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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 01:11

green zone

Pourquoi les films de guerre américains actuels sont-ils de plus en plus épileptiques, parkinsoniens ? Pourquoi le chaos doit-il forcément s'exprimer par une hystérie visuelle ? Faut que ça fasse vrai ! Le tremblement de l'objectif permet une immersion brutale dans la réalité du conflit, une crédibilité plus grande, prétendent les cinéastes qui s'y sont essayés. On aime le « style » documentaire à Hollywood. Tellement qu'on en use jusqu'au délire. Faut que ça fasse vrai ! On trimbale la caméra dans tous les sens, avec affolement, on utilise des plans de deux secondes, on rajoute du grain, beaucoup de grain, on bourrine dans le brouillon. Faut que ça fasse vrai !

Ignoble prétention. En se ruant dans un réalisme forcené, en surchargeant l'image d'aspérités, on ne réalise plus de films. On se perd dans un no man's land, quelque part entre la fiction et le reportage, en trahissant simultanément les deux postures. Chassez le style, le style revient au galop. Paré de ses plus grosses ficelles. Celles de Green Zone sont énormes. Un commandant de l'armée américaine, enlisé dans le bourbier irakien, découvre que le prétexte de la guerre (les fameuses armes de destruction massive) a été fabriqué par le gouvernement de sa chère patrie. Tous les moyens seront bons pour faire éclater la vérité, ou l'étouffer, selon le camp auquel on appartient. Au simplisme de ce scénario sans surprises répond la surenchère paradoxale d'un film d'action qui n'assume pas son genre. On a l'impression que Green Zone ne raconte rien (puisque tout est mensonge...), l'intrigue restant rivée à l'immanence bête et méchante de ses faits. L'enchaînement hystérique de plans ultra courts et saccadés à l'extrême ne donne aucun rythme à l'ensemble, aucune cohérence, mettant seulement les yeux à rude épreuve. Le style reportage ne lui confère aucune authenticité, ne provoque aucune immersion. Juste une effroyable migraine.

Pire : banalisé par l'aspect outrancièrement documentaire, le conflit irakien finit par perdre tout intérêt cinématographique. A quoi bon produire des films d'action si leur dimension spectaculaire doit s'étioler dans une mise en scène brouillonne jusqu'à l'insupportable ? Paradoxe hollywoodien d'un cinéma mutilant son organe vital : l'œœil. Apocalypse Now, Platoon ou Full Metal Jacket offraient une vision de la guerre du Vietnam. Green Zone et ses confrères, Démineurs en tête, ne montrent rien. Montés à la tronçonneuse, portés par des comédiens aussi inconsistants que leurs intrigues, ils se heurtent lamentablement à la réalité d'un conflit insaisissable jusqu'à l'absurde. Avec Jarhead (2005), Sam Mendes avait pleinement saisi cette absurdité. Avec lucidité et finesse, il en avait fait le moteur angoissant et halluciné de sa mise en scène. Son film ne dépeint que la première guerre du Golfe, mais grâce à ses qualités esthétiques et à l'admirable recul dont il fait preuve, il reste l'évocation visuelle la plus sensée de tous les conflits américains en Irak.

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 02:15

the-hurt-locker

Kathryn Bigelow l'avait promis, son Démineurs serait un film d'action avec de la « matière grise », affichant par là sa volonté de se démarquer des Michael Bay et autres Renny Harlin, les cadors du bourrinage à l'hollywoodienne. Mais à trop vouloir sortir des sentiers battus, elle semble perdre littéralement tous ses moyens, ou presque, comme tétanisée par l'originalité de son sujet. Faute de moyens ? De temps ? D'ambition ?

Commençons par le point positif essentiel qui se dégage de la vision du film : les acteurs sont crédibles, des jeunes premiers aux deux guests stars, Guy Pearce et Ralph Fiennes, sacrifiés avec une désemparante jubilation, leur charisme ne leur étant ironiquement d'aucun secours dans la poudrière irakienne. Pour le reste, le film sombre presque immédiatement dans des travers tout à fait regrettables, quand on pense à l'ampleur qu'il aurait pu revêtir, vu le sujet brûlant qu'il aborde : les périlleuses missions de déminage par des soldats américains de choc sur le sol irakien. Lésée par un montage grossier et des tremblements de caméra épileptiques omniprésents (y compris dans les scènes calmes), la mise en scène répétitive des déminages, très efficace au début, finit par toucher à l'anecdotique. Un comble pour un film de guerre qui promet d'abord une bonne dose d'adrénaline à son spectateur. L'intrigue démarre fort, certes, mais la tension se dégonfle de plus en plus, pulvérisant ainsi tout enjeu dramatique. Ce paradoxe entraîne dans son sillage, malgré la qualité du jeu des acteurs, la représentation des personnages vers de purs clichés du genre. Les héros ne semblent pas plus développés que l'icône éponyme de Rambo III, débitant plus de "fuck" à la minute qu'un Tony Montana au meilleur de son rendement de vulgarité. On veut bien croire au manque d'éducation flagrant du combattant américain de base, à la tension insupportable qui pèse sur son mental, mais alors où est passée la fameuse « matière grise » que promettait la réalisatrice ? Pourquoi le film de Bigelow ne donne-t-il rien à penser ? Pourquoi s'empêtre-t-il dans un premier degré si pesant ?

Avant même la fin de la séance, on regrette la grandeur paradoxale du Jarhead de Sam Mendes, lequel pouvait honnêtement se targuer d'être un film de guerre intelligent et décalé, dans la peinture de l'absurdité du conflit en Irak, dans les accents beckettiens qu'il osait emprunter avec désenchantement et audace, préférant les silences pétrifiants aux dialogues crétins. Démineurs aurait pu s'aventurer plus loin que son prédécesseur, mais il reste timidement figé au seuil du genre. À croire que les non-spécialistes du film d'action font les plus grands films de guerre, à la fois techniquement impeccables et perturbateurs dans le fond : Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, La Ligne rouge de Terrence Malick, pour ne citer que ces deux là, en sont autant de preuves marquantes, les noces idéales du spectaculaire et de la réflexion.

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