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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 02:39

alice in wonderland2

Tim Burton était le réalisateur idéal pour l'adaptation du classique de Lewis Carroll. La nouvelle production des studios Disney laissait donc présager une rencontre explosive entre deux univers poétiques, l'un littéraire, l'autre cinématographique, marqués par la même folie créatrice. Promesse tenue, en partie seulement.

Le nouveau Burton se révèle d'abord épatant à travers la liberté narrative adoptée vis-à-vis du matériau de base, proposant une vision originale, personnelle, des romans de Carroll. Le pari de la relecture était risqué, mais il est relevé avec brio. L'intrigue s'avère excitante : une Alice âgée de 19 ans, n'ayant plus un seul souvenir de sa première incursion au pays des merveilles, retourne dans cet univers follement baroque pour mettre un terme, malgré elle, au règne tyrannique de la Reine Rouge (irrésistible Helena Bonham Carter). La mise en scène souffre néanmoins d'une certaine platitude, laissant malheureusement parfois pointer l'ennui. On regrette l'intensité affolante des cauchemars burtoniens dans le genre de Sleepy Hollow. Alice manque d'audace, aussi bien dans le montage que sur le fond, édulcoré (Disney oblige). Là où on attendait du délire, on a affaire à un film beaucoup trop sage. Un divertissement calibré, tout mignon, à l'image d'une Reine Blanche niaise à souhait, incarnée par Anne Hathaway.

Heureusement, la splendeur graphique de l'ensemble (qui ne doit rien à la décevante 3D) parvient à faire oublier ces lacunes. Les décors luxuriants, débordants de détails, la photographie à la fois sombre et richement colorée, les effets spéciaux indétectables, l'utilisation saisissante du morphing... l'univers visuel imaginé par Burton et son équipe rendent un magnifique hommage à l'œœuvre de Carroll et de ses illustrateurs. La beauté de l'image, tout en contrastes et paradoxes, trouve son prolongement idéal dans l'incroyable mélange des tonalités respectant l'atmosphère instable des livres. On est sans cesse ballotés, pour notre plus grand plaisir, entre un humour ravageur et des accents plus sombres, tantôt sinistres, tantôt mélancoliques. Les registres se confondent littéralement, ébranlant nos repères, notamment dans le personnage de la Reine Rouge, qui se présente sous les traits d'une hilarante psychopathe. Sa fameuse réplique : « Qu'on lui coupe la tête ! » est déjà culte. Mais les plus fous sont surtout les plus tristes, comme ce troublant Chapelier incarné par un Johnny Depp fascinant d'ambiguïté. La superbe composition musicale de Danny Elfman vient enfin souligner le jeu des acteurs, reflétant leurs tensions intérieures. Même s'il est parfois plat et maladroit, Alice aux pays des merveilles revu par Burton reste donc un beau film, attachant, drôle, et finalement très humain.

3sur5

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 03:14

15

Considéré à juste titre comme un grand film du cinéma de science-fiction, Le Jour où la Terre s'arrêta, de Robert Wise, n'a presque pas pris une ride. Non content de livrer une fable politique puissante sur l'absurdité de la guerre, ce classique se permet d'installer les codes d'un genre qui sera éculé à l'infini par ses successeurs. Les scènes de panique planétaire, avec leurs rassemblements hallucinants de foules hystériques, seront l'apanage d'un certain Roland Emmerich (Independence Day, 2012...), la réception de la soucoupe sera détournée par le facétieux Tim Burton dans Mars Attacks... Chaque plan ou presque installe le genre de la SF dans sa forme la plus moderne, sans jamais verser dans le spectaculaire gratuit.

Comme à son habitude, Robert Wise préfère suggérer, plutôt que d'illustrer. Ce qui ne l'empêche pas de pousser la crédibilité des effets spéciaux à un niveau inédit en leur époque. La désintégration des armes et des tanks par le robot Gort, l'ouverture mystérieuse de la soucoupe, tous ces effets restent encore saisissants d'épure et de simplicité poétique. Par les voies de la parabole, le cinéaste universalise littéralement son propos : à travers le regard candide de Klaatu, il renvoie dos à dos Soviétiques et Occidentaux, pour confronter l'humanité à un péril commun. Devant la menace d'être détruits par une force inconnue qui les dépasse, une seule alternative se présente aux hommes : s'unir ou disparaître. Robert Wise ne tranchera pas pour eux. La fin très ouverte du film pose plutôt une question, au fond très ambigüe, voire terrifiante : les différentes menaces de mort qui planent sur notre monde ne peuvent-elles se dissoudre que face à une plus grande promesse de destruction, une destruction totale ? Un film plus que jamais d'actualité.

