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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 17:40

le moine

J'en entends qui disent que Le Moine est un film raté, une fable lourde et grotesque, ringarde et pathétique. Peut-être la tentation est-elle trop forte, peut-être suis-je trop faible, mais je ne peux y résister : j'ai aimé le nouveau film de Dominik Moll.

Adapté du célèbre roman éponyme de Lewis, fleuron de la littérature gothique anglaise, Le Moine narre la chute de Frère Ambrosio (Vincent Cassel), moine charismatique et pourfendeur du Mal dans l'Espagne du XVIIème siècle. Son destin, tragique, lui fait goûter aux interdits qu'il s'est toujours juré de combattre, le jour où un mystérieux jeune homme masqué vient proposer ses services au monastère. Le scénario, en forme de paradoxe, nous présente d'abord Ambrosio comme un homme de foi inflexible, inatteignable, avant de lui faire perdre peu à peu tous ses repères puis sa raison, jusqu'à ce qu'il bascule totalement dans la folie et le péché. L'occasion pour Dominik Moll d'installer une atmosphère oppressante, tranquillement vénéneuse, portée par une photographie de toute beauté mimant les états intérieurs d'Ambrosio. On se laisse ballotter entre la noirceur effrayante des nuits monacales et la blancheur aveuglante des paysages arides de l'Espagne. Ambiance irréelle de rêves éveillés, où se côtoient la sensualité et la mort. Frontière brouillée entre les songes et la réalité. Le monastère d'Ambrosio est un lieu hors du temps, parasitant autant la foi du moine que notre croyance dans la matérialité des images. Tout est ici affaire de duperie, de maquillage, de versatilité, le Mal s'insinuant sournoisement entre les failles mises à nues d'un temple sacré, monastère pour le héros, objet filmique pour le spectateur.

Drapant son récit d'un voile d'incertitudes, Dominik Moll semble se livrer à une relecture gothique de son Harry, un ami qui vous veut du bien. Les nombreuses passerelles entre les deux films les font résonner d'un écho troublant. Le Moine pourrait s'interpréter comme le retour de Harry dans la peau d'un débauché bien plus maléfique qu'il ne paraît, toujours incarné par le toxique Sergi Lopez. Ouvrant et refermant le film, l'acteur espagnol prête ses traits à une forme de tentation absolue et triomphale, un Harry d'outre-tombe, ange noir déchu venu hanter un homme de bien, Ambrosio pouvant s’apparenter au frère éloigné de Michel, jadis incarné par Laurent Lucas, dans la mesure où il se confronte à son alter ego maléfique avant de s'offrir à lui, en lui vendant son âme, en devenant maléfique à son tour. Chronique éternelle d'une passation du Mal. En ce sens, Le Moine de Dominik Moll peut se lire comme la genèse d'Harry un ami qui vous veut du bien. Le cinéaste n'a rien perdu du pouvoir d'évocation de ses images, nous proposant à la fois une clé de relecture de son œœuvre et une plongée aussi fascinante que tragique dans l'esprit d'un homme tenté, portée par la formidable composition de Vincent Cassel, qui prouve encore ici qu'il est capable de tout jouer, en s'effaçant derrière la vérité de ses personnages.

3,5sur5 

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 19:22

the murderer

Alors qu'Hollywood tourne en rond, souffrant d'un grave syndrome de redite, le cinéma coréen fait preuve d'une rage créative absolument enthousiasmante. Il y a quelques semaines, Kim Jee-woon nous tétanisait sur nos sièges avec son inoubliable et barbare J'ai rencontré le Diable. C'est au tour de Hong-jin Na, auteur de The Chaser, de s'imposer à travers un véritable coup de maître, une nouvelle référence dans le genre du thriller.

The Murderer nous relate le périple de Gu-nam, un homme dans le besoin, acceptant pour sa survie de commettre un meurtre. Mais lorsque la situation dégénère, quelqu'un commettant la tuerie à sa place, il découvre qu'il est l'objet d'une machination infernale, traqué à la fois par les autorités et les commanditaires du meurtre. A la manière d'un conte cruel, découpé en quatre chapitres distincts, le film met en scène la lutte d'un être radicalement solitaire, sans attaches, pour sa survie. Sa position dans le cadre, toujours précaire, toujours menacée, le plonge dans un tourbillon terrifiant de dangers et de mort. Rivée à Gu-nam, la caméra fébrile de Hong-jin Na se fait le complice, le témoin privilégié de sa traque. The Murderer se construit comme une longue et éprouvante course-poursuite que l'on devine perdue d'avance (comment un seul homme pourrait-il échapper à une armée de limiers lancée à ses trousses ?), mais toujours portée par une tension palpable, viscérale, renforcée par la peinture cauchemardesque d'une Corée tentaculaire et chaotique, d'où la mort peut surgir n'importe quand, n'importe où. Du centre-ville bondé de Séoul aux paysages mornes d'une campagne désertée, The Murderer aligne des morceaux de bravoure fracassants à travers une longue série de traques démentielles, aussi bien sur le plan audio-visuel (prises de vue furieuses, bande-son traumatisante de réalisme) que sensationnel. Presque dépourvu de dialogues, toujours porté sur l'action et sa représentation la plus pure, le film de Hong-jin Na dégage une puissance d'évocation que l'on n'est pas prêt d'oublier. Expérience cinématographique radicale, physique, le périple éprouvant de Gu-nam bouleverse et martyrise nos sens avec une force qu'on aimerait retrouver plus souvent dans nos salles obscures.

