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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 16:22

The Screen Addict ne s'adonne pas seulement à la critique de films, il fait aussi du cinéma ! Je suis très fier et ému de vous présenter mon premier court-métrage en tant que réalisateur. N'hésitez pas à me donner vos impressions, quelles qu'elles soient. Enjoy !

 


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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 00:13

Sarah

Autant La Rafle s'avérait décevant dans son recours exclusif au didactisme et à la démonstration, plus proche d'un faux documentaire que d'une bonne fiction historique ; autant l'adaptation du roman bien connu de Tatiana de Rosnay se présente comme une vision de cinéma, un vrai film.

Respectant à la lettre l'alternance passé / présent qui structure le roman originel, Elle s'appelait Sarah adopte une progression dramatique efficace, basée sur un montage parallèle qui a l'intelligence de ne jamais totalement séparer les époques. Le va-et-vient entre la France sous l'occupation et notre époque ne repose pas sur une simple rythmique, c'est une respiration, un souffle qui traverse le temps pour venir lier les personnages.

Portée par l'interprétation à fleur de peau d'un casting de première classe (Kristin Scott Thomas, Michel Duchaussoy, Niels Arestrup, Gisèle Casadesus...), cette respiration apporte une mélancolie parfois viscérale à l'intrigue. La tristesse tranquille mais bouleversante qui marque Elle s'appelait Sarah trouve son incarnation la plus saisissante dans le jeu d'une toute jeune actrice, dont la présence irradiante et la maturité désarmante laissent poindre les rayons d'une future icône du cinéma : Mélusine Mayance. A des années lumière de l'insupportable amateurisme agressif d'une Christa Theret et du jeu catastrophique de la nouvelle génération d'acteurs français, la petite mais déjà colossale Mélusine nous entraîne dans la vie tragique de Sarah avec une force naturelle et une fragilité ravageuse absolument affolantes. Elle ne joue pas, elle est Sarah. Une Sarah tellement vivante -– à l'image de celle du livre -– que le spectateur l'adopte instantanément, dès le premier plan du film. Une actrice à suivre !

Visuellement superbe, l'adaptation de Gilles Paquet-Brenner fait preuve d'une réelle ambition cinématographique, qui a le mérite de ne jamais sombrer dans la gratuité d'une leçon d'histoire, voire de morale, en dépit de quelques petites longueurs, ici et là, aisément pardonnables. Certains plans confinent à la poésie pure, comme l'image de deux fillettes flottant dans une mare qui prend des allures de fontaine sacrée, purifiante, lorsque son eau se mue en or sombre.

Elle s'appelait Sarah est un roman magnifique et déchirant ; c'est aussi désormais un beau film, qui le complète, qui en prolonge la vision, un beau film dont la force évocatrice jaillit moins de sa dimension historique que des trajectoires humaines qui l'animent. Plus qu'un devoir de mémoire, une poignante incantation.

3,5sur5

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 02:14

ange mer

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse, / La honte, les remords, les sanglots, les ennuis, / Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits / Qui compriment le cœœur comme un papier qu'on froisse ? / Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse ?

Le premier long-métrage de Frédéric Dumont commence par les célèbres vers de Baudelaire, murmurés par une voix d'enfant. La voix du jeune Martin Nissen, véritable révélation du film. Sur la profération de ces vers angoissés, l'histoire d'une famille se bâtit. Ou plutôt la fin de son histoire. Au Maroc, Louis vit avec son père, sa mère et son frère aîné, dans l'insouciance de son jeune âge. Jusqu'au jour où le père lui apprend qu'il veut se donner la mort, avant de s'enfermer comme un ermite dans sa chambre. Louis se laisse entraîner dans la noirceur de l'âme de son père, le surveillant en permanence dans l'espoir d'éviter le pire.

Tendu à craquer, noir comme l'ébène, le scénario distille une atmosphère oppressante, angoissante, frôlant perpétuellement la tragédie, flirtant avec le malsain, le morbide, mais sans jamais y tomber. Reposant sur un équilibre fragile entre des forces de vie et de mort, le récit avance lentement, inexorablement, prenant littéralement son spectateur en otage. Lorsqu'on n'est pas enfermé dans la chambre obscure où se terre le père, on suit avec effroi la folie progressive dans laquelle tombe son fils. Cela faisait longtemps qu'une relation père/fils à l'écran n'avait pas été aussi intense et bouleversante.