4sur5

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 08:05

Scanners

En 1982, Scanners offre la possibilité à Cronenberg de s'afficher sur la scène internationale. Premier film hollywoodien de sa longue carrière, son premier succès (énorme) au box-office, cette histoire de tueurs télépathes manipulés par des scientifiques peu scrupuleux ne reste pas moins l'un de ses films les plus personnels. S'il a un peu vieilli –- l'appartenance aux années 80 est flagrante -– Scanners frappe encore par l'efficacité de sa mise en scène, nerveuse et limpide, ses effets spéciaux de choc, comme cette tête qui explose en gros plan, devenue culte chez les fans de l'auteur et les amateurs de cinéma fantastique. On retrouve déjà tous les thèmes chers au réalisateur canadien : le triomphe de l'esprit, la dégradation du corps, la fusion de l'organique et du mécanique...

Le scénario, s'il n'est guère surprenant, réactive avec intelligence le mythe des frères ennemis, culminant dans un morceau de bravoure final : un combat fratricide d'anthologie, d'une brutalité sans concession, à l'impact audio-visuel viscéral. Les effets de maquillage et les prothèses déforment monstrueusement les corps comme chez Verhoeven, alors que planent les notes torturées d'une cacophonie du chaos orchestrée par le fidèle Howard Shore. L'acteur Michael Ironside, déjà à l'aise dans les rôles de salauds, campe un assassin télépathe à glacer le sang. Un cousin de l'infâme Richter de Total Recall ? Même Patrick McGoohan, ici en guest star, semble s'effacer face à lui, peut-être la faute à un scénario trop peu développé pour approfondir les rôles secondaires. Mais ce serait pur pinaillage que de s'en tenir à ce détail. L'histoire de Scanners réclamait du nerf et une bonne dose de frissons. Ce que Cronenberg lui a donné, avec brio.

3,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 02:21

avatar02

Cela va faire presque douze semaines qu'Avatar est sorti dans nos salles. Douze semaines de succès, d'admiration, de déceptions, de débats passionnants sur l'avenir du cinéma, de luttes ridicules. Avatar a fédéré des millions de spectateurs et divisé la critique. Avatar a triomphé et démoli sa concurrence. Détesté ou vénéré, le nouveau film de James Cameron est l'objet de toutes les passions. Mais que reste-t-il vraiment de cette épopée de science-fiction lorsque l'on prend un peu de recul ?

Cela va sans dire, le scénario n'est certes pas le point fort de la fresque cameronienne. On aurait souhaité, c'est vrai, un traitement plus fouillé des personnages, une vision plus contemplative de Pandora... Mais on est tout compte fait très loin de la catastrophe scénaristique raillée par un grand nombre de détracteurs. Cameron a écrit une intrigue simple, et on lui a reproché sa simplicité. Or, s'il avait écrit un scénario plus compliqué, les reproches auraient tout de même déferlé sur son film, sous prétexte d'un obstacle majeur à l'émotion. Objectivement, l'histoire d'Avatar est certes simple, mais pas stupide, ni insipide. C'est une réinvention efficace d'archétypes du cinéma d'aventure. Par définition, un archétype se doit d'être simple pour prétendre à la dimension universelle qui est la sienne, autrement il perdrait toute crédibilité. L'histoire d'Avatar réclamait des archétypes, afin de permettre une identification immédiate aux personnages et à leur destin. Le résultat, il faut bien le reconnaître, est redoutablement efficace, à défaut d'être virtuose, ou révolutionnaire.