Mais au-delà de l'âpreté, au-delà de l'ultra-violence dont le film fait souvent preuve, au-delà de l'ouragan de cris et de sang qui nous emporte, c'est une compassion discrète, diffuse, touchante, qui finit par nous gagner. On s'attache paradoxalement au personnage de Gu-nam à travers sa solitude, la perte progressive de ses repères et objets d'attachement. Ainsi le scénario vient-il mêler à son contrat sordide la recherche affligée de son épouse perdue. Rejoignant le monstrueux héros de J'ai rencontré le Diable dans l'expérience douloureuse de la perte, Gu-nam incarne un fragment ténu d'humanité, jeté dans un torrent de haine, luttant moins pour rester en vie que pour rester humain. Mourir en homme plutôt que vivre comme un chien. Telle pourrait être la morale amère de ce conte à la noirceur troublante. Une nouvelle pépite du cinéma coréen qui vient prouver une fois encore qu'un thriller, ou plus généralement un film, n'est rien s'il ne présente pas un visage humain. Le suspense, les poursuites, les armes et autres explosions, c'est efficace bien sûr, mais la sauce ne prendrait pas sans le ciment puissant d'un vrai drame, au sens premier du terme. Hollywood ferait bien d'en prendre de la graine !

4,5sur5

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14 juillet 2011 4 14 /07 /juillet /2011 04:19

deathly hallows

Trop court ! C'est le premier sentiment qui nous vient à l'esprit quand apparaît le générique final du dernier opus de la saga Harry Potter. Une déception qui en cache malheureusement bien d'autres. Loin d'être un mauvais film, la deuxième partie des Reliques de la Mort n'atteint pas la perfection, ni l'aura de tristesse du volet précédent. Trop expéditive, cette conclusion semble ramener le niveau de la saga au temps de L'Ordre du Phénix, qui reste l'épisode le plus bancal à ce jour, l'émotion en plus. Émouvant, le dernier film l'est à plus d'un titre, à travers un flash-back déchirant -– quoiqu'incompréhensible pour qui n'a jamais lu le livre -– révélant la véritable nature de Rogue, quelques morts poignantes (Lupin et Tonks immortalisés comme des gisants) et un épilogue magnifique. Mais cette émotion, si elle nous serre le cœœur à maintes reprises, ne parvient pas à nous faire oublier une myriade de défauts agaçants. Ils s'agit toujours d'un beau spectacle, mais décevant et frustrant à plus d'un titre.

Le monteur de la première partie des Reliques de la Mort semble avoir pris des vacances avant l'heure, tant on peut percevoir la fracture dans le rythme général. Tout s'emballe, tout s'enchaîne parfois sans transition, sans explication aucune, souvent dans l'incohérence la plus complète. La progression est bancale, à cause de l'absence de certaines scènes. Le ciment qui unissait superbement les protagonistes se fissure soudain, alors que les personnages secondaires se font balayer du récit bien trop rapidement pour que l'on puisse s'apitoyer sur leur sort (le dénouement du Seigneur des Anneaux, du haut de ses quatre heures inoubliables, demeure insurpassable). L'épure du montage isole tellement Harry, qu'il semble parfois se détacher du scénario sous nos yeux, comme une décalcomanie, pour être réduit à l'état de simple icône. La débauche sidérante d'effets visuels qui inonde le film finit par priver le récit et ses personnages de toute humanité. On nous en met plein la vue, trop souvent au détriment du cœœur. La fameuse bataille finale, si viscérale dans le livre (car racontée d'un point de vue humain), n'est qu'un ensemble de plans larges où des étincelles multicolores se détachent sur un ciel noir d'ébène. Des plans trop éloignés de l'action pour nous la faire vivre pleinement. Comble de l'abstraction... Mais ce qui déçoit le plus dans ces scènes mouvementées, c'est leur ambition visuelle étrangement faiblarde.

On était en droit, vu le budget du film, de réclamer un spectacle dantesque. Or il ne l'est qu'à moitié (mais où diable sont passés les centaures ? le frère géant d'Hagrid ?). McGonagall donnant vie à une armée de statues, Neville décapitant dans un geste grandiose le serpent de Voldemort, un somptueux ralenti sur Ron et Hermione échappant au même serpent... On trouve bel et bien quelques scènes d'anthologie dans cet ultime volet, mais aussi pas mal de scènes ratées, voire grotesques : des baisers échangés à des moments incongrus, les pauses risibles de Voldemort (décidément le personnage le plus ridicule de cette saga), la facilité déconcertante de la découverte des Horcruxes, l'hilarant ballet aérien réunissant Harry et Voldemort... Certaines scènes ne se justifient que par l'utilisation de la 3D, qui ne représente en aucun cas un enjeu artistique, juste mercantile : la mort de Bellatrix, pulvérisée en une multitude de petits cubes noirs par la mère Weasley, la découverte de la Pierre de Résurrection, la descente en wagon dans les entrailles de Gringotts, la lévitation interminable de la Pensine... Même la destruction de Voldemort, qui aurait dû se présenter comme le clou d'un spectacle grisant, ne répond qu'aux impératifs agaçants de la 3D : alors qu'on s'attendait à ce qu'Harry lui porte un coup final monumental, jubilatoire, cathartique (d'ailleurs amorcé à l'écran), le grand méchant s'évapore tout doucement, alors qu'Harry ne le touche même pas, en une neige de cendres numérique emportée par le vent. Rien de spectaculaire ici, juste un petit effet 3D minable, pseudo-poétique, venant gâcher le plaisir qu'aurait dû nous procurer le « coup de pied au cul », le « pétage de gueule » ultime, tant attendu. La mise à mort des méchants dans ce film s'érige d'ailleurs comme un regrettable contre-sens par rapport au livre : alors que Rowling mettait un point d'honneur à décrire un effondrement, presque une implosion des serviteurs du mal, Yates décide -– pour on ne sait quelle obscure raison hollywoodienne -– d'anéantir ce mal à travers une représentation graphique liée à l'explosion, à l'élévation, autrement dit une quasi rédemption. N'étant certainement pas un fanatique des adaptations littérales, je pense tout de même qu'il est déplorable de trouver pareilles erreurs de lecture, surtout dans le cadre d'une telle saga.

