendue plus indissociable encore de son possesseur grâce aux prouesses technologiques actuelles ; le cocktail vodka martini de nouveau apprécié par 007...), n'hésitant jamais à plonger ses protagonistes dans un engrenage crédible d'événements tragiques, Skyfall se permet d'égratigner l'univers de James Bond, d'explorer son passé pour mieux le réinventer, de dépoussiérer des clichés éculés pour leur donner un lustre nouveau.

Pour fêter ses 50 ans, James Bond honore ainsi un fameux adage : c'est dans les vieilles casseroles que l'on fait les meilleurs plats. Véritable film à l'ancienne, d'une perfection formelle de tous les instants (cadrages élégants et posés, montage d'une fluidité idéale, exemplaire), doté d'une mise en scène jamais fanfaronne, brillante dans son ampleur tranquille, son assurance pleine d'audace et sa direction d'acteurs impeccable, Skyfall se donne à voir comme un objet filmique de rêve, d'une intensité dramatique peu commune, dont les images puissantes, forgées dans l'ombre et la lumière, nous hanteront longtemps. Du générique d'ouverture, d'une beauté graphique à tomber, jusqu'au finale cauchemardesque dans une lande écossaise mise à feu et à sang (décor de forge infernale symbolique où le héros renaît, se remodèle telle une lame en fusion trempée dans la glace, où la saga même reconstruit ses conventions), en passant par le vertige éblouissant d'un combat au sommet d'une tour de verre et de néons, le film de Mendes est un enchantement perpétuel pour les rétines, reléguant les tics outranciers et le surdécoupage inhérents à la plupart des grosses productions d'aujourd'hui au rang de ringardise.
Bâti, à l'image de son intrigue, sur une remontée dans le temps, un temps où le cinéma multipliait les
œuvres d'art (références évidentes et assumées à La Dame de Shanghaï d'Orson Welles, à Blade Runner de Ridley Scott, aux Chiens de paille de Sam Peckinpah), Skyfall opte pour un classicisme intemporel qui l'inscrira assurément dans la durée, redonnant d'un seul coup ses lettres de noblesse à la saga James Bond et réaffirmant sa suprémacie dans le paysage actuel du cinéma d'espionnage. S'offrant une nouvelle avance considérable sur ses concurrents (Jason Bourne, Mission Impossible), l'agent 007 prouve non seulement qu'il n'a pas dit son dernier mot, mais qu'il reste le meilleur. Sous ses allures majestueuses de festin esthétique, de tragédie déchirante (premier épisode émouvant de la série) et de classique instantané du cinéma de divertissement, Skyfall se présente comme la résurrection grisante et inespérée d'une saga culte devant l'éternel. Espérons que les prochains opus persisteront dans cette belle veine !

4,5sur5

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 20:55

the dark knight rises

À en juger par la pléthore de critiques mitigées, voire franchement déçues, s'acharnant sur de soi disant défauts de construction et sur le caractère conventionnel du film, The Dark Knight Rises ne serait que la conclusion en demi-teinte de la trilogie initiée en 2005 par Christopher Nolan, un blockbuster sans âme, juste une super-production de plus parmi la fange hollywoodienne actuelle. Face aux attentes proprement délirantes et souvent incompréhensibles suscitées par la sortie du film, débouchant sur des critiques faisant fi de toute analyse, rechignant par avance à s'aventurer sous le vernis du théâtral, force est de constater que The Dark Knight Rises – et plus largement la trilogie à laquelle il appartient – souffre avant tout d'une mauvaise catégorisation. Considérons donc, pour commencer, ce nouveau volet de la saga Batman pour ce qu'il est vraiment : un film d'action, une fresque spectaculaire, un pur spectacle audio-visuel. Plus encore que dans son Batman Begins ou dans son Dark Knight, Nolan se lance vaille que vaille sur la ligne claire d'un scénario s'articulant autour des notions opposées mais complémentaires de la destruction et de la reconstruction, ou plutôt l'espoir d'une possible reconstruction.

Huit années se sont écoulées depuis l'exil forcé du Batman. Reclus dans les cimes de son manoir, Bruce Wayne vit dans l'ombre d'un passé qu'il veut fuir, un passé qui s'accroche pourtant tel un goudron existentiel aux fragments de son âme disloquée, perdue. Jusqu'à l'avènement ravageur de Bane, terroriste machiavélique servant la cause de la Ligue des Ombres, prêt à tout pour anéantir Gotham. Jusqu'à sa confrontation avec Selina Kyle, voleuse d'élite aussi sournoise qu'insaisissable qui causera autant sa perte que son retour fracassant parmi les vivants. S'il est un thème auquel s'attache The Dark Knight Rises, avec autant d'obsession que de désespoir, c'est bien celui de la brisure, de la fêlure. Graphiquement d'abord, à travers la représentation âpre et réaliste de l'apocalypse urbaine que subit Gotham (montage parallèle saisissant montrant l'effondrement d'un stade en même temps que la destruction méthodique de quartiers entiers de la ville), mais également dans la construction de chaque protagoniste : mélancolie, affres de l'âge et d'un mode de vie trop rude pour Batman, blessure faciale mystérieuse dissimulée sous un masque pour Bane, névrose et cleptomanie chez Selina Kyle, poids du passé chez Miranda Tate (Marion Cotillard, pas aussi mauvaise qu'on le prétend). Néanmoins, Nolan ne limite pas sa vision de la brisure au seul cadre diégétique de sa fresque, il va jusqu'à l'ériger en esthétique constitutive, dans un souci permanent de ne jamais séparer le fond et la forme de son œuvre. Ainsi le caractère abrupt voire brutal du montage, souvent jugé à tort comme une baisse de régime visuelle, vient épouser parfaitement les écorchures des personnages, tout comme le chaos qui ébranle les fondations de Gotham.