On a pu, d'autre part, taxer Cameron de plagiaire, en l'accusant de s'inspirer de l'intrigue de Pocahontas et de Danse avec les loups. Une attaque confirmée cyniquement au mot près par le réalisateur. Accordons-lui au moins le bénéfice de l'honnêteté. Si Avatar n'hésite pas à intégrer des arcs narratifs déjà connus, il le fait dans le cadre d'un univers qui les renouvelle, qui les réactualise, qui leur donne une seconde jeunesse. Cameron adapte de vieux thèmes à de nouvelles techniques formelles, preuve de la perméabilité et d'un dialogue possible entre les différentes époques du cinéma. Au nom de quoi l'intertextualité devrait-elle rester l'apanage de la seule littérature ? Cameron a choisi de s'appuyer sur une intrigue familière, son univers n'en est que plus crédible et attachant. Tellement attachant que des millions de spectateurs s'y sont rués, tellement enchanteur que beaucoup ont eu envie d'y rester. Une nouvelle "Terre du Milieu" dans le paysage du cinéma mondial.

D'un point de vue technique et artistique, Avatar mérite une réelle reconnaissance. Parvenir à créer un environnement aussi crédible et envoutant, à partir de rien, relève de la performance. Pandora est un univers magnifique, transpirant d'un vibrant amour pour la vie, sous toutes ses formes. L'émotion "indigène", que souligne le cinéaste Jan Kounen, est constamment palpable, et la dimension écologiste que revêt le film se révèle bien plus efficace et touchante qu'un documentaire horriblement moralisateur et haineux dans le genre de Home.

Enfin, le souffle épique qui parcourt le dernier tiers du film prend littéralement aux tripes. De la destruction ahurissante de la cité Na'vi au rassemblement des peuples de Pandora porté par une saisissante montée en puissance symphonique, on reste pétrifié devant une mise en scène aussi spectaculaire que virtuose. Les images et la musique parlent d'elles-mêmes, confinant à la sensation la plus pure, à l'émotion la plus ravageuse.

Un bémol, cependant, s'appliquant à l'ensemble du film : contrairement à Star Wars, la fresque de Cameron n'a pas vraiment su créer une galerie d'icônes durables, dans la lignée des Han Solo et autres Luke Skywalker, ces légendes du cinéma de science-fiction qui nous font encore fantasmer comme au premier jour depuis leur naissance, il y a plus de trente ans. Comme si Cameron, à l'instar du démiurge de Blade Runner, n'avait confié à ses créatures hybrides qu'une durée de vie limitée, le temps d'une belle et seule aventure, les privant d'aller jusqu'au bout d'eux-mêmes. La faute à une troisième dimension pas encore assez vaste, pas encore démesurément humaine ? Peut-être. Splendeur et misères du virtuel...

Si Avatar est un film simple, c'est indéniablement un moment de cinéma à l'état pur, une plongée visuelle, sensorielle et émotionnelle dans un monde fantasmé. Un film de rêve(s) et un film rêvé. Une sorte de quintessence du cinéma hollywoodien classique. Une nostalgie du grand cinéma d'antan. Cameron semble porter les conventions du blockbuster américain à leur paroxysme, comme s'il voulait rejoindre ses modèles. Il rejoint haut la main le panthéon des réalisateurs de légende qui unissaient des foules gigantesques dans les salles obscures. Qui peut se targuer, à l'heure actuelle, de faire des films aussi fédérateurs, aussi universels que ceux de Cameron ? Mais surtout, qui osera le prendre pour modèle pour perpétuer la tradition spectaculaire des grands films ? Franchement, depuis Le Seigneur des Anneaux, on avait rarement vu quelque chose d'aussi puissant, beau et ambitieux.

3,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 01:57

twilight 2

Twilight se veut un film sur les dangers de la tentation, comme le prétend son titre. Seulement voilà, le seul danger dans Twilight, c'est le film lui-même. Un film dangereux parce qu'il fait régresser son spectateur dans les profondeurs d'une morale infecte, obsolète et puritaine qui n'a plus aucune place dans nos sociétés.