Spectacle en demi-teinte, la deuxième partie des Reliques de la Mort se voit sauvée par l'interprétation renversante d'Alan Rickman, qui incarne le personnage le plus fascinant de cette conclusion, mais aussi par les retrouvailles avec des éléments et des personnages familiers jetés dans un tourbillon de destruction parfois douloureux. La séquence post-combat, au bord d'un pont en ruines qui semble surplomber le néant, où Harry renonce à l'arme la plus puissante du monde magique pour retourner auprès de ses éternels amis, Hermione et Ron, nous prend littéralement à la gorge. Ce sentiment de tristesse et de sérénité mêlés à la vue du trio survivant, se prolonge dans un épilogue admirable et magnifique de simplicité, s'achevant sur nos héros vieillissants, mais toujours ensemble après les épreuves qu'ils ont traversées. La saga se termine comme elle a commencé, il y a dix ans, sur un quai de gare étrange, à présent terriblement familier, avant de baisser le rideau sur la tristesse souriante de trois visages fraternels, que le thème originel et bouleversant de John Williams, enfin repris, vient caresser de ses notes immortelles.

3sur5

 

[critique] Harry Potter et les Reliques de la Mort - Partie 1

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 03:11

Les Aventuriers de l'Arche perdue (Raiders of the Lost Ark, 1981) : Spielberg fait une entrée fracassante dans les années 80, après le malheureux échec de 1941. Il créé avec Indiana Jones, sur une histoire de George Lucas, une véritable icône du cinéma d'aventure évoluant dans un univers hérité de la bande-dessinée (l'ombre de Tintin n'est pas loin...), naviguant entre Histoire et fiction débridée. Avec son rythme trépidant (jamais frénétique), ses personnages inoubliables, son exotisme factice rappelant les classiques hollywoodiens du cinéma d'aventure, sa bande-originale mythique signée John Williams et ses références mythologiques en pagaille, Les Aventuriers de l'Arche perdue témoigne du génie absolu de Spielberg en matière de divertissement. Beaucoup tenteront de se mesurer à lui... en se cassant les dents. Un monument indémodable du cinéma moderne.

aventuriers arche perdue

E.T. L'Extra-Terrestre (E.T. the Extra-Terrestrial, 1982) : deuxième incursion de Spielberg dans le domaine de la science-fiction. Alors que Lucas poursuit ses délires spectaculaires avec L'Empire contre-attaque (1980), alors que Carpenter emprunte la voie de la terreur avec The Thing et que la saga Star Trek propose son deuxième volet (1982), le père de Rencontres du Troisième Type persévère dans ses obsessions personnelles en nous livrant une fable bouleversante, on ne peut plus universelle, mais toujours intimiste, terriblement humaine. Un pari risqué mais gagné, puisque E.T. pulvérise littéralement le box-office de l'année 1982 et séduit la critique, partout dans le monde, au détriment de Blade Runner, rejeté, mal aimé. La lumière qui irrigue le film de Spielberg triomphe de la noirceur du projet malade de Ridley Scott, qui ne sera reconnu que bien plus tard. Mais s'il est unanimement considéré comme une fable familiale destinée à un large public, il serait peu avisé d'occulter la part d'ombre qui plane en filigrane sur E.T., à travers le comportement hautement cruel des adultes. La seule issue, généralement interprétée comme un simple happy end, réside dans la fuite. Fuir ou mourir ! Spielberg n'est pas aussi enfantin qu'on pourrait le croire...

ET

Indiana Jones et le Temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom, 1984) : Spielberg fait preuve d'une noirceur terrifiante dans ce deuxième opus des aventures de son célèbre archéologue. Presque entièrement souterrain, le film se lance dans la représentation très graphique d'un mal enfoui : sacrifices occultes, séances de torture, populations opprimées, enfant souverain tyrannique... L'aventure, s'inspirant parfois de Tintin et le Temple du Soleil, est toujours au rendez-vous, à travers des morceaux de bravoure fracassants (la scène d'introduction, l'arrivée en Inde, la séquence de montagnes russes dans les mines...), mais elle perd l'aura d'insouciance presque désinvolte qui caractérisait le premier volet. Spielberg avoue s'effrayer lui-même en revoyant son film. Il s'agit tout de même d'un formidable divertissement, au rythme hypnotique et à la facture ahurrissante, une épopée tout aussi brillante que la précédente, parsemée d'un humour noir parfois ravageur.

indiana jones temple maudit

La Couleur pourpre (The Colour Purple, 1985) : alors qu'on le croit désormais cantonné aux blockbusters hollywoodiens, Spielberg frappe là où on l'attend le moins. Il créé la surprise en s'attaquant à l'adaptation d'un roman épistolaire d'Alice Walker traitant de la ségrégation raciale et de la condition des femmes noires aux États-Unis au début du XXème siècle, à travers le destin de Célie, un rôle qui lança la carrière de la jeune Whoopi Goldberg. Spielberg livre une saga familiale pleine de cris, de fureur, de larmes, mais aussi de rires et de sourires. L'humour côtoie l'horreur la plus abjecte, incarnée par Danny Glover, effrayant en mari tyrannique. La mise en scène, alternant pure contemplation (sublimes tableaux), éclats de fureur et tourbillons d'émotions, se révèle d'une intensité et d'une puissance hypnotique encore intactes aujourd'hui. Notons que La Couleur pourpre a lancé la carrière d'une autre personnalité américaine bien connue : Oprah Winfrey.