Olivier Gourmet, effrayant par le caractère impénétrable qu'il donne à son personnage (on ne saura jamais pourquoi il veut mourir), livre une performance d'acteur sidérante de retenue et de non-dit. On ne l'a jamais vu aussi ténébreux, aussi silencieux. Il incarne un mystère qui nous bouleverse par le sentiment d'impuissance qu'il provoque autour de lui, de sa femme (touchante Anne Consigny) à ses fils, jusqu'au spectateur. Face à lui, le jeune Martin Nissen, dans le rôle de Louis, son fils cadet, fait preuve d'une maturité d'acteur stupéfiante, par la crédibilité de ses réactions, par le regard de plus en plus malade qu'il porte sur son père en sursis, par la perte douloureuse de sa parole face aux autres.

Prenant pied dans un décor marocain sec et torride, l'histoire rappelle fortement les thèmes des films coloniaux, où la population française était montrée comme intruse, dépérissante. Pas à sa place. Toujours forcée à un départ précipité par une tragédie, condamnée à mort d'avance dans un milieu hostile qui n'est pas le sien et qui finit par la rejeter comme tout parasite. Le film de Frédéric Dumont réactualise et se réapproprie les codes de tout un cinéma colonial à présent révolu, en lui conférant la force d'un drame intime cauchemardesque, aux frontières du fantastique. Les personnages ne sont plus que des ombres dérisoires, incompréhensibles, des spectres hantant le décor exotique d'un monde qui les as dévorés de l'intérieur. Silhouettes filmées à contrejour, aux lignes vacillantes, prêtes à défaillir, à s'évanouir dans la lumière blafarde de la lune où sous la puissance écrasante d'un soleil de plomb.

Plongée fascinante et fébrile dans l'agonie d'une famille pulvérisée par des démons indicibles mais fatals, Un Ange à la mer est une pure tragédie, noire et poisseuse, mais traversée par la beauté, la force du lien qui unit un père et son fils face aux rives incertaines de la mort. Le terrible dénouement une fois accompli, on sort de la salle l'âme littéralement nouée. Une œœuvre aussi magnifique qu'éprouvante.

3,5sur5

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 01:03

moissons du ciel

Les Moissons du ciel de Terrence Malick vient de ressortir sur nos écrans dans une copie numérique sublime. Voici dix bonnes raisons de revoir dans les salles obscures ce monument de cinéma, diablement romanesque, à l'esthétique renversante.

1) Intemporel, le film n'a pas pris une seule ride, il reste un formidable objet de fascination, hypnotique et prenant.

2) La beauté des images est à couper le souffle, d'une splendeur irréelle, d'une poésie incandescente.

3) Le triangle amoureux constitué par les trois protagonistes, bien plus qu'une simple histoire d'amour contrariée, est porteur d'une tension et d'une violence tranquille qui remue littéralement les sentiments du spectateur.

4) La scène de l'invasion des criquets est un superbe cauchemar.

5) La scène quasi finale de l'incendie des champs de blé est une pure vision apocalyptique, aux images terrifiantes, au montage affolant, à l'onirisme ahurissant.

6) On reste ébahi devant le talent de metteur en scène de Malick qui parvient à transformer un simple champ de blé en véritable théâtre du monde, cruel et violent, vision microcosmique des quatre éléments, de l'animal et du végétal.

7) Même chose pour la peinture de l'humain, où une poignée de personnages touche à l'universel.

8) La musique d'Ennio Morricone, magnifique de lyrisme et de mélancolie, ponctuée d'une saisissante reprise du thème Aquarium, extrait du Carnaval des Animaux de Camille Saint-Saëns.

9) Le plaisir de retrouver Richard Gere dans un de ses tout premiers rôles de cinéma, incarnant un personnage touchant par sa tristesse et sa fausse candeur.