Bella, une humaine, est folle amoureuse d'un vampire, Edward, mais lorsque son buveur de sang l'abandonne sans crier gare, elle finit par éprouver une attirance pour Jacob, qui s'avère être un loup-garou, ennemi juré des vampires. La jeune fille se retrouve alors tiraillée entre les deux beaux monstres, totalement indécise. Là où il aurait pu se parer d'une grande intensité romantique, ce scénario de l'écartèlement se fait d'emblée l'apologie glamour de la chasteté, du sacrifice maso, de la frustration, du renoncement. Je t'aime, alors ne m'aime surtout pas. Tu me désires ? Je ne peux plus vivre avec toi. C'est en s'éloignant le plus de l'être cher qu'on lui témoigne son attachement... Et ça n'en finit pas, on va de paradoxes ahurissants en tortures ridicules qui osent prétendre à l'amour parfait, idéal, l'amour à la Shakespeare, comme le montre très « subtilement » le gros plan initial sur la couverture de Roméo et Juliette. On se demande comment une telle vision de l'amour a pu séduire les jeunes filles de notre temps, car on nage ici dans une représentation incroyablement misogyne du couple : l'homme a tous les droits, y compris d'abandonner celle qu'il aime comme une vieille capote (je te quitte, accepte-le et ferme-la), l'homme a le droit d'être jaloux et celle qu'il désire (qui ne l'aime pas forcément en retour) ne peut absolument pas en aimer un autre (si tu vas avec lui, je le tue... et je finirai bien par te tuer toi aussi). Quand le Quileute Jacob répare une moto, Bella tombe en pâmoison devant lui, comme devant la Joconde. Glorification béate d'un amour arrangé selon la loi du plus fort, du mâle dominant. Une loi que viennent défendre ardemment, dans une symbolique admirable de finesse pataude, une meute de chiens virtuels et des vampires pâlots aux lèvres ourlées de gloss écarlate, hommes compris...

De guerre lasse, on se tourne alors vers la forme du film, dans l'espoir de s'évader un peu de cette chape de valeurs inhumaines. Mais Chris Weitz, déjà coupable d'avoir assassiné l'œœuvre de Philip Pullman, a sorti pour l'occasion ses sabots de géant lamineur, alignant sans vergogne les clichés les plus éculés et les plus mièvres du cinéma sentimental (attention au coma diabétique), excellant dans la mise en images paresseuse d'intrigues plus simplistes les unes que les autres. En grand gourou d'un spectacle affligeant et primitif, Weitz s'affirme en véritable virtuose de la non-direction d'acteurs : ils semble les faire poser pour une couverture de Gala, sans jamais se figurer que c'est d'un film qu'il s'agit. Conscient de son succès déjà gagné, le réalisateur choisit la voie de la facilité, quitte à crétiniser son public. Finalement, après plus de deux heures d'interminables dialogues Harlequin et de plans "muscle" risibles (ah oui, le film célèbre le culte du corps ! Logique, quand on prône l'abstinence avant le mariage...), on sort de la salle comme d'un mauvais rêve, avec  une  pensée  qui  nous  taraude : « Tiens, je suis bien tenté d'aller voir un vrai film ! »

Qu'il est loin le temps des Prédateurs de Tony Scott, du Dracula de Coppola, où l'amour était beau, où l'amour était fort et tragique, où les vampires crevaient encore l'écran de leurs canines voraces.

0,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 01:01

startrek

La vision de ce jeune Star Trek est un choc. La grisante impression d'avoir vu naître sous nos yeux émerveillés le genre du space opera, d'avoir vu naître une génération d'acteurs tous plus charismatiques et attachants les uns que les autres, d'avoir vu 30 ans de "dictature" Star Wars partir en fumée, effacés par la puissance d'une fresque revitalisée, magnifiée par l'œœil amoureux et virtuose d'un petit génie qui transforme en or, qui révolutionne tout ce qu'il touche : J.J. Abrams.

Le scénario se révèle tout bonnement malicieux, sans temps morts, mais jamais frénétique. La séquence d'ouverture, un morceau de bravoure déjà culte, nous arrache frissons et larmes, sans prévenir ! La surprenante apparition de Leonard Nimoy dépasse largement le simple cameo. Les images, renversantes de beauté cosmique, relèvent d'une poésie toute baroque. Les effets spéciaux visuels et sonores s'avèrent d'un réalisme terrifiant, preuve qu'ILM est capable du meilleur lorsque ses orfèvres ont carte blanche et que Ben Burtt, ingénieur du son sur Star Wars et le récent Wall-E, est d'une créativité, d'une imagination sans limites.

C'est bel et bien vers les frontières de l'infini qu'on nous embarque, en compagnie d'un casting magique. Les acteurs, tellement crédibles qu'ils semblent toujours avoir été des membres de la Starfleet, nous bluffent à chaque instant. Zachary Quinto, en tête de fil, nous offre un Spock nouveau, passionnant, déchiré comme jamais entre ses deux origines. Il en arrive à nous faire oublier Sylar le temps du film, une performance qui relève de l'exploit, étant donné le statut d'icône qu'il a su conférer au tueur tourmenté de Heroes. Un grand acteur est né, à l'aube d'une carrière qui promet monts et merveilles, qui mérite d'être suivie avec le plus grand intérêt.