The Dark Knight Rises se donne à voir avant tout comme un spectacle, mais en atteignant des cimes fascinantes de noirceur grandiose lorsqu'il s'adonne à la mutilation de ce spectacle même. La grandeur des séquences d'action, mises en scène avec un indéniable brio, ne vient pas d'une quelconque outrance, d'une quelconque dimension pompière. Sous le masque trop évident d'une théâtralité pourtant assumée, le spectacle nous grise d'une manière paradoxale, par son caractère estropié, à l'image de son héros vieillissant que la puissance de Bane vient presque achever. L'héroïsme dans The Dark Knight Rises n'est jamais posé comme une certitude, il s'affiche comme une valeur à reconquérir. Hanté par une angoisse maladive de l'échec et de la mort, rythmé par d'incessants mouvement de chutes et de douloureuses élévations, le film de Nolan se révèle, contre toute attente, porteur d'une poignante humanité. Moins aérien que ses prédécesseurs, The Dark Knight Rises est un spectacle de la pesanteur, comme graphiquement rivé au sol, au bitume défoncé de Gotham, ainsi qu'à ses personnages. En les jetant ensemble au fond de l'arène crépusculaire d'une fin de monde annoncée, Nolan filme la confrontation de ses trois protagonistes comme un combat malade de bêtes farouches. Batman, représenté comme un loup blessé sous un masque de chauve-souris, se voit tourmenté à la fois par l'aura féline de Selina Kyle (Anne Hathaway, magnifiquement dirigée) et la brutalité sans limites de Bane, véritable créature de cauchemar, monstrueuse montagne de muscles évoquant un molosse enragé (son masque ressemble à une muselière). L'issue de leur affrontement, d'une amertume peu commune pour un blockbuster d'action, vient confirmer l'une des obsessions typiques du cinéma de Nolan, à savoir l'aspiration (toujours contrariée) à une autre vie, une certaine forme de rédemption que cherchait déjà désespérément les personnages de Memento, Insomnia et du Prestige.

The Dark Knight Rises parvient in fine à renouveler voire dépasser cette préoccupation en adoptant son axe thématique le plus beau, celui de la filiation et de la paternité. L'intrigue, hantée par des fragments de Batman Begins, revient au traumatisme, à la fracture originelle de toute la saga : la perte de la figure paternelle. Dans cette optique, le combat livré par Batman prend tout son sens, tant au niveau narratif qu'au niveau symbolique. S'il veut sauver la ville qui l'a vu naître des agissements destructeurs de Bane, c'est dans le but de préserver la seule attache tangible qui le relie à ses parents. Plus que de l'héroïsme, c'est un sentiment bien humain qui pousse l'homme chauve-souris à défendre son territoire de l'anéantissement, une énergie du désespoir qui se traduit à l'écran par un conflit plus triste que violent, au caractère épique délité, à la limite de l'impuissance. Ainsi, contre toute attente, Nolan montre que même la plus impénétrable des brutes peut pleurer... Clôturant sa trilogie par une superbe scène muette, presque onirique, dont la puissance d'évocation résonne à l'unisson avec le thème composé par Hans Zimmer, et qui redonne tout son sens à la notion d'héritage, le cinéaste anglais scelle en beauté le destin de son chevalier noir. Un spectacle âpre et rugueux, tumultueux, désespéré mais fou d'espoir, terriblement humain sous sa carapace de super-production, un divertissement de haute volée comme on aimerait en voir plus souvent.

4sur5

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 15:57

amazing spider man

La folie mercantile hollywoodienne ne connaît aucune limite. Symptôme d'une non créativité aussi maladive que dictatoriale, la sortie en grande pompe de The Amazing Spider-Man vient se poser comme un nouvel engrenage dans les entrailles pourrissantes d'une machine commerciale immonde et cynique, laquelle, incapable de la moindre étincelle d'innovation, se goinfre sans vergogne de préquelles, séquelles et autres remakes aussi appauvrissants qu'assassins vis à vis des œuvres originelles. Si l'on a pu se réjouir d'une petite poignée de reboots réussis (Casino Royale, Star Trek, Batman Begins), force est de constater que le désir actuel d'Hollywood de revenir aux origines de (presque) tous ses films cultes est une insulte artistique absolue, d'un didactisme effrayant, d'une prétention scandaleuse et insensée.

