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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 23:03

pdc4

Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, disait l'autre. Dans le nouvel opus de Pirates des Caraïbes, ce n'est pas une seule personne qui s'est tirée du navire, mais au moins trois figures de proue. Hormis l'effarante disparition de Gore Verbinski jadis aux commandes d'une trilogie flamboyante, c'est l'absence du couple Keira Knightley / Orlando Bloom qui fait cruellement défaut à cette suite sans saveur, mercantile et mollassonne. On avait beau taxer leurs personnages de nunuches, il faut bien reconnaître qu'ils formaient, avec celui de Johnny Depp, l'un des trio les plus mémorables du cinéma d'aventure de ces dix dernières années.

Confié aux mains du tâcheron Rob Marshall, à qui l'on doit les nullissimes Mémoires d'une Geisha et Nine, le mal nommé Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence (nulle cure de jouvence en vue) fait preuve d'un manque d'ambition flagrant, privé de la plupart des éléments essentiels qui faisaient le charme des premiers épisodes. Le simplisme du scénario (tous les personnages se chamaillent gentiment dans leur quête de la Fontaine de jouvence), rivalise d'inconsistance avec la pauvreté d'un casting amputé, qui plus est en roue libre : Johnny Depp, frappé d'un effrayant sérieux, ne nous régale plus de ses cabotinages, Geoffrey Rush se ridiculise à qui mieux mieux en corsaire maniéré, Penelope Cruz tente de décrocher la palme de la plus grande potiche... quant au reste de la distribution, elle sombre sans coup férir dans les abysses de l'oubli. Les pirates morts-vivants du premier opus, ou la clique numérique de Davy Jones avaient bien plus de gueule !

Ne conservant de la saga que la magnificence des décors et la perfection des effets visuels (merci, encore une fois, aux magiciens d'ILM), La Fontaine de Jouvence s'enlise dans les méandres d'une intrigue longuette ultra-prévisible, aux rebondissements paresseux, au montage approximatif, voire hésitant. Où sont passées les innombrables péripéties qui nous maintenaient en haleine jusqu'à la dernière image ? Où sont passés les morceaux de bravoure hallucinants tels la dantesque bataille finale du troisième volet ? Où sont passés les méchants d'anthologie, de la trempe du terrifiant Davy Jones ou du flegmatique Lord Beckett ? Le nouveau Pirates des Caraïbes a troqué le grandiose pour le fade, le délire pour le banal, obéissant à la règle du divertissement commercial aseptisé et castré. Aucune scène, aucun élément de surprise ne parvient à faire vibrer le spectateur, qui finit par s'ennuyer ferme. C'est à se demander comment Johnny Depp a pu accepter de jouer dans pareille escroquerie, si ce n'est par un attrait purement financier. Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, ou l'antithèse malhonnête du cinéma de divertissement, nous laisse en bouche un goût de mauvais rhum. Et dire qu'il s'agit du point de départ d'une nouvelle trilogie... Que Calypso nous vienne en aide !

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 19:38

FAF 5

Le monde du cinéma marche sur la tête ! J'étais très loin de me douter, en entrant dans une des salles obscures de ma ville natale, que le dernier né de la saga Fast and Furious se révélerait comme l'une des meilleures surprises de ce premier semestre étrange, qui voit les plus grandes valeurs s'effondrer tels des géants aux pieds d'argile. Je n'attendais vraiment pas grand chose de cette énième suite, j'envisageais au mieux un petit divertissement en forme de « guilty pleasure », un long clip épileptique, un peu crétin, alignant gratuitement une brochette de grosses caisses puissantes, vrombissantes, et de nénettes aux gros nénés.