la couleur pourpre

Empire du Soleil (Empire of the Sun, 1987) : chef-d'œ’œuvre presque oublié de Spielberg, cette fresque historique, doublée d'un éprouvant survival, relate l'errance désespérée et solitaire d'un jeune garçon à Shanghaï en 1941, sous l'occupation de l'armée impériale japonaise. Le film marque la première grande apparition à l'écran de Christian Bale, alors âgé de 13 ans. L'adolescent révèle un jeu totalement bouleversant, son personnage rappelant avec émotion l'Antoine Doinel de Truffaut (que Spielberg admire), gamin perdu, désemparé, forcé à devenir un adulte avant l'heure s'il veut survivre. La reconstitution de Shanghaï est faramineuse et l'intrigue traversée par des élans de poésie sublime, telle la vision hallucinée des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, le petit héros croyant qu'il s'agit de Dieu photographiant la Terre depuis son royaume céleste. Certains y verront une faute de goût (la scène des douches dans La Liste de Schindler n'y échappera pas non plus), alors qu'il s'agit assurément d'un éclat d'audace artistique, épousant totalement le point de vue de l'enfant, les ambiguïtés troublantes de son innocence, ou plutôt de son ignorance du Mal. L'un des films les plus poignants de Spielberg. [critique : Empire du Soleil ]

empire du soleil

Indiana Jones et la Dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade, 1989) : certainement l'épisode le plus déjanté, le plus fou, le plus débridé de la saga Indiana Jones. Le film s'ouvre sur un flash-back mémorable nous révélant les origines de la peur du héros face aux serpents, pour se poursuivre sur une quête du Graal aussi monumentale que surprenante dans sa mise en scène. L'introduction dans le récit du père d'Indiana, incarné par Sean Connery (hommage ultime à l'univers de James Bond, très prisé par Spielberg et Lucas), s'avère l'idée la plus excitante d'un scénario trépidant, sans temps mort, au service d'un divertissement absolu, décomplexé, euphorisant. Spielberg attendra deux décennies avant de se replonger dans l'univers de sa saga...

indiana jones derniere croisade

Always (1989) : l'un des films les plus sous-estimés de Spielberg, relatant l'odyssée d'un pilote mort qui, depuis l'au-delà, forme la jeune recrue censée le remplacer, tout en acceptant de lâcher prise, de se détacher de la femme qu'il aimait de son vivant. Always marque les retrouvailles poignantes de Spielberg et de Richard Dreyfuss. Hommage vibrant au cinéma classique hollywoodien, en même temps qu'une tentative de s'en détacher (comme le protagoniste mort vis-à-vis de sa femme toujours vivante), le film, sublimement photographié (les couleurs, les ombres et la lumière parlent plus que les dialogues) parvient à glisser, sous sa désarmante simplicité de conte, une complexité de sens saisissante, offrant une multitude de lectures et d'interprétations, une exploration surprenante car étonnamment vivante de la mort. Spielberg quitte les années 80 tout en douceur, avec ce qui restera comme l'une de ses œœuvres les plus personnelles, accomplies et matures (« adulte » est à bannir de son univers). Un beau film à redécouvrir ! Notons que Ben Burtt, ingénieur du son d'Always, connu pour ses créations sonores sur la saga Star Wars, a glissé malicieusement le bruit d'un tir de vaisseau dans la scène du sauvetage aérien des pompiers par le personnage de Holly Hunter.

always

 

Revoir Spielberg - les années 2000 : l'odyssée de la noirceur / Revoir Spielberg - les années 1990 : la décennie paradoxaleRevoir Spielberg - les années 1970 : de Duel à l'échec de 1941

 

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 00:25

Tomboy, de Céline Sciamma (20 avril 2011) : assurément le meilleur film français de ce premier semestre, avec Poupoupidou. Portrait aussi troublé que troublant d'une fillette se faisant passer pour un garçon, chronique tranquille, nostalgique et légère de l'enfance, menée avec une simplicité désarmante, portée par le jeu très naturel des enfants, omniprésents. Céline Sciamma parvient à nous faire revivre nos années d'innocence, tout en portant un regard très acerbe sur une mentalité franchouillarde profondément intolérante, pétrie d'a priori et bouffée par des codes moraux d'un autre âge. Brillant ! Ma note : 4/5.

tomboy

The Prodigies, d'Antoine Charreyron (8 juin 2011) : un ratage total ! Graphiquement hideux, ce film d'animation nous propose un scénario d'une débilité déconcertante, version pour ados attardés de X-Men ou Heroes, mettant en scène des personnages stéréotypés jusqu'au grotesque. Le rythme mollasson et les dialogues affligeants de simplisme viennent couronner cette énorme gamelle du cinéma de genre. Ma note : 1/5.

Insidious, de James Wan (15 juin 2011) : une mise en scène horrifique aussi brillante qu'efficace, jouant à fond la carte de la terreur grand-guignolesque et du pastiche décalé, avec une maestria visuelle de tous les instants et une interprétation de première classe (Patrick Wilson et Rose Byrne en tête). La séquence finale, d'une beauté irréelle, est un vrai morceau de bravoure. Ma note : 3,5/5.

insidious

Blitz, d'Elliott Lester (22 juin 2011) : un sympathique film de vengeance made in England, porté par l'interprétation très ironique de Jason Statham, constamment au bord de l'auto-parodie. En même temps, le réalisateur, plutôt inspiré, nous livre un portrait assez noir (dans la lignée de Harry Brown sans en atteindre l'excellence) et ultra-violent de la société anglaise actuelle. Un divertissement très efficace, à défaut d'être inoubliable. Ma note : 3/5.

Omar m'a tuer, de Roschdy Zem (22 juin 2011) : un film de procès aussi tendu que touchant, revenant sur l'un des scandales judiciaires les plus tristement célèbres de notre histoire contemporaine. Dans sa volonté d'objectivité dans l'exposition très sèche des faits, Roschdy Zem n'évite cependant pas une certaine empathie pour son personnage principal, flirte parfois avec le pathos, trahissant par là même le regard humain qu'il porte sur cette sinistre histoire, tout en gardant une distance salutaire. Ma note : 3/5.