10) La bouleversante peinture des personnages de femmes, d'une tendresse infinie, comme dans tous les films de Malick, où la féminité, bien que vecteur de perdition, reste toujours empreinte d'une troublante douceur.

4sur5

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 01:38

copieconforme

Faut-il forcément porter aux nues les films montrés à Cannes, de peur de passer pour un imbécile ? Ma réponse est « non ». Un « non » plus que jamais assumé, après avoir littéralement subi le dernier film de Abbas Kiarostami, Copie conforme, unanimement encensé par la presse.

Un triomphe affolant, voire effrayant, car Copie conforme (quel titre alléchant) ne soulève absolument aucun intérêt cinématographique. De quoi ça parle ? D'une antiquaire (Binoche) qui retrouve son mari ingrat, théoricien de l'art de son état, revenu dans un village de Toscane pour faire la promotion de son dernier ouvrage devant une poignée de pédants. Le film démarre par l'interminable captation de la conférence sur le livre, d'un ennui abyssal, se poursuit avec les engueulades tordues du couple (oui, le couple est toujours névrosé dans le cinéma intello) à travers un dédale de ruelles de cartes postales, pour s'achever dans une minuscule chambre d'hôtel, où monsieur se regarde dans un miroir avant de sortir du cadre. Le propos, aussi excitant et plaisant que les escarmouches nocturnes de mes voisins du dessus, se voit magnifié dans sa nullité par une mise en scène à la platitude terrifiante, au rythme comateux. Binoche chiale, se maquille, se démaquille, marche, s'arrête, s'assoit, se relève. William Shimell s'ennuie, se morfond, se languit, tourne en rond, soupire, s'ennuie, se morfond, se languit, hausse un peu la voix, se calme, crispe son visage, s'ennuie, se morfond, se languit. Le tout filmé en plans séquences, fixes, horriblement bavards, pour bien montrer qu'on a de la bouteille... dans l'art de prendre le spectateur moyen pour un demeuré et de flatter la sinistre libido de quelques adorateurs du cinéma de la vacuité, ces mêmes créatures étranges, heureusement en voie de disparition, qui connaissent (ou prétendent connaître) l'extase devant la blancheur totale et immaculée de certains tableaux.

En parlant d'esthétique, c'est justement là que le film de Kiarostami vient tutoyer les sommets de la bêtise, au sein d'un paradoxe dont on ne saurait dire s'il est effrayant ou risible : ça blablate sur l'art, sans jamais atteindre la moindre dimension artistique. Avec une élégance et une audace scénaristiques empruntées aux mauvais feuilletons télévisuels du samedi après-midi, avec l'académisme de ses cadrages, que même le plus fervent élève de la Fémis pourrait renier, Copie conforme se présente sous les traits du plus rigoureux électro-cardiodrame plat. Comment un tel film, aussi peu ambitieux, aussi rasant qu'une conférence entre théoriciens poussiéreux, a-t-il pu trouver les faveurs des sélectionneurs de Cannes ? Plutôt que de lui réserver un triomphe, uniquement parce que les saints messieurs du Festival l'ont choisi, il serait grand temps d'arrêter de prendre la sélection cannoise pour parole d'Évangile, et surtout, cesser de s'agenouiller devant les figures soi-disant tutélaires de la Croisette. De la fadaise présentée sur un plateau d'argent restera indéfectiblement de la fadaise ! La presse a décidé de ne voir que le chatoiement du plateau. Respecter un film qui méprise la réalité même de spectateur ? Que son auteur a conçu pour le seul cercle hermétique de ses adorateurs ? Plutôt se faire hara-kiri que de cautionner une telle escroquerie ! A bon entendeur...

0,5sur5

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 04:12

curiouscaseofbenjaminbutton

Comment le réalisateur de Fight Club et Alien 3, le spécialiste du thriller et du fantastique torturés, a-t-il pu se retrouver aux commandes d'une fresque hollywoodienne aussi poignante que L'Étrange Histoire de Benjamin Button ? Si la production américaine nous réserve souvent de mauvaises surprises (rencontre ratée entre Tim Burton et Lewis Carroll), elle nous livre parfois des expériences de cinéma miraculeuses. Ainsi, lorsque David Fincher adapte une nouvelle de Francis Scott Fitzgerald, où le protagoniste naît vieux pour rajeunir au fur et à mesure qu'il se rapproche de sa mort, c'est à un vrai bijou romanesque, doté d'une mise en scène bouleversante, que l'on a affaire.