En deux mots, ce Star Trek est un film populaire d'exception. Parce qu'il ne prétend pas être autre chose qu'un film de divertissement, conçu pour le plaisir (et quel plaisir !). Parce qu'il s'impose d'emblée comme un nouveau modèle du genre, un classique instantané de la SF. Parce qu'il se réinvente sans cesse. Parce qu'il laisse une place prépondérante à l'humain. Longue vie et prospérité à cette franchise que l'on croyait morte et qui vient de renaître avec panache. Champagne !

4,5sur5

L'univers de J.J. Abrams sur The Screen Addict : Super 8 [critique]

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:54

hunger

On se remet très lentement du choc, de l'explosion de sensations qui découle de la contemplation de cet objet rare du cinéma, ce diamant noir plus baudelairien que baudelairien, cette méditation ahurissante sur la chair, la mort et le temps, ce vertigineux abîme où nagent les angoisses les plus inhumainement humaines, ce dépoussiérage électrisant du mythe éculé du vampire, cet humain plus qu'humain, cet égaré métaphysique que le trépas obsède au-delà du possible, au-delà du supportable : je veux parler de The Hunger, de Tony Scott, film hélas oublié dans les arcanes d'un cinéma sublimement décadent, sorti en 1983, jamais édité à ce jour en DVD en France, mais dont l'aura ténébreux hantera longtemps celui qui ose s'y aventurer. Un voyage qui mène au cœœur d'un mystère, du plus grand des mystères : la quête de l'immortalité. Une question affolante s'agite sous nos yeux hypnotisés, résonne au fond de nos oreilles noyées de Bauhaus et de Ravel : quand un immortel meurt, que lui arrive-t-il ?

Tout, tout est abordé, toutes nos angoisses essentielles, toutes nos peurs, toutes nos plus atroces fascinations : l'amour, la mort, le saphisme, le deuil, l'éternité, la vieillesse, le plaisir, la souffrance... tout est étroitement lié, connecté dans une logique folle, absolument mimétique de la douloureuse complexité de la vie. David Bowie est splendide dans son incarnation crépusculaire d'un dieu-ténèbre, d'une agonie qui perd son sens et son sang, une icône, une fleur du mal à lui tout seul, accroché de désespoir à l'image scandaleusement imputrescible d'une Catherine Deneuve statuaire, ardente et glaciale, perverse et sensuelle, bouleversante et insaisissable, une veuve noire perpétuelle. Lui doit mourir, il dépérit à vue d'œœil, se décompose littéralement, malade qu'il est de l'absurdité de leur condition, de l'ennui de leur destin. Elle, à la fois trop avide et paradoxalement blasée de sa jouvence éternelle, laisse s'entasser les momies de ses amours déchues, les amants et amantes qu'elle collectionne dans sa crypte céleste, nimbée d'une douce et langoureuse lueur infernale. Un fardeau qui finira par l'engloutir. The Hunger est une histoire d'amour, rien qu'une histoire d'amour. Un grand amour malade de ne pouvoir durer. Un grand amour qui jamais ne mourra...

4,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:49

parnassus2     

Terry Gilliam est un génie modeste. Lorsqu'il entre dans la salle pour présenter son nouveau film, sous un tonnerre d'applaudissements, face à des centaines de spectateurs dressés et exultants, il fait mine d'aller se cacher derrière l'écran. Pour rire bien sûr. Après quelques pas de danse délirants, il parle enfin du film, précisant ironiquement qu'il l'avait tourné pour les téléphones mobiles et non pour le ciné : il accompagne la boutade d'un geste théâtral, en plaquant son téléphone sur le gigantesque écran. Et il quitte la salle sous un nouveau tonnerre de joie et d'admiration, après un hommage ému et fraternel au regretté Heath Ledger, à qui le film est dédié.