Transformers 3 : La Face cachée de la Lune, de Michael Bay (29 juin 2011) : un chef-d’œ'œuvre d'effets spéciaux et de bourrinage spectaculaire. La perfection audio-visuelle du film ne parvient tout de même pas à nous faire oublier les lacunes navrantes du scénario, la débilité des dialogues, le cabotinage ridicule ou l'inutilité des acteurs. Une facture cinématographique pareille, privée d'une bonne histoire et de personnages attachants, nous donne fatalement le sentiment frustrant d'un immense gâchis. Ma note : 2/5.

Hanna, de Joe Wright (6 juillet 2011) : version ado du Nikita de Besson, menée par le réalisateur du dernier Orgueil et préjugés. La jeune Saoirse Ronan (Lovely Bones) est épatante d'énergie, de brutalité et de fragilité. Le reste du casting déçoit, entre un Eric Bana absent, une Cate Blanchett sous-exploitée et un Tom Hollander ridicule en tueur efféminé. Seuls Olivia Williams et Jason Flemyng, formant un couple inattendu, parviennent à tirer leur épingle du jeu. La BO des Chemical Brothers, très percutante, souligne malheureusement les défauts d'un scénario mou du genou, sauvé in extremis par quelques (trop rares) scènes de baston fracassantes. Un récit initiatique qui se suit sans déplaisir, mais terriblement frustrant quand on pense au potentiel grandiose qu'il n'a pas su développer. Ma note : 3/5.

hanna

Fragments de Screen n°1 (janvier - février 2011) / Fragments de Screen n°2 (mars 2011) / Fragments de Screen n°3 (avril 2011)


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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 14:30

j'ai rencontré le diable

Une camionnette, au rétroviseur intérieur décoré par deux ailes d'ange, sillonne la nuit enneigée. Le conducteur croise une jeune femme, dont la voiture est en panne. Il lui propose son aide, elle refuse, préfère attendre l'arrivée de la dépanneuse. L'homme fait mine de partir, avant d'agresser sauvagement la jeune femme, qu'il emmène à son repaire pour la torturer, puis la découper en morceaux. Le fiancé de la morte, fou de douleur, se lance dans la traque du tueur, se promettant de le faire souffrir au centuple pour ce qu'il a fait endurer à sa promise assassinée...

J'ai rencontré le Diable n'est pas vraiment un énième film de vengeance, comme pourrait le suggérer son scénario en apparence simpliste, car Kim Jee-woon se paie le luxe, à travers 2h20 traumatisantes de douleur et d'émotions viscérales, de nous livrer un sérieux prétendant au titre de meilleur film de vengeance de tous les temps. Transcendant littéralement son intrigue par une exploration éprouvante des abysses de l'âme humaine, l'auteur des excellents Deux Sœœurs et A bittersweet life, accouche ici d'un chef-d'œ’œuvre absolu de noirceur, un thriller cauchemardesque dont les scènes de tortures -– insoutenables -– se voient toujours contrebalancées par l'amertume et la tristesse, plus fortes que tout. Le héros vengeur, Kim Soo-hyeon, incarné par un Lee Byung-Hun effrayant et bouleversant, devient un monstre traqueur de monstres, une sorte de Dexter coréen, à ceci près que sa pulsion meurtrière n'est pas méthodique, mais chaotique, sans cesse provoquée par la fraîche douleur de la perte. A la différence de Dexter, Kim est aveuglé par sa rage, il ne la contrôle pas. Le « Diable » du titre, que l'on identifie dans un premier temps au tueur, pourrait alors aussi bien qualifier le personnage éploré de Kim, véritable ange déchu. Dans cette optique, le titre du film est à double tranchant, « I saw the Devil » pouvant se traduire aussi bien par « J'ai vu / rencontré le Diable », que par « Je charcute le Diable ». La frontière entre monstre et victime se trouble.

Mais c'est surtout la vision du visage angélique de l'acteur, peu à peu dévoré par la flamme destructrice de la vengeance, qui procure chez le spectateur un malaise, plus vif encore que celui des séquences de torture. Contrairement au meurtrier, Kim n'éprouve aucun plaisir, il répond à la douleur par une douleur plus grande encore. Tout le film est bâti comme un cercle vicieux, infernal, où la souffrance engendre la souffrance, mais pas de manière complaisante, comme le fait souvent le cinéma gore : J'ai rencontré le Diable emprunte les voies de la pure tragédie. Filmant l'affrontement éprouvant de deux monstres, l'un avéré, l'autre en devenir, comme un face-à-face tragique, Kim Jee-woon dépasse le genre gore, le hissant parfois vers une représentation christique (le corps de plus en plus mutilé du tueur, la résignation de Kim à embrasser la noirceur pour mieux en triompher). J'ai rencontré le Diable se révèle comme l'une des explorations cinématographiques les plus rudes et les plus captivantes du Mal.