Le cinéaste prend son temps (2h40) pour nous raconter la vie singulière de Benjamin Button. Le rythme est langoureux, épousant harmonieusement la mélancolie déchirante de chaque scène, mais dépourvu de toute longueur. L'ennui ne s'installe jamais, on est saisi de fascination et d'émotions de la première à la dernière image. Le film est une chronique amère du temps qui passe, ici celui d'une vie d'homme. Ou plutôt le temps de plusieurs vies qui se croisent, qui se perdent et se retrouvent toujours.

Nimbée d'une photographie mordorée de toute beauté, investie par une infinité d'atmosphères familières et magiques, portée par la sublime partition d'Alexandre Desplat et des mouvements de caméra d'une élégance folle, l'histoire se déploie avec fluidité et simplicité, épousant les différents moments d'une existence tout entière. La reconstitution de chaque décennie est époustouflante. Mais si le spectacle est colossal, il reste toujours humain. Douloureusement humain. Ce qu'explore le film de Fincher, c'est la tristesse infinie de nos vies, la peur viscérale de la mort comme celle du commencement. Vertigineuse situation que celle d'un homme qui naît comme un vieillard et qui meurt sous les traits d'un nouveau-né, dans les bras de sa bien-aimée, ridée et chenue. Bouleversant scénario qui touche à nos angoisses les plus profondes et les plus universelles, derrière son étrangeté assumée. Les questions que se pose sans cesse le protagoniste sont les nôtres. Plus que la peur de vieillir et de mourir, c'est la peur des extrêmes qui nous saisit, celle de la mort comme celle de la naissance. L'origine et la destination de la vie ne font qu'un dans L'Étrange Histoire de Benjamin Button. Avant de venir au monde ou après l'avoir quitté, il n'y a que le néant, la plus grande et la plus humaine de toutes les terreurs.

La principale qualité du film est d'avoir su donner un corps, un visage inoubliable à cette terreur, en la personne de Brad Pitt, qui livre une performance d'acteur irrésistible. Enfantin et enjoué lorsqu'il a les traits d'un vieillard ; d'une maturité déconcertante lorsqu'il retrouve la jeunesse qui était ironiquement la sienne au début de sa carrière (Thelma et Louise, Rencontre avec Joe Black...). Il y a quelque chose de terriblement poignant à voir Brad Pitt incarner un rôle marqué par les âges, à un moment de sa carrière où l'image de jeune playboy qui a forgé sa légende ne lui appartient plus. Derrière le personnage, c'est l'homme qui prend conscience de son âge et de sa propre mortalité. Le rajeunissement de Benjamin Button est bien plus douloureux que rassurant : ce n'est que du cinéma, un habile artifice qui n'éteint en aucun cas l'angoisse de l'âge. Il n'offre à son acteur qu'une cure de jouvence éphémère, le temps de quelques séquences où la magie des effets spéciaux se révèle sidérante. Car, ainsi que le dit la réplique la plus marquante du film, « rien ne dure jamais ». La leçon bouleverse autant qu'elle fascine, par la réversibilité de sa puissance d'évocation : si la vie a une fin, le cinéma peut en conserver l'éclat, à tout jamais ; il peut maudire les Parques et, avec une fière insolence, refuser de lâcher prise. De la « prise de vue » à la « prise de vie », il n'y a qu'un pas...

5sur5

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 05:35

la comtesse

Hongrie, XVIIème siècle. Terrifiée à l'idée de vieillir, désespérée par la mort de son époux et le départ de son amant, la Comtesse Bathory trouve le moyen (éphémère...) de rester éternellement jeune, en imprégnant sa peau flétrie du sang de vierges innocentes. Dans les alentours de son château, c'est le début d'un monstrueux carnage.