Seulement voilà, dès les premières scènes, mes attentes se sont vues immédiatement rehaussées par l'indéniable qualité audio-visuelle de Fast and Furious 5. Bien filmées, bien rythmées, bien montées, jamais hystériques, les scènes d'action s'avèrent grandioses, tellement jouissives pour les yeux et les tripes qu'elles s'inscrivent déjà dans le panthéon des meilleurs blockbusters hollywoodiens. Qu'il s'agisse de la libération de Dominic Toretto (Vin Diesel, marmoréen), suite immédiate du quatrième opus, ou d'un vol de voitures à bord d'un train en pleine course, on a affaire à de purs morceaux de bravoure, fracassants, spectaculaires jusqu'au délire, et assumés comme tels. Du cinéma d'action, du vrai de vrai, à des années lumière des productions mollassonnes actuelles. Évitant, pour notre plus grand plaisir, le recours aux images virtuelles, Fast and Furious 5 opte pour un style visuel plutôt réaliste, âpre et nerveux, mais toujours posé, dans un souci permanent du bon cadrage. D'une lisibilité exemplaire, le scénario est efficace, à défaut d'être révolutionnaire. Loin des batailles de rue gratuites des trois premiers opus, Justin Lin nous livre un authentique film de braquage : pour en finir avec une vie de fuite perpétuelle, le brigand Dominic Toretto et l'ex-flic Brian O'Conner (Paul Walker) décident de monter un dernier coup (100 millions de dollars à la clé) en s'attaquant à la fortune personnelle du plus grand mafieux de Rio, Hernan Reyes (Joachim de Almeida). Ils s'entourent d'une équipe de cadors du volant pour exécuter leur plan, une mission suicidaire, durant laquelle ils seront confrontés à la fois aux hommes de main de Reyes (impressionnante poursuite à pied sur les toits d'une favela), et à la volonté de fer d'un agent fédéral, Luke Hobbs (Dwayne « The Rock » Johnson, titanesque), bien décidé à les arrêter. L'occasion rêvée pour Justin Lin d'orchestrer, au détour d'une scène de combat jouissive et ultra-violente opposant Vin Diesel et The Rock, une véritable corrida d'« action heroes » au meilleur de leur forme.

On aurait pu s'attendre au pire, lorsque l'action se calme un peu, la psychologie des personnages n'étant pas le point fort de ce genre de film. Mais Justin Lin, conscient de ses limites dans le domaine, fait preuve d'une certaine intelligence dans sa mise en scène, en épurant au maximum les dialogues (en gardant tout de même quelques répliques savoureuses), et en jouant à fond la carte de l'icône, quitte à sacrifier la subtilité dans la peinture de ses personnages. « Oublie la finesse » balance ironiquement Toretto à O'Conner. Fast and Furious 5 s'amuse constamment, dans une perspective ludique bienvenue, à se jouer des codes de son propre genre, mais sans jamais faillir à la tâche, car il s'agit ni plus ni moins d'un modèle de film d'action. Les séquences d'accalmie, si elles ne brillent pas par leur écriture, ont tout de même le grand mérite de faire avancer efficacement l'histoire (jamais perdue de vue), en en développant sans cesse les enjeux. Des enjeux pas aussi bêtes qu'ils n'en ont l'air, parfois même poignants, les deux protagonistes se battant pour une femme sur le point de donner la vie, sœœur pour l'un, compagne pour l'autre.

Le temps de se poser quelques minutes, pour récupérer d'une séquence époustouflante, et on enchaîne avec un nouveau morceau de bravoure, encore plus incroyable que le précédent. Si le film s'ouvre sur une véritable attaque de diligence modernisée, empruntant pour un quart d'heure palpitant les voies du western, il se clôt en beauté sur un autre braquage glorieux, véritable orgasme audio-visuel : Toretto et O'Conner traînant derrière leurs bolides un coffre-fort au contenu inestimable à travers tout Rio, poursuivis par des dizaines de véhicules de police et toute la mafia locale (Hernan Reyes inclus). Un braquage mobile hors normes, grisant, jubilatoire, surprenant, donnant au film un ultime relief épique, qu'on est pas prêt d'oublier. Généreux, décontracté, divertissant, visuellement impressionnant et pas prétentieux pour un sou, Fast and Furious 5 est sans aucun doute l'une des plus belles surprises de cette année cinématographique en dents de scie. Un pur cocktail de fun et d'adrénaline dont on n'attend plus qu'une chose, déjà programmée par un twist au milieu du générique final : la suite !

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 05:32

pop

2010 n'est pas une année favorable aux fresques antiques hollywoodiennes. Louis Leterrier nous avait livré un remake insipide du Choc des titans en avril, c'est au tour de Mike Newell de venir se ridiculiser en se vautrant dans la sinistre arène des navets de luxe.

