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13 avril 2014 7 13 /04 /avril /2014 13:51

bride of frankenstein

À quelques heureuses exceptions près (Le Parrain II, Spider-Man 2, Terminator 2, L'Empire contre-attaque, Mad Max 2...), les suites égales voire supérieures à leur prédécesseur pourraient presque se compter sur les doigts de la main. Conditionnée par un argument purement économique – surfer sur le succès du premier volet – la production d'une suite souffre dans la majorité des cas (Matrix Reloaded, Robocop 2, Conan le destructeur, Kick-Ass 2...) d'un manque flagrant d'ambition voire d'un syndrôme de paresse artistique aigüe. La séquelle réussie, bien au contraire, s'aventure dans un renouvellement, une remise en cause des codes du premier volet, afin de les approfondir, les amplifier, les décaler ou les pervertir, leur donner un sens inédit. Dépassant largement le stade du simple copié-collé d'une recette à succès, la séquelle réussie est un exercice d'équilibrisme entre la satisfaction des atttentes du spectateur (lui remémorer les qualités essentielles du premier volet) et le renversement, le brouillage de ces mêmes attentes (contrarier pour mieux stimuler).

Sorti en 1935, soit trois ans après le triomphe de son prédécesseur, La Fiancée de Frankenstein (The Bride of Frankenstein) s'inscrit sans aucun doute dans le cercle très fermé des suites supérieures à leur original. Légitimant d'emblée son statut de séquelle, dès ses premières minutes, le film s'ouvre sur une savoureuse mise en abyme sous la forme d'une discussion fantasmée entre le poète Lord Byron et une Mary Shelley sur le point de publier une suite à son roman Frankenstein, dont elle va raconter l'intrigue. Son récit devient immédiatement celui du film, reprenant exactement là où se terminait le premier volet : la créature de Frankenstein piégée dans un moulin en feu par une horde de villageois enragés. Le monstre survit non seulement à l'incendie, mais il tue par la même occasion les quelques paysans traînant encore autour du moulin. Or, si les meurtres du premier épisode choquaient par la crudité de leur mise en scène (la fillette noyée), le ton change radicalement ici, optant pour une approche comique voire farcesque de la mise à mort, s'aventurant avec brio sur le terrain pourtant délicat de la parodie.

Par l'humour, La Fiancée de Frankenstein fait d'emblée le choix d'humaniser son monstre pour s'y tenir jusqu'à son tout dernier plan. Le scénario, à double tranchant (révéler l'humain sous la monstruosité et la monstruosité derrière l'humain), se fait ainsi volontairement initiatique, à la fois envers sa créature, qui va apprendre à parler, tenter de se socialiser (scènes tordantes où le monstre découvre les effets de l'alcool, le sens du mot « ami »), et envers le docteur Frankenstein, qui va renoncer progressivement aux désirs démiurgiques de son ego démesuré. Le cœur de l'intrigue, la création d'une compagne féminine pour le monstre, interroge d'une manière toujours surprenante la notion même d'altérité. Parfois jusqu'au vertige : si le monstre est déjà une figure de « l'autre », quel statut donner à cet « autre » féminin qu'on veut lui attribuer dans l'espoir de calmer ses pulsions meutrières ? Qu'est-ce que le double monstrueux d'un double déjà monstrueux de l'humain ?

La Fiancée de Frankenstein, assumant totalement son aspect parodique, ne quitte cependant jamais le terrain de la réflexion – théorie philosophique ou notion plus concrète du miroir – le monstre s'interrogeant sur lui-même, sur les limites de son existence aberrante. L'humour noir qui caractérise le film est indissociable d'une gravité sourde, lancinante, en filigrane, qui finit par triompher. Le dénouement, d'une noirceur inattendue, retournant la monstruosité contre elle-même, donne in fine à l'intrigue l'allure d'une farce tragique, d'une comédie noire, inquiétante, hantée par l'angoisse de la mort (la vie artificielle comme réponse vaine au désir de vie éternelle). Un mélange des tonalités tout entier emblématisé par la performance remarquable d'un Boris Karloff habité par son rôle, laissant sourdre les symptômes d'une humanité grotesque sous ses oripeaux saisissants de mort-vivant. Incarnation révélatrice, en négatif, de l'hubris et de la lâcheté humaine, son inoubliable personnage de monstre vient conclure le film de la manière la plus poignante qui soit, dans un acte d'auto-destruction terrible remettant en cause les choix éthiques, l'irresponsabilité immature de ses créateurs. Le monstre de Frankenstein ou l'allégorie externalisée et mutilée de nos plus intimes ténèbres. Une preuve – quasi octogénaire – que le cinéma de genre est un miroir légitime de la nature humaine.