Un hommage pleinement mérité. Une dernière performance vibrante, qui hisse une large partie du film vers les sommets du cinéma fantastique. Les prestations fugaces mais saisissantes de Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell sont elles-mêmes un bel hommage à l'artiste disparu, touchant de sincérité et de respect. Côté scénario, on est sidéré par le caractère imprévisible de l'intrigue, sa dimension poétique et chaotique, qui emporte très loin, très haut dans les sphères d'une imagination sans limites. Visuellement, le film de Gilliam est une véritable claque ! La beauté des images, leur gigantisme, leur folie, le résultat à l'écran est impressionnant, fascinant, merveilleux. On retombe en enfance, dans l'enfance oubliée du cinéma, dans les mondes lointains mais toujours vivants des premiers magiciens du 7ème art. Derrière l'histoire du Docteur Parnassus, il y a plus qu'une déclaration d'amour au cinéma, il y a le chant éperdu d'un poète moderne dédié aux voix d'un passé enchanteur. Gilliam revitalise à chaque instant les pans entiers d'un art primitif, à sa manière, avec émerveillement et extravagance. Le spectacle est grisant, comme le plus fou, le plus intense des rêves.

On retrouve avec bonheur la virtuosité et le délire de Brazil, l'angoisse et la noirceur de L'Armée des 12 Singes, mais L'Imaginarium s'invente une vie propre, originale, inédite, toujours surprenante. Le Docteur Parnassus, avant de livrer son âme au Diable, est persuadé que l'univers est tout entier soutenu par une histoire contée en permanence. Un monde sans histoire et ce serait la mort, le néant. Gilliam réinvente l'histoire sans fin, comme pour se rassurer, mais surtout pour nous rassurer nous, enfants de la peur, pour que nous restions toujours rêveurs...

4,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:12

 visiteurs-du-soir       

Considéré à juste titre comme un chef-d'œœuvre du cinéma français, le film de Carné mérite toute sa réputation. Décors grandioses et féériques d'Alexandre Trauner, noir et blanc sublime, cadrages sensuels, rythme envoûtant, prestation fervente des acteurs (inoubliables Arletty et Alain Cuny), atmosphère fantastique, effets de montage et visuels audacieux (magnifique scène parallèle reflétée dans l'eau d'une fontaine), tout est porteur d'une poésie incandescente et d'un savoir-faire qui touche à la sorcellerie. Le scénario est simple, mais d'une grande force mythologique : au XVème siècle, deux ménestrels à la solde du Diable viennent semer le trouble dans un château, mais ils finissent par succomber à la tentation des êtres qu'ils sont censés tenter. La représentation du moyen-âge qui sert de cadre à cette histoire fait certes très "carton-pâte", mais cette idéalisation graphique est totalement assumée, donc viable. On peut même avancer que l'artificialité des décors donne un relief saisissant à la grande théâtralité de l'interprétation, notamment celle du Diable par un Jules Berry à la fois sournois, drôle, mielleux, sadique et pathétique. On nage ici dans un art presque primaire de la représentation, mais c'est justement cette simplicité, cette naïveté, qui donne au film sa poésie, son pouvoir d'émerveillement enfantin. Les Visiteurs du Soir est un beau conte, et c'est bien pour cela qu'il n'a pas pris une ride !

4sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:06

bodysnatchers 3

Des entités extra-terrestres viennent coloniser de l'intérieur les habitants d'une petite ville des Etats-Unis en se substituant à eux... Une merveille de film de SF, ancrée dans la vague du cinéma paranoïaque des années 1950-1960. L'Invasion des Profanateurs de Sépultures se démarque par l'incroyable intensité de sa mise en scène : aucun moment de répit face à la menace, une tension et une peur permanente que même la scène finale ne saurait apaiser. Don Siegel, futur père de L'Inspecteur Harry, signe là un impressionnant survival où les héros ne peuvent plus dormir sous peine de se voir remplacer dans leur sommeil par leurs clones sans âme. Le spectateur est à cran, tant l'identification au personnage principal (le seul qui échappe à un destin atroce) est poussée jusqu'au bout. Une sorte de 24h chrono avec des aliens qu'on ne voit jamais, le héros se présentant sous les traits d'un Jack Bauer en fuite. La course désespérée du Docteur Bennell (Kevin McCarthy impeccable) est un pur morceau de bravoure cinématographique, un long cauchemar éprouvant, presque en temps réel. Le film dépasse largement sa métaphore de la menace communiste (contexte de Guerre Froide oblige), par sa dimension hautement esthétique : magnifique noir et blanc, montage nerveux et très soigné. Incontestablement, un film culte !

4sur5

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