Sinistre. C'est le premier mot qui vient à l'esprit après avoir vu La Comtesse de Julie Delpy. Tout y est sinistre, des décors grisâtres filmés en clair-obscur à la psychologie des personnages, en passant par l'intrigue, d'une pesanteur de mort ahurissante. C'est très beau (à condition d'être sensible à la « beauté du mal »), les plans savamment composés ressemblent à de saisissants tableaux gothiques, la musique est tour à tour hypnotique et inquiétante, l'atmosphère est malsaine à souhait. Esthétiquement parlant, le film impressionne. C'est là sa plus grande force, mais aussi sa plus déplaisante limite.

La cinéaste / actrice principale / compositrice a tellement soigné ses images qu'elle a en quelque sorte oublié de leur donner une véritable intensité dramatique. Sans aller jusqu'à parler de coquille vide, on peut dire que l'histoire de la Comtesse sanguinaire, exploration clinique et rationnelle du mythe du vampire, ne nous touche pas vraiment. Sa froideur aristocratique vampirise tout le film, à tel point que l'intrigue laisse de marbre. Seules les exécutions rituelles parviennent à instaurer un vrai malaise. Pour le reste, le personnage de la Comtesse est tellement impénétrable qu'il finit par nous échapper totalement. Le refus systématique de tout débordement romantique finit par nous refroidir. Les ébats amoureux sont à peine suggérés, les corps ressemblent à des figures de cire pâle. Face à tant d'austérité, l'identification est impossible et l'ennui finit par s'installer.

Quelques scènes mémorables tout de même, comme une auto-mutilation filmée en gros plan, permettant à la Comtesse de garder littéralement en son sein un fragment de son amant perdu, ou le saignement méthodique d'une pauvre servante, sacrifiée pour satisfaire l'obsession monstrueuse de sa maîtresse. Un conte cruel bancal, mais d'une beauté glacée pétrifiante, qui finit par infuser un trouble diffus dans l'esprit de son spectateur.

2,5sur5

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 03:01

Tete-de-Turc

Après avoir incendié sa voiture, un jeune Turc sauve in extremis un médecin des flammes. Rongé par sa conscience, il ne peut se résoudre à accepter la médaille du courage que le gouvernement veut lui remettre. Premier point positif, Pascal Elbé préserve son film du pire : on aurait pu craindre un pseudo-brûlot didactique et moralisateur sur le « cas des banlieues », il n'en est rien. C'est à une pure tragédie que l'on a affaire. Moderne, urbaine, sombre, torturée, intense et tendue à craquer, construite autour du dilemme du jeune incendiaire. Empruntant la voie du thriller, l'acteur-cinéaste libère son histoire des codes du film social pour lui donner un rythme fiévreux, une noirceur d'ébène, des explosions de violence redoutables. Bâti comme une œœuvre chorale, Tête de Turc fait s'entrecroiser de multiples destins. Les trajectoires des personnages, bouleversées et connectées par l'incendie de la voiture, nous sont dépeintes avec une nervosité et une âpreté effrayantes. L'intrigue est une véritable descente aux enfers, filmée en caméra portée (jamais hystérique), au plus près des corps et des visages.

S'écartant de tout jugement facile sur le monde des banlieues françaises, Pascal Elbé nous en livre une vision lucide, désenchantée et finalement très universelle. Le quartier où se déroule l'action a tout à voir avec celui de Gran Torino, où un vieil Américain grincheux se confronte à des gangs asiatiques. Dans tous les cas, « c'est un univers morne, à l'horizon plombé, où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème. » Au milieu d'un chaos entaché de sang et d'ombres, on retiendra surtout l'inoubliable figure de mère, fière et fragile, incarnée par Ronit Elkabetz, impressionnante de force et de désespoir. A elle seule, elle rattraperait presque tous les malheurs semés par les mâles belliqueux qui l'entourent. Éclat ténu de dignité dans les ténèbres de la barbarie.