4,5sur5

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 22:00

scream4

Le chiffre 4 ne laissait présager rien de bon. Généralement -– à quelques exceptions près -– d'après la loi des suites au cinéma, plus le chiffre est élevé, plus le film est mauvais. Parfois dès le deuxième (Matrix Reloaded, Destination Finale 2, Blair Witch 2...), souvent à partir du troisième, voire quatrième volet, ou plus encore (exemple tristement connu de la saga Saw, qui gagne en débilité scénaristique à chaque opus). On était donc en droit de s'attendre à une catastrophe pour le quatrième film de la saga de Wes Craven, rendue célèbre à la fin des années 90 par sa glaçante figure de tueur au masque fantomatique. Or, il n'en est rien. Scream 4 s'avère être, dès sa première vision, non seulement un très bon film de divertissement horrifique, dans la parfaite lignée de ses prédécesseurs, mais également l'une des meilleures œœuvres de cinéma de ce famélique début d'année 2011.

Calquant habilement son scénario sur celui des deux premiers Scream, la nouvelle mouture de Craven se paie le luxe de pousser plus loin encore le principe de mise en abyme consistant à enchâsser un ou plusieurs films d'horreur dans le film d'horreur. La séquence d'ouverture, construite comme des poupées russes, enchaîne avec jubilation les apparitions sanglantes de stars du petit écran (Anna Paquin, Kristen Bell...), avant d'entraîner le spectateur au cœœur d'une atmosphère à la fois tendue et décalée. L'intrigue, ponctuée par de saisissantes montées d'adrénaline à chaque meurtre, prend le temps d'explorer l'état d'esprit de tous ses personnages, que l'on retrouve quelques années après les événements tragiques de Scream 3. Alors que l'ancienne génération (Neve Campbell, David Arquette, Courtney Cox), toujours au bord de l'auto-parodie, se retrouve paumée dans une époque qui n'est plus la sienne, les nouveaux personnages (Hayden Panettiere, Emma Roberts, Rory Culkin...) incarnent une jeunesse terrifiante d'inconscience et d'irresponsabilité face à l'horreur. Wes Craven joue en maître de cette opposition, se faisant s'affronter impitoyablement les deux générations. Il entremêle ainsi deux points de vue, gravité contre insouciance, sagesse contre crétinisme juvénile. Métaphore d'un cinéma maîtrisé face à un cinéma actuel qui ne se soucie plus de son contenu, ni de sa forme...

Cela permet surtout au réalisateur, au-delà d'un schéma a priori caricatural, de livrer à chaud une vision de son temps. Scream 4 bâtit en effet, avec une folle insolence, le portrait du cinéma et des médias contemporains. Flirtant avec un cynisme assumé, le film se paie la tête des franchises mercantiles (tous les titres y passent ou presque), alors qu'il est lui-même une énième suite. Mais la cible principale du bazooka horrifique de Wes Craven reste tout de même l'avènement des réseaux sociaux virtuels (effarante réplique « I don't need friends ! I need fans ! ») et le nivellement par le bas de l'image, voire de l'imaginaire. Tout est image, rien n'est image. Le tueur croit faire du cinéma en filmant ses crimes, dans le but de les mettre en ligne sur Internet. Et Craven de fustiger tout un nouveau pan du cinéma d'horreur qui s'illusionne en croyant pouvoir faire peur avec de l'image « vraie », brouillonne, prise sur le vif. Écrasant royalement toute la famille de ces pseudo-documentaires de la peur, le père de La Colline a des yeux vient prouver avec brio qu'il est encore capable de nous faire déconner le palpitant à travers une mise en scène élégante aux images stylisées, aux cadrages posés. Pour lui, la prise de vue tremblotante au caméscope, cette volonté dérisoire du réalisme, c'est de l'amateurisme pur et simple. Et il a bien raison. Le cinéma a toujours été -– et restera toujours -– l'art du mensonge spectaculaire. Il n'a que faire du réalisme. Force est de constater qu'à ce titre, Scream 4, véritable « film à l'ancienne », est d'une redoutable efficacité. Une leçon de cinéma pour le nouveau cinéma, en quelque sorte. Jouissif !

4sur5

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 01:48

Piranha 3D

Une récréation décomplexée, un délire gore au troisième degré totalement assumé, une fable macabre où règnent l'humour noir et l'insolence les plus osés... Le scénario, a priori simpliste, n'est qu'un prétexte, Alexandre Aja s'est lâché comme jamais pour nous livrer, avec son cinquième long métrage, une immense farce horrifique, à la fois grotesque dans sa peinture de la jeunesse américaine, et terrifiante dans le réalisme des scènes de mutilation.

Reculant les limites du délire bien au-delà des frontières timorées de la censure, Aja se paie même le luxe de quelques visions sexuelles frontales sidérantes, au détour d'un ballet lesbien aquatique