Avec cette ambition dantesque de montrer frontalement toutes les facettes du mal le plus absolu, Kim Jee-woon lui donne d'abord un visage de cauchemar, celui de l'acteur Min-sik Choi, effrayant de folie sanguinaire dans la peau du tueur Kyung-chul, avant d'en explorer les continents les plus sordides (meurtres barbares et viols à répétition, affrontement dans la maison d'un assassin cannibale, mutilation à petit feu de Kyung-chul...). Le réalisateur ne nous épargne aucun détail -– membres tranchés, brisés, arrachés, déformations corporelles, sang répandu par dizaines de litres -– mais toujours dans le souci paradoxal d'une esthétique du Mal, répugnante, baroque, parfois grotesque, mais toujours fascinante. Nulle beauté ici, mais une sidération constante, une hallucination douloureuse face aux ravages tragiques de la barbarie humaine. Rarement un cinéaste nous aura autant rapprochés de l'horreur, de la monstruosité. Rarement un film nous aura autant infusé le goût du sang. Expérience cathartique extrême, viscérale et audacieuse, J'ai rencontré le Diable ne caresse certainement pas son spectateur dans le sens du poil. Bien au contraire, il le confronte avec brutalité à ses instincts les plus inavouables pour mieux l'en écarter. La vengeance, loin d'être glorifiée, nous est montrée comme une impasse radicale. Kim Jee-woon, repousse l'horreur et son (in)humanité vers leurs ultimes limites, pour nous faire alors le don inespéré de quelques fragments de légèreté salutaire, où l'humour et parfois le rire reviennent affleurer à la surface d'un océan de sang et de larmes. Quant à savoir s'il s'agit du rire du désespoir ou de la cruauté, c'est là toute la part d'indicible que nous offre, dans son sillage inoubliable de violence et de mort, ce grand film malade...

5sur5

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 16:29

seigneur des anneaux bluray

Coup de griffe concernant la sortie du coffret Blu-Ray des versions longues du Seigneur des Anneaux. En dépit d'une qualité technique irréprochable concernant le transfert HD opéré sur les trois fresques monumentales de Peter Jackson, c'est la reprise flemmarde des DVD de bonus des éditions précédentes qui fait tache. Franchement, il apparaît comme exagéré de dépenser 80€€ pour un coffret de 15 disques, dont 9 de bonus, qui sont déjà plus qu'éculés pour les aficionados depuis presque une décennie. Metropolitan semble se payer la tête (et la bourse) des adorateurs de la trilogie : pourquoi ne pas avoir donné aux bonus une seconde jeunesse en HD ? et pourquoi ne trouve-t-on aucun bonus inédit ? A titre de comparaison, la saga Alien, pas beaucoup plus longue, a eu droit à plus de 60 heures de bonus... Face à une édition aussi ambigüe, il serait préférable pour les détenteurs des Collectors 4 DVD du Seigneur des Anneaux d'attendre la sortie d'un coffret totalement HD ou bien n'incluant que les films, à un prix plus abordable. Les collectionneurs feraient mieux d'attendre, quant à eux, une édition complète des adaptations de Tolkien, qui coïncidera, espérons-le, avec la sortie vidéo du Hobbit, actuellement en tournage...


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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 21:45

Steven Spielberg représente pour moi un modèle de cinéaste, dont l'univers foisonnant me fascine au plus haut point. Afin de lui rendre hommage et de se replonger dans son œœuvre avant la sortie prochaine des Aventures de Tintin, voici une rétrospective de ses nombreux longs-métrages (25 au total), décennie par décennie.

 

Duel (1971), avec Dennis Weaver, Eddie Firestone, Lou Frizzell : premier long métrage de Spielberg, créé d'abord pour la télévision. Hommage nerveux au cinéma d'Hitchcock, où le jeune réalisateur semble se venger du manque de moyens par la rigueur virtuose de sa mise en scène. Si le film est très ancré dans les années 1970, il reste encore aujourd'hui un monument de tension et d'angoisse, une poursuite infernale ponctuée de montées d'adrénaline implacables.

duel

Sugarland Express (The Sugarland Express, 1974), avec Goldie Hawn, William Atherton, Michael Sacks : après le film de poursuite, Spielberg enchaîne, dans une thématique très proche, avec un film de cavale, inspiré de faits réels, profitant de l'occasion pour déployer un thème qui lui est cher : la sortie de l'enfance, le sacrifice de la jeunesse. Les jeunes protagonistes en fuite tentent d'échapper, en vain, à un système socio-politique régi par des « vieux ». Le pessimisme du dénouement ne relève cependant pas de la volonté de Spielberg (qui envisageait un happy end), mais - contre toute attente - de celle des producteurs, qui souhaitaient préserver le statut de film d'auteur de Sugarland Express. Un paradoxe à Hollywood, assez rare pour être souligné.

sugarland express

Les Dents de la mer (Jaws, 1975), avec Roy Scheider, Richard Dreyfuss, Robert Shaw : premier film de monstre de Spielberg, qui pourrait bien être l'ancêtre direct de ses futurs Jurassic Park dans le traitement viscéral de l'horreur. Nul parc d'attraction ici, nulle jungle hostile, mais un décor aquatique angoissant, porteur de mort, via la figure mythique du requin affamé. Si Spielberg innove avec une représentation frontale de la mutilation, il signe surtout, quand on connaît les recettes monstrueuses du film, l'un des premiers blockbusters de l'histoire du cinéma.

les dents de la mer

Rencontres du Troisième Type (Close Encounters of the Third Kind, 1977), avec Richard Dreyfuss, Teri Garr, Melinda Dillon : la même année que son ami George Lucas, Spielberg s'attaque au genre de la science-fiction, à travers une fresque humaniste, ou plutôt humaine, dans la mesure où il s'attache à dépeindre des événements extraordinaires via le regard de personnages ordinaires (Richard Dreyfuss, ou l'incarnation absolue de l'Américain moyen, en est la vedette). Là où Star Wars se lançait à fond de train dans le registre mythologique, opératique et spectaculaire, Rencontres du Troisième Type osait la voie de l'individuel, de l'intime, pour toucher à l'universel. La scène finale, dialogue musical halluciné avec un vaisseau spatial, tout comme l'apparition de François Truffaut en scientifique français, reste un bouleversant acte de foi envers le 7ème art. Pour la petite info, le socle du vaisseau spatial a été réutilisé quelques années plus tard dans Blade Runner pour servir de toit au QG de la police de Los Angeles.