3,5sur5

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 04:05

432

Roumanie, 1987. Les dernières heures du régime de Ceaucescu. Otilia et Gabita sont étudiantes. Elles partagent la même chambre dans un foyer universitaire. Alors que Gabita se prépare, comme pour partir en voyage, elle envoie Otilia confirmer une réservation pour une chambre d'hôtel. L'hôtesse annonce froidement que l'établissement est complet. La jeune femme finit par trouver une chambre ailleurs, avant d'aller rejoindre un certain « Monsieur Bébé », à un point de rendez-vous indiqué par sa comparse. L'homme lui demande si Gabita a « déjà fait ça » et lui explique les risques qu'elles lui font prendre en lui demandant de les aider.

L'ouverture de 4 mois, 3 semaines, 2 jours plonge le spectateur dans une situation intrigante. Un non-dit masque les motivations des deux étudiantes. Pourquoi font-elles appel à un inconnu répondant à l'étrange nom de « Monsieur Bébé », visiblement un pseudonyme ? En quoi peut-il les aider ? Cherchent-elles à fuir ? Peut-être bien, sinon pourquoi réuniraient-elles toutes leurs économies, pourquoi Gabita ferait-elle ses valises ? « Monsieur Bébé » est-il un passeur ? Doit-il les faire quitter discrètement le pays, les arracher au système répressif de Ceaucescu ?

La réponse à toutes ces questions sera vite donnée, entre les murs de la chambre d'hôtel réservée par les deux étudiantes. On comprend que ce n'est pas une fuite qu'elles ont organisée : Gabita est enceinte de plusieurs mois et elle veut avorter. Or, les lois du régime dictatorial considèrent l'avortement comme un crime, passible d'emprisonnement. La seule solution est de le pratiquer en totale clandestinité, une pratique dont « Monsieur Bébé » semble être le spécialiste.

Le scénario de 4 mois, 3 semaines, 2 jours installe dès les premières séquences un climat de tension. Le suspense, bâti selon un implacable crescendo, se déploie en plusieurs temps. Une première phase laisse monter l'attente du spectateur jusqu'à la révélation dans la chambre d'hôtel, où « Monsieur Bébé » repousse impitoyablement l'échéance de son intervention en évoquant à nouveau les risques encourus. L'épreuve de l'avortement relance une phase de suspense, à la limite du soutenable : ayant promis d'assister à l'anniversaire de la mère de son petit ami, Otilia laisse Gabita seule dans la chambre, pour quelques heures. Pendant toute la soirée, au milieu des convives, on redoute le pire : que Gabita, livrée à elle-même, soit découverte en flagrant délit d'avortement. Le film fait culminer la tension lors d'une séquence finale cauchemardesque et paranoïaque : la course nocturne hallucinée d'Otilia qui décidera du sort des deux jeunes femmes.

Le film de Cristian Mungiu tire sa grande force dramatique de l'emploi quasi systématique du plan séquence filmé en caméra portée. L'extrême longueur des plans, le tremblé permanent mais subtil qui les caractérise, donnent au spectateur l'impression de vivre l'action de l'intérieur, de ressentir exactement ce que peuvent éprouver les personnages. Une caméra subjective adoptant le point de vue de Gabita, allongée sur le lit, une sonde dans l'utérus, et c'est toute la douleur, les doutes et la terreur de la jeune femme qui nous saisissent, de manière viscérale. Mais cette sensation troublante ne serait pas si palpable sans le jeu des deux actrices principales, Anamaria Marinca (Otilia) et Laura Vasiliu (Gabita), habitant leurs personnages avec une aisance déconcertante. Le naturel qu'elles adoptent fait parfois basculer la fiction dans une authenticité proche du documentaire. Elles laissent infuser, entre les fissures d'une mise en scène virtuose, une touchante fragilité.