En dehors de la présence sympathique d'Alfred Molina, qui tire joliment son épingle du jeu dans un rôle de trafiquant hilarant, capable de s'apitoyer sur le sort d'une autruche suicidaire, il n'y a malheureusement rien à sauver de l'informe bouillie scénaristique et artistique que représente Prince of Persia. L'histoire (un poignard magique passe de mains en mains pendant deux heures) est truffée de flottements et de raccourcis faciles, allant jusqu'à se contenter de hasards en guise d'explications, sans parler des transitions façonnées à coup de tronçonneuse, dans la plus pure tradition bourrine des mauvaises superproductions américaines. Présenté dans un écrin esthétique recyclant sans vergogne ni inventivité les paysages et décors de Troie, Alexandre, Gladiator, 300 et du jeu God of War, sans jamais en atteindre le faste, ni la grandeur, le film de Newell est l'adaptation sans âme et paresseuse d'un classique du jeu vidéo. La mollesse et la répétition lassante des péripéties, bêtement fidèles au principe de l'arcade, finissent par exaspérer. Les scènes d'action bénéficient d'un montage proprement épileptique, succession insupportable de micro-plans grossièrement assemblés à la truelle et censés donner un rythme effréné à l'ensemble. Contrepoint à cette hystérie visuelle allègrement affichée, des ralentis ridicules éprouvent nos pauvres yeux, avec leurs hideux effets de trainées à chaque fois que le héros, sorte de Yamakasi antique, se met à sauter. On se croirait au beau milieu du plus mauvais Chuck Norris.

Sauter et cogner comme une brute. C'est tout ce que sait faire Dastan. Ou plutôt, c'est tout ce que l'on a demandé à Jake Gyllenhaal, quitte à gâcher son talent, dans un souci de fidélité fainéante au jeu vidéo. Du muscle et une paire d'expressions faciales, comme le Persée incarné par Worthington dans Le Choc des Titans. Le reste du casting (Ben Kingsley, Gemma Arterton...) subit le même sort. Seulement, à force de superficialité dans le jeu des acteurs, on finit par s'en détourner, n'ayant aucun élément d'identification à notre disposition. Les personnages de Prince of Persia atteignent le comble de la vacuité, de la transparence. Qu'il semble loin le temps du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, avec sa galerie de personnages d'une épaisseur vertigineuse...

Il est grand temps pour Hollywood d'ouvrir les yeux, de comprendre que les films, même les plus populaires, ne méritent pas autant d'indigence artistique dans leur fabrication. Il est proprement scandaleux et irrespectueux, vis-à-vis du public, d'utiliser des centaines de millions de dollars pour offrir un navet. Le nouveau film de Newell est une preuve supplémentaire de l'arrogance grandissante de ces sinistres producteurs partisans de la déshumanisation du cinéma, au profit d'effets tape-à-l'œœil, gratuits, vite oubliables. C'est donc cela, la nouvelle vision du spectaculaire à Hollywood ? Quand on pense que même les productions mercantiles de l'ère reaganienne avaient un semblant d'âme, résonnaient avec le désir de divertissement des spectateurs, on constate avec terreur que le visage actuel des blockbusters américains est celui d'un zombie...

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 20:32

Robin-des-Bois-Scène-Combat

J'aurais tellement voulu aimer le nouveau film de Ridley Scott, le plus grand « œœil »  d'Hollywood  ! American Gangster et Mensonges d'État, les deux derniers rejetons du père de Blade Runner, s'étaient annoncés comme de réjouissantes surprises, à la fois techniquement très abouties, dotées de scripts solides et proposant une vision lucide et foncièrement pessimiste de l'Amérique (plus ou moins) contemporaine. On attendait Robin des Bois avec une impatience fébrile, comme la reprise originale et puissante d'une figure mythique. Un léger malaise, cependant, nous tiraillait, à la vue des différentes bandes-annonces, qui laissaient entrevoir une foule de ressemblances faciles avec Kingdom of Heaven, voire Gladiator.

