Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 00:47

toystory3

Les troisièmes volets sont presque toujours des ratages dans la grande famille des suites hollywoodiennes. Spider-Man 3 décevait par sa surenchère facile et l'énormité de ses ficelles, Shrek 3 devenait lassant à force de recyclage et de mollesse, le récent Twilight 3 est un exaspérant sommet de minauderie encore plus ennuyeux que ses prédécesseurs, X-Men 3 nous laissait sur notre faim par son manque flagrant d'ambition... On pouvait redouter le pire avec l'annonce de la sortie d'un troisième épisode dans la série des Toy Story, initiée en 1995 (quinze ans déjà !) par les studios Pixar.

Véritable tour de force narratif et technique, Toy Story 3 s'affiche pourtant d'emblée comme une exception : on doit bien reconnaître, et ce dès le premier visionnage, que c'est à un petit miracle cinématographique que l'on a affaire. Loin de recycler paresseusement les ingrédients des deux premiers volets, ce dernier épisode vient clôturer en beauté et avec panache une trilogie désormais cultissime, n'hésitant pas à sacrifier ses propres codes pour mieux les faire renaître. Le petit Andy a maintenant 17 ans et s'apprête à entrer à l'université. Woody, Buzz et leur joyeuse bande s'ennuient ferme au fond d'une malle, l'adolescent ayant cessé depuis quelques années de jouer avec eux. Jusqu'au jour où ils atterrissent, par un fâcheux concours de circonstances, dans une crèche infernale, laissés aux mains d'une horde de bambins destroy et d'une armada de jouets belliqueux.

Non contents de nous livrer un bijou esthétique aux graphismes bouleversants d'expressivité, les studios Pixar proposent avec ce nouveau Toy Story un mélange détonant de film d'aventures, d'évasion, de comédie et de suspense, traversé d'émotions intenses, ravageuses. Une profonde mélancolie se déploie sur plusieurs strates, du récit à sa réception. Le spectateur vibre avec les personnages, au gré de leurs péripéties ; leur histoire lui parle, le touche au plus profond de son âme d'enfant. D'autant plus si ce spectateur a connu dans sa jeunesse la sortie des deux premiers volets. La saga s'achèvera pour lui, au-delà d'une déchirante amertume, en un sourire nostalgique, douloureux mais serein. Avec le dernier Toy Story c'est l'enfance de l'animation numérique qui prend fin.

4,5sur5

Partager cet article
Repost0
11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 21:54

illusionniste

Les Triplettes de Belleville était un OVNI dans le paysage du cinéma d'animation, à l'atmosphère unique, aux graphismes délicieusement rétro, aux élans poétiques saisissants. Presque une décennie plus tard, Chomet renouvelle l'exploit en proposant l'adaptation originale d'un scénario de Jacques Tati jamais mis en scène. Soit l'histoire tendre, drôle, mélancolique et cruelle d'un vieil illusionniste sur le déclin, contraint de s'exiler en Écosse, où il se fait le protecteur-mécène d'une petite femme de ménage.

Chomet change d'univers, mais il reste fidèle à des choix esthétiques résolument personnels : le film est presque entièrement muet, la majorité des dialogues se résumant à des baragouinages tour à tour hilarants et inquiétants, mais il reste prenant d'un bout à l'autre par la force visuelle de ses graphismes, par l'animation incroyablement expressive de ses personnages, rendus vivants par leurs seuls gestes, leurs seules mimiques. Si l'identification n'est pas immédiate, à cause de l'absence de dialogues, une émotion bien réelle finit par nous saisir face aux destins croisés d'une impressionnante galerie de saltimbanques, comme ce ventriloque réduit à l'état de clochard faute de public, contraint de vendre sa marionnette (c'est-à-dire tout son art) pour éviter de mourir de faim. Pas misérabiliste pour un sou, le film de Chomet est une poignante métaphore pleine de rage et de tristesse sur la mise à mort actuelle de l'artiste, dévoré par le futile empire du fric. Plus mélancolique que pessimiste, il dessine un véritable portrait d'artiste à travers les différentes figures qu'il dépeint (acrobates, magiciens, ventriloques...), dernier bastion humain de créativité, d'humilité, de passion, de générosité, d'ouverture et de fraternité.

A une maladresse numérique près (hideux travelling circulaire autour d'une ville), le nouveau conte de Chomet se révèle d'une perfection visuelle prolongée par un fond saisissant de maturité, venant heureusement contrebalancer la mièvrerie habituelle d'une large part du cinéma d'animation. Le réalisateur des Triplettes de Belleville signe là une authentique œœuvre d'art et confirme ainsi son statut d'auteur, démarquant sa création au point de la rendre inoubliable.

4sur5

Partager cet article
Repost0
5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 23:23

dragons

Ne boudons pas notre plaisir : après avoir produit des suites de plus en plus décevantes au cultissime Shrek, les studios d'animation de Dreamworks reviennent en grande forme avec Dragons (How to Train Your Dragon ? en VO), le parcours initiatique d'un jeune viking que la nature a doté d'un cerveau, faute de muscles. Raillé par les siens, objet de honte pour son père, Harold n'a qu'un rêve en tête : s'affirmer en tuant l'un des innombrables dragons qui tourmentent son peuple depuis des siècles. Mais lorsqu'il a l'occasion d'accomplir son destin, l'improbable se produit. Il se lie d'amitié avec un dragon de la pire espèce, celle des Furies Nocturnes.

Rien de bien nouveau sous le soleil de la fantasy en 3D, c'est à une histoire des plus classiques que l'on a affaire. Seulement, là où l'on aurait pu redouter un ennui certain, l'énergie de la mise en scène, efficace et vertigineuse sans être hystérique, hisse le film à un niveau de spectacle ahurissant. C'est cloué à son fauteuil que l'on suit les périples aériens de Harold et de sa monture reptilienne, surnommée « Toothhless » (« Crokmou » en VF). Évoluant dans des décors dantesques, ultra-réalistes et à la profondeur de champ quasi infinie, le duo du jeune homme et de son dragon (à la fois effrayant et adorable) se révèle très attachant, les deux personnages étant de grands blessés auxquels on peut aisément s'identifier. Le peuple viking est présenté sous des traits grossiers, voire caricaturaux, mais plaisants. Le clan des dragons, immense troupeau aux formes et aux couleurs délirantes, offre un lot de rencontres pour le moins improbables. Hommes et bêtes s'affrontent dans une joyeuse pagaille qui culminera dans un morceau de bravoure final, d'une ampleur épique colossale.

Tout aussi colossales, les séances de vol en compagnie de Crokmou, parfois plus vertigineuses que celles d'Avatar, sublimées par la superbe composition symphonique de Klaus Badelt. Le jeune Harold et sa monture, modèle simple et touchant d'acceptation de l'autre et de tolérance, se présentent comme le contrepoint parfait à la barbarie déployée aveuglément par les vikings. Une sorte de pied de nez à la complaisance guerrière de la fresque de James Cameron. Ici, l'esprit belliqueux se fracassera littéralement sur le flanc d'une montagne abritant un fléau commun, contre lequel s'uniront vikings et dragons. La ruse l'emportera sur les armes, mais non sans sacrifice. Le happy end de Dragons laisse comme un goût amer, à l'image de celui du Seigneur des Anneaux. Dreamworks n'accouche certes pas d'un chef-d'œœuvre, mais les subtilités de leur nouvelle création, plus maline qu'elle en a l'air, emportent largement l'adhésion. Un pur plaisir de cinéma.

3,5sur5

Partager cet article
Repost0