Mais derrière la crise intime qui lie les deux étudiantes, c'est une crise de plus grande ampleur que veut représenter Mungiu. A travers leur épreuve, liant magistralement la sphère sociale et la sphère politique, il traque les symptômes d'un monde malade. Le diagnostic est essentiellement visuel, le cinéaste ne s'adonnant à aucun discours dénonciateur, préférant la force évocatrice des images à la parole. Avare en dialogues, son film offre le tableau d'un univers décrépi, désolé. Absence de couleurs chaudes, domination du gris, lumière blafarde, crépusculaire. L'aspect monochromatique du film dénonce à lui seul le régime dictatorial en place dans la Roumanie de 1987, la dictature d'une pensée unique interdisant aux femmes de disposer librement de leur corps. Les ombres grandissantes, jusqu'à la nuit finale, matérialisent la mentalité obscurantiste des autorités en place. Il n'est donc pas étonnant, dans cette atmosphère de cauchemar, d'assister à quelques scènes d'inspiration kafkaïenne. Une simple réservation dans un hôtel devient une quête insurmontable. La conversation entre « Monsieur Bébé » et les deux jeunes femmes vire à l'interrogatoire absurde, sous l'effet de la paranoïa.

L'unité de temps et de lieu, qui constitue la règle narrative de 4 mois, 3 semaines, 2 jours, n'ouvre aucune perspective. Elle enferme les personnages dans une nuit interminable. Elle obstrue leur destin. Les maux des unes renvoient aux angoisses des autres. Face à l'épreuve douloureuse de son amie, Otilia ne peut s'empêcher de trembler d'effroi en se demandant ce qu'elle ferait si elle tombait enceinte, elle aussi : porter un enfant par erreur est pour elle une fatalité. La fausse fin ouverte du film, extrêmement abrupte, n'apporte aucun espoir. 1987 est une date à présent révolue, mais Otilia et Gabita en sont les prisonnières. Aveuglées sur elles-mêmes -– nous en savons plus, par la précision du titre, que Gabita sur sa propre grossesse -– ces héroïnes tragiques restent enfermées dans les ombres de leur temps.

4sur5

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 04:00

empireofthesunfan

Une surprise de taille ! Sorti il y a vingt-trois ans, en 1987, Empire du soleil de Steven Spielberg n'a pas pris une seule ride. La raison est évidente : il s'agit moins d'un film de guerre, que d'un conte halluciné et intemporel. L'errance douloureuse d'un enfant abandonné au milieu du chaos, confronté à l'horreur d'un camp japonais dans la Chine de 1945. L'âpreté historique est intelligemment contrebalancée par la beauté et le lyrisme des images, sans pour autant être occultée. Le « cinéaste de la lumière » se permet de puissantes audaces visuelles, comme la vision lointaine de l'explosion d'Hiroshima à travers les yeux du petit héros, qui croit que Dieu vient de photographier la terre. La scène est bouleversante : au milieu d'un cimetière de bibelots fracassés, tenant la main d'une mourante, l'enfant ne comprend pas ce qu'il voit. La femme affalée à ses côtés rend son dernier souffle en même que les milliers de victimes de la bombe nucléaire.

Tout est affaire de vision ici. Vision de l'histoire, vision innocente de l'enfance : Spielberg fait se mêler, avec la maestria qui est la sienne, le collectif et l'intime. Les pires atrocités à travers les yeux d'un orphelin perdu. À défaut d'une légitimité, il tire de ce regard une sincère puissance d'évocation. Spielberg n'est pas un historien, mais un cinéaste surdoué, contemplant de face des faits tellement traumatisants qu'on serait tenté de les oublier. Plus qu'un simple devoir de mémoire, il cherche à construire une remémoration visuelle et vivante, sans jugement, des grandes tragédies historiques. Quelques années plus tard, il prêtera encore ses yeux à l'Histoire, avec La Liste de Shindler, Il faut sauver le soldat Ryan et Munich.

Empire du soleil est un grand film malheureusement oublié dans l'œœuvre déjà colossale de Spielberg. Pour peu qu'on se donne la peine de le (re)voir, on y découvre avec jubilation et tendresse le premier rôle d'un tout jeune Christian Bale (le futur Batman de Nolan), déjà débordant de talent. Son personnage fait penser au petit Antoine Doinel des 400 Coups. Un écho émouvant, quand on connaît l'admiration que Spielberg a toujours témoigné à François Truffaut. Plus qu'un hommage à un cinéaste disparu, un dialogue entre deux films.

4,5sur5

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