Le malaise se confirme à la vision du film, dès les premières images. Robin Longstride revient des croisades dans son Angleterre natale, aux mains du tyrannique roi Jean, en usurpant l'identité d'un chevalier mort au combat, et s'installe à Nottingham, où il fera régner la justice par la flèche et l'épée. On retrouve ici la même atmosphère que celle des premières séquences de Kingdom of Heaven, grise et boueuse, la même façon de filmer les décors que dans Gladiator, avec en prime les mêmes scènes d'embuscades ou de combats sauvages dans des forêts éthérées. Un sentiment de déjà-vu s'installe, là où l'on se serait attendu à quelques clins-d'œœil. Néanmoins, si l'on prend la peine d'analyser la construction du film, on se rendra compte que la faute ne retombe peut-être pas sur le seul cinéaste.

Comme à son habitude, Ridley Scott a dû subir une immense pression commerciale de la part de ses producteurs. Vu le succès que remporta Gladiator en 2000, on peut aisément supposer que les patrons de Universal ont demandé au réalisateur de renouveler son exploit, quitte à cloner son péplum, en le transposant dans l'Angleterre du temps des croisades, en espérant que les spectateurs n'y verront que du feu. Sauf que les spectateurs n'ont pas oublié Gladiator, ni Kingdom of Heaven. Les ressemblances grossières sautent littéralement aux yeux, pour la simple raison que Robin des Bois est un film beaucoup trop court. Ou, plus vraisemblablement, amputé de plus d'une heure pour des raisons mercantiles. La frustration est d'autant plus grande que l'on perçoit aisément le charcutage : les scènes coupées semblent planer comme des fantômes, mugissant leur douloureuse disparition. Comme pour Kingdom of Heaven, il nous faudra certainement attendre l'avènement d'un director's cut en DVD pour pouvoir apprécier la fresque de Scott dans son intégralité. Les coupes sont tellement flagrantes qu'elles déséquilibrent l'ensemble : il manque des scènes centrées autour de Lady Marianne et des compagnons de Robin (trop peu présents au vu de l'importance dramatique qui est la leur), les événements s'enchaînent souvent sans aucune transition (de la bataille finale au décret mettant Robin hors-la-loi : même pas une minute de film !). La lisibilité de certaines séquences se retrouve par là même entravée. Résultat : la première moitié du film, bancale car trop elliptique, se révèle ennuyeuse, alors que la dernière partie souffre d'une boulimie d'action, tout se précipite. Il est évident qu'une bonne heure supplémentaire (qu'un director's cut pourrait offrir) donnerait une plus grande ampleur générale, un rythme plus homogène et développerait mieux le caractère et le rôle de chaque personnage, rééquilibrant par conséquent le schéma dramatique de l'aventure, tout en évitant de fâcheux effets d'auto-plagiat. Plus éloignées les unes des autres, les similarités avec Gladiator ou Kingdom of Heaven retrouveraient leur statut de clin-d'œœil, s'apparenteraient plus à des récurrences de nature auctoriale.

Les défauts de Robin des Bois alimentent d'autant plus la déception que ses qualités sont indéniables et nombreuses, mais malheureusement gâchées. Les acteurs sont convaincants, Russell Crowe et Cate Blanchett en tête, rivalisant de charisme, laissant leur jeu et leurs traits se draper des tourments d'un moyen-âge sombre et chaotique. Visuellement, Ridley Scott parvient encore à impressionner, autant dans la peinture tranquillement angoissée de la campagne anglaise que dans l'horreur viscérale et syncopée des combats. La bataille finale, par ses travellings pétrifiants, ses plongées vertigineuses, sa chorégraphie sauvage et son déchaînement symphonique, synchronisé avec les coups de lames et les charges héroïques, s'impose comme un pur morceau de bravoure. Contre-point électrisant au lyrisme contemplatif de l'intrigue. Par la perfection formelle de chacun de ses plans, Ridley Scott reste fidèle aux codes de son cinéma, succession hypnotique et fascinante de tableaux à la beauté renversante, d'une brutalité douloureuse. Mais on l'empêche cruellement de se renouveler. Il est absolument scandaleux que ses producteurs ne lui accordent pas la totale liberté de création qu'il mérite. Un artiste aussi brillant que lui devrait se voir offrir d'office le final cut de tous ses films. L'histoire laborieuse de la création de Blade Runner n'a-t-elle donc pas servi d'exemple ? « Jusques à quand encore » Ridley Scott devra-t-il subir les mutilations mercantiles de son œœil visionnaire ? Que l'entière splendeur de ses films ne soit révélée qu'en DVD constitue un inquiétant paradoxe : la grandeur n'est-elle plus l'apanage des salles obscures ?

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 03:02

009

Dans le nouveau Besson, tout est bon ! Invités dès les premières images à laisser notre raison au vestiaire, on s'abandonne avec jubilation à un vrai délire de cinéma, un pur objet de fantaisie burlesque. Nous sommes en 1912. Adèle Blanc-Sec, journaliste-écrivain de son état, ramène d'Égypte ce qu'elle croit être la momie du médecin particulier de Ramsès II. Avec l'aide d'un scientifique génial qui vient de faire éclore un ptérodactyle en plein Paris, elle compte bien ramener la momie à la vie dans le but de sauver sa sœœur, devenue un légume depuis un fâcheux accident de tennis.

L'histoire est farfelue, assumée comme telle avec un enthousiasme communicatif. D'une séquence d'ouverture égyptienne, à la fois clin d'œœil au Cinquième Élément et hommage spectaculaire aux Aventuriers de l'Arche perdue, jusqu'aux tribulations parisiennes d'une galerie de personnages hauts en couleurs, le plaisir est permanent. D'une insolence pétillante mais criblée de failles, Louise Bourgoin crève littéralement l'écran, toute en piques savoureuses, audaces de jeu et tendresse. Son Adèle devient en l'espace de presque deux heures un personnage instantanément culte du cinéma de genre français, une figure d'aventurière téméraire et fragile qu'on n'est pas près d'oublier. A ses côtés, Gilles Lellouche campe un policier grassouillet qu'on croirait tout droit sorti d'un roman de Balzac ; Mathieu Amalric, méconnaissable sous son maquillage monstrueux, devient une sorte de cousin lointain de l'infâme René Belloq, ennemi juré d'Indiana Jones ; Jean-Paul Rouve est irrésistible dans son rôle de braconnier mijoré à la pâleur et aux cernes improbables.

Petite merveille graphique photographiée avec goût par le fidèle Thierry Arbogast, agrémentée d'effets spéciaux étonnants, portée par une superbe composition d'Éric Serra, Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec est un modèle de divertissement populaire, au rythme idéal, techniquement très abouti, élégant et léger. D'une sincérité à toute épreuve, Besson signe une authentique expérience de cinéma, respectant son spectateur et jouant avec lui comme peu de réalisateurs savent le faire à l'heure actuelle. Face à l'insultant ratage du Choc des Titans, c'est une réelle consolation, qui mérite d'être saluée, reconnue. On en redemande !

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 16:04

choc des titans

« Libère le Kraken ! » L'ordre de Zeus, lancé à son frère Hadès, promettait une scène grandiose, l'apothéose apocalyptique d'une fresque épique époustouflante. C'était du moins la promesse d'une bande-annonce très excitante, car Le Choc des titans est un leurre, une arnaque, une trahison colossale.

N'ayons donc aucune vergogne à trahir le film en commençant par la fin, la fameuse scène du Kraken. Un monstre virtuel de plusieurs centaines de mètres de long surgit des abysses pour dévaster la cité sacrilège d'Argos. Le valeureux Persée, après avoir triomphé de quelques menus dangers (on aurait tant voulu dire « mille »...), se dresse face au Kraken pour sauver la ville. La guerre d'Argos va-t-elle avoir lieu ? Le choc des titans va-t-il enfin se produire ? Pas vraiment. Au lieu de monter en puissance, le finale se dégonfle. On assiste, ahuris, à l'un des plus grands pétards mouillés de l'histoire du cinéma de genre. Il y a bien un choc, mais seulement face au ridicule incroyable du dénouement. Persée monte au ralenti sur un petit piédestal de bois, avant de se dresser devant le faciès démesuré du monstre, un clone étiré de l'Abomination (cf. L'Incroyable Hulk, du même Leterrier). Le guerrier brandit la tête tranchée de la Méduse et pétrifie son ennemi en un clin d'œœil. Sans coup férir, son corps de pixels, changé en pierre, s'écroule avec tout le fracas d'un bloc de polystyrène de quelques grammes, ébranlant à peine la ville. L'enchaînement des plans dure à peine cinq minutes. Tout ça pour... ça ? Des centaines de millions de dollars engloutis dans une montagne d'images de synthèse approximatives pour aboutir, cerise pourrie sur l'indigeste gâteau, à une scène finale aussi peu ambitieuse ? Aussi bâclée ? Aussi grotesque ? S'il ne s'agissait que de cette scène...

Mais Le Choc des titans étale, dès ses toutes premières minutes (d'un didactisme niais), son manque total de souffle épique, son irrespect arrogant vis-à-vis du spectateur, sa platitude esthétique et scénaristique. Il est absolument scandaleux de voir de tels films, aussi coûteux, sortir sur nos écrans. A l'âge où la technologie numérique est capable de merveilles visuelles (District 9, Star Trek, Watchmen, Avatar...), on ne peut excuser la médiocrité flagrante des effets spéciaux purement utilitaires du Choc des Titans : des scorpions géants à l'animation saccadée, une Méduse tellement hideuse qu'elle semble provenir d'un mauvais jeu vidéo, un Pégase aussi risible que les chauve-souris en carton du Dracula de Tod Browning (1931)... A croire que la Warner s'est offert les services des pires infographistes de l'industrie hollywoodienne. Pour imiter les effets, maintenant archaïques, de la version originale de 1981, il eût été plus judicieux de revenir aux techniques de Ray Harryhausen, et non pas fabriquer de mauvaises images de synthèse ! L'indigence visuelle et le mauvais goût culminent dans la représentation des dieux de l'Olympe, qu'on croirait tout droit sortis d'une pub Paic Excel : leurs armures brillent de mille feux, comme des couverts de cuisine virtuels, d'une propreté aussi absolue que trompeuse. Un ratage dantesque.

Il en va de même pour l'interprétation. A peine concernés par leurs rôles, les acteurs ne jouent pas, ne font passer aucune émotion, comme pétrifiés par la Méduse. Gemma Arterton, déjà potiche dans Quantum of Solace, incarne une Io anecdotique, allant jusqu'à jouer sa mort comme elle se relaxerait à l'ombre d'un cocotier. Sereine comme une vache sacrée. Sam Worthington, le héros, s'affiche comme le comédien le plus transparent de sa génération, adoptant un jeu bi-expressif : neutre / crispé. Mais qu'est-ce que James Cameron a bien pu voir en lui ?

Le pauvre spectateur, incapable de s'identifier à qui que ce soit, s'enfonce avec un ennui grandissant dans les méandres d'un scénario bâclé (moins de deux heures...), qui se traduit à l'écran par un montage ultra-elliptique, tellement superficiel et tronqué qu'il en devient parfois illisible. Un comble pour un film destiné à un public a priori facile, amateur de blockbusters. On simplifie l'histoire et la psychologie, dans le seul but de multiplier le nombre d'entrées, au point d'oublier de faire du cinéma. Assurer la promotion d'une telle catastrophe filmique pourrait passer pour un crime. La victime ? Le spectateur. Et sa foi dans le pouvoir enchanteur des images, qui s'étiole dans la nullité qu'on lui propose. L'industrie hollywoodienne ne s'adresse plus à des humains, seulement à leur pouvoir d'achat. Dangereuse dématérialisation, source de bien des abus ! Les majors produisant de plus en plus de navets de luxe, le cinéma subit un inquiétant nivellement par le bas. On en vient à regarder indifféremment les films dans les salles et sur les écrans minuscules des téléphones mobiles. Populaire ne rime pourtant pas avec misère esthétique ! Des chefs-d'œœuvre (trop rares) tels que The Dark Knight, en sont la plus belle illustration. Si le succès olympien du film de Christopher Nolan était pleinement justifié, Le Choc des titans ne mérite qu'une place indigne dans « le terrier » des flops. Ce ne serait que justice.

Si vous tenez vraiment à voir des héros et des monstres de la mythologie grecque dans des décors sidérants de beauté, mis en scène avec grandeur et inventivité, tournez-vous vers la fabuleuse trilogie God of War, jouable sur Playstation. Violent, palpitant, épique, un jeu vidéo infiniment plus cinématographique que le naufrage de Leterrier et qui donne, pour une fois, plus envie de faire le geek devant une console que d'aller perdre du temps et (beaucoup) d'argent dans une salle obscure.

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