rencontres du troisieme type

1941 (1979), avec Dan Ackroyd, John Belushi, Ned Beatty, Nancy Allen : film catastrophe, comédie cartoonesque, fresque historique... 1941 brasse un nombre de genres considérable, en narrant l'attaque ratée d'Hollywood par un sous-marin japonais. Considéré comme trop ambitieux, trop chaotique, trop délirant, jugé hystérique et décousu par la critique, mais surtout extrêmement coûteux, le film connaît un échec cuisant, le premier de Spielberg depuis le début de sa carrière. La même année, La Porte du paradis, de Michael Cimino, fresque historique au budget colossal, rencontre la même désaventure, amenant Hollywood à s'inquiéter quant à l'avenir de ses blockbusters. Une inquiétude vite passée avec la sortie fracassante de L'Empire contre-attaque en 1980, mais surtout du premier volet de la saga Indiana Jones, en 1981, qui permet à Spielberg de renouer avec le succès. Pour la petite info, Christopher Lee incarne un officier nazi, tandis que le tout jeune Mickey Rourke apparaît pour la première fois à l'écran.

1941

 

Revoir Spielberg - les années 2000 : l'odyssée de la noirceur / Revoir Spielberg - les années 1990 : la décennie paradoxale / Revoir Spielberg - les années 80 : l'envol d'un auteur hollywoodien


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7 juin 2011 2 07 /06 /juin /2011 01:37

x-men le commencement

Depuis que Bryan Singer avait quitté le navire, la saga X-Men s'était enlisée dans une médiocrité malheureuse. La suite directe des deux premiers volets, L'Affrontement final, signée Brett Ratner, s'était présentée comme un film bancal et maladroit, tout juste sauvé par une paire de scènes fracassantes (le déchaînement du Phénix noir, le détournement du Golden Gate par Magneto), tandis que la préquelle X-Men Origins : Wolverine s'était littéralement vautrée dans une fange cinématographique digne des pires nanars d'action. Reprise en main par Bryan Singer en personne, au poste de scénariste, et par le cinéaste anglais Matthew Vaughn (ami de longue date de Guy Ritchie), à qui l'on doit les excellents Layer Cake, Stardust et Kick-Ass, la franchise reprend enfin du poil de la bête, en nous plongeant dans ses origines pour notre plus grand bonheur, avec un panache, une énergie dignes du mémorable Star Trek de J.J. Abrams.

Renouant avec les éléments fondamentaux de la saga, X-Men : Le Commencement reprend exactement là où démarrait le tout premier film de Bryan Singer, presque plan pour plan : le jeune Magneto séparé de ses parents par les nazis, dans un camp de la mort, où il fait une première démonstration, bien malgré lui, de son pouvoir sur le métal. La scène, d'abord familière, filmée en plongée, change alors de point de vue sans crier gare, grâce à un plan en contre-plongée révélant un nouveau personnage central : Sebastian Shaw, incarné par Kevin Bacon, véritable « créateur » maléfique de Magneto. La jeunesse douloureuse de ce dernier, se construit en contre-point à la jeunesse « dorée » de Charles Xavier, gamin surdoué et télépathe, livré à lui-même dans le gigantesque manoir qui deviendra plus tard sa fameuse académie de mutants. Le scénario du nouvel X-Men, c'est l'histoire de ces deux êtres solitaires dont les destins finiront par se croiser à travers une quête en apparence commune : faire accepter leur différence et celle de leurs confrères mutants.

Une histoire simple, mais terriblement attachante, fascinante, voire bouleversante dans son humanité paradoxale. Épurée au maximum afin d'éviter toute digression inutile, l'intrigue s'attache presque uniquement à dépeindre les rapports d'abord amicaux, puis tragiquement hostiles, entre Xavier et Magneto, duo magnifique, incarné avec justesse et force par les épatants James McAvoy et Michael Fassbender. L'alchimie qui se dégage de leurs personnages éclate à chaque plan, sans pour autant occulter une formidable galerie de personnages secondaires  : le terrifiant Sebastian Shaw, incarné par le toujours excellent Kevin Bacon, le précieux agent de la C.I.A. Moira MacTaggert (magnifique Rose Byrne), la glaçante Emma Frost (sensuelle January Jones) et toute une équipe de jeunes mutants sympathiques, de Havok à Darwin, en passant par The Beast, Banshee et Angel.

Mais le véritable pivot émotionnel et humain du film, malgré sa monstruosité physique, réside dans le personnage de Mystique, superbement interprété par la jeune Jennifer Lawrence, qui se voit offrir un rôle majeur dans l'évolution des rapports entre Xavier et Magneto : la soeur surprotégée et complexée qu'elle représente pour le premier va connaître un bouleversement existentiel en se rapprochant du deuxième, qui lui apprend peu à peu à s'assumer telle qu'elle est. On revient là à une question fondamentale, en phase avec les thématiques posées par X-Men, que les stupides Affrontement final et Wolverine avaient totalement éclipsée, à savoir celle de la différence, de l'acceptation ou du rejet de l'autre. Un questionnement légitime, très actuel, qui permet au film de trouver un ciment narratif puissant quand l'action finit par se poser, à travers une série de dialogues poignants, toujours très bien écrits et portés par le jeu constamment inspiré des acteurs.