Se plaçant haut la main parmi les adaptations Marvel les plus désastreuses, The Amazing Spider-Man vient confirmer la triste tendance. Spectacle sans chair ni âme, sans tempo ni intérêt dramatique, dépouillé de toute identité visuelle, les nouvelles aventures de Peter Parker parviennent en seulement deux heures de supplice audio-visuel à souiller la mémoire des films de Sam Raimi. Exit le héros magnifiquement gauche incarné par Tobey Maguire, exit les thèmes musicaux puissants signés Danny Elfman, exit les chorégraphies aériennes vertigineuses et les combats homériques défiant les lois de la gravité, exit la représentation de New York comme un personnage urbain à part entière... Place à une trivialité et une lourdeur de tous les instants, place à un adolescent banal, rebelle de pacotille (capuche et skateboard en prime...) frappé d'exhibitionnisme identitaire (j'enlève mon masque pour un oui ou pour un non, même en public !), incarné par un Andrew Garfield cabotin (un comble !). Place à un scénario débile et monstrueusement prévisible (torchon écrit à trois mains !) dont les soi-disant zones d'ombre prêtent autant à rire que ses innombrables et insupportables facilités (le méchant découvre notamment la double identité de Spider-Man en lisant « Property of Peter Parker » sur une étiquette collée au dos d'un appareil photo appartenant au jeune homme...). Place à un montage approximatif dopé aux faux raccords, qui pulvérise littéralement par son caractère épileptique la lisibilité des (trop rares) scènes d'action. Viennent s'ajouter à cette piteuse déroute une absence totale de rythme débouchant sur un ennui abyssal et une musique d'accompagnement sans thème marquant (pourtant signée James Horner !), aussi insipide et oubliable qu'une sauce allégée industrielle.

Naufrage filmique d'autant plus déplorable et honteux que son budget s'élève à 215 millions de dollars (mais à quoi tout ce fric a-t-il bien pu servir ?), The Amazing Spider-Man, avec la même fierté arrogante que celle de son héros, vient dégueuler sur nos rétines un déluge infect d'effets spéciaux bâclés (ratage total du Lézard, plus grand-guignolesque que menaçant), doublé de prises de vue subjectives hideuses (lors des déplacements de l'homme araignée) que même les pires créateurs de jeux vidéo pourraient renier. Vendu à tort comme une version plus réaliste et plus humaine que celle de Sam Raimi, cet accablant tour de montagnes russes pour gamins attardés ne parvient jamais à nous toucher, car vidé – justement – de toute substance humaine. Pratiquement dépourvu de gros plans et handicapé par sa direction d'acteurs lamentable, le film nous laisse au seuil de son intrigue.

Dans un mouvement perpétuel de superficialité, tout est survolé, effleuré, aucun registre, aucune tonalité n'étant pleinement assumée : dépouillée de tout sentiment, la mort de l'oncle Ben (poignante chez Raimi) se voit ainsi expédiée, tout comme la transformation et les nouveaux pouvoirs de Peter (trop facilement et rapidement assumés). Ponctuée de gags aussi involontaires que grotesques (les téléphones portables captent à 20 mètres sous la terre, Peter endeuillé faisant mumuse avec l'assassin de son oncle, le Lézard se construisant une station de travail hi-tech en moins d'une nuit...), la réalisation fait montre d'une incompétence exponentielle à mesure que les séquences kitsch s'enchaînent (combats sans coups portés, retournement de veste incongru du méchant...), allant jusqu'à conclure le film par une image improbable héritée de la trivialité des pires nanars ruraux : Peter rapporte à sa tante une boîte d’œufs, qu'il avait oublié de lui acheter quelques scènes plus tôt... Voilà à quoi tient désormais la fameuse responsabilité qui repose sur les épaules d'un super-héros. Mais non content de confondre l'humain avec l'anecdotique, le banal – et c'est là que The Amazing Spider-Man atteint les tréfonds d'une médiocrité présomptueuse – Marc Webb (décidément bien mal nommé) s'octroie le droit extravagant de tutoyer les références du cinéma de genre : Jurassic Park, insulté par une paire de répliques faiblardes, qui plus est totalement uchroniques, ainsi que le plagiat de l'une de ses scènes phares (l'assaut d'une cuisine par des vélociraptors), mais aussi Blade Runner, dont Webb se permet le luxe écœurant de rejouer (sans envergure aucune) la scène légendaire du sauvetage de Harrison Ford par Rutger Hauer. Tenter de jouer dans la cour des grands avec une inconscience répugnante vis-à-vis des modèles, alors que l'on est incapable de donner le moindre souffle à la moindre image animée, en essayant de compenser l'absence de talent par des montagnes de dollars, voilà l'adage, la règle d'or de l'actuel cinéma hollywoodien. Mais qu'attend donc la crise économique pour s'abattre sur les studios américains ?

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