Le spectacle offert par Vaughn est un pur plaisir cinéphile de chaque instant, qui plus est pimenté par une impressionnante batterie de guest-stars, seconds couteaux fameux d'Hollywood ou d'ailleurs, la plupart rescapés des précédents métrages de Vaughn et de son compère Guy Ritchie : Michael Ironside (peau de vache devant l'éternel chez Paul Verhoeven), Rade Sherbedgia (l'inoubliable Boris le Hachoir de Snatch), Jason Flemyng (figure incontournable du cinéma de Vaughn et Ritchie), Glenn Morshower (l'inénarrable Aaron Pierce de 24 heures chrono), James Remar (désormais célèbre sous les traits de Harry Morgan, le père de Dexter, dans la série éponyme), ou encore Ray Wise (le cultissime Leland Palmer de la série Twin Peaks). On a même droit à une apparition de la plantureuse Rebecca Romijn-Stamos (la Mystique des premiers films) et un caméo mémorable de Hugh Jackman, qui reprend la veste en cuir, les griffes et les favoris de son personnage culte, le temps d'une réplique vacharde, jubilatoire.

S'il excelle dans la peinture de ses personnages, grâce à une direction d'acteurs impeccable, X-Men : Le Commencement se révèle également excitant dans sa mise en images, s'attachant à mettre en lumière les origines de la saga, sans jamais verser dans l'explication facile, ni le bavardage. On assiste en effet à un formidable film d'aventures à la reconstitution historique effarante, transcendé par des scènes d'action fracassantes, d'une beauté et d'une intensité à couper le souffle. Quand Magneto et ses compères se déchaînent, on n'est pas loin de l'orgasme audio-visuel. Trouvant une tonalité parfaitement équilibrée entre la légèreté et la gravité qui déchiraient les années 60 (libération des mœœurs / crise des missiles de Cuba), ce nouvel opus, dirigé de main de maître par Matthew Vaughn, propose une vision uchronique de la Guerre froide, mêlant avec intelligence et amusement la fiction et l'Histoire. S'inscrivant dans une veine plus réaliste que ses prédécesseurs, le film s'affirme aussi comme le plus délirant, se jouant d'une époque et de ses tensions avec un œœil malicieux.

Nimbé d'une esthétique délicieusement rétro, cet X-Men se déguste comme un cocktail divertissant composé d'un florilège de genres, allant de l'action au film d'espionnage en passant par la science-fiction et la fresque guerrière. Servi par des effets spéciaux élégants qui n'étouffent ni l'intrigue, ni les personnages, c'est un vrai morceau de cinéma à l'ancienne, d'une incroyable densité graphique et narrative, couronné par un finale déchirant, que nous propose Matthew Vaughn, venant ainsi à la fois redorer le blason d'une saga qui se mourrait, et rehausser le niveau d'une bien pauvre année cinématographique. Un réalisateur aussi doué, honnête et généreux que lui, mérite bien tout notre soutien de spectateurs et cinéphiles. Après les surprenants Stardust, Kick-Ass et X-Men : Le Commencement, on attend ses prochains projets avec impatience, en lui souhaitant de persévérer dans la belle voie qu'il a choisi d'arpenter. Quand les Anglais viennent sauver Hollywood avec autant de classe, on en redemande !

4,5sur5

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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 23:03

pdc4

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, disait l'autre. Dans le nouvel opus de Pirates des Caraïbes, ce n'est pas une seule personne qui s'est tirée du navire, mais au moins trois figures de proue. Hormis l'effarante disparition de Gore Verbinski jadis aux commandes d'une trilogie flamboyante, c'est l'absence du couple Keira Knightley / Orlando Bloom qui fait cruellement défaut à cette suite sans saveur, mercantile et mollassonne. On avait beau taxer leurs personnages de nunuches, il faut bien reconnaître qu'ils formaient, avec celui de Johnny Depp, l'un des trio les plus mémorables du cinéma d'aventure de ces dix dernières années.

Confié aux mains du tâcheron Rob Marshall, à qui l'on doit les nullissimes Mémoires d'une Geisha et Nine, le mal nommé Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence (nulle cure de jouvence en vue) fait preuve d'un manque d'ambition flagrant, privé de la plupart des éléments essentiels qui faisaient le charme des premiers épisodes. Le simplisme du scénario (tous les personnages se chamaillent gentiment dans leur quête de la Fontaine de jouvence), rivalise d'inconsistance avec la pauvreté d'un casting amputé, qui plus est en roue libre : Johnny Depp, frappé d'un effrayant sérieux, ne nous régale plus de ses cabotinages, Geoffrey Rush se ridiculise à qui mieux mieux en corsaire maniéré, Penelope Cruz tente de décrocher la palme de la plus grande potiche... quant au reste de la distribution, elle sombre sans coup férir dans les abysses de l'oubli. Les pirates morts-vivants du premier opus, ou la clique numérique de Davy Jones avaient bien plus de gueule !

Ne conservant de la saga que la magnificence des décors et la perfection des effets visuels (merci, encore une fois, aux magiciens d'ILM), La Fontaine de Jouvence s'enlise dans les méandres d'une intrigue longuette ultra-prévisible, aux rebondissements paresseux, au montage approximatif, voire hésitant. Où sont passées les innombrables péripéties qui nous maintenaient en haleine jusqu'à la dernière image ? Où sont passés les morceaux de bravoure hallucinants tels la dantesque bataille finale du troisième volet ? Où sont passés les méchants d'anthologie, de la trempe du terrifiant Davy Jones ou du flegmatique Lord Beckett ? Le nouveau Pirates des Caraïbes a troqué le grandiose pour le fade, le délire pour le banal, obéissant à la règle du divertissement commercial aseptisé et castré. Aucune scène, aucun élément de surprise ne parvient à faire vibrer le spectateur, qui finit par s'ennuyer ferme. C'est à se demander comment Johnny Depp a pu accepter de jouer dans pareille escroquerie, si ce n'est par un attrait purement financier. Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, ou l'antithèse malhonnête du cinéma de divertissement, nous laisse en bouche un goût de mauvais rhum. Et dire qu'il s'agit du point de départ d'une nouvelle trilogie... Que Calypso nous vienne en aide !

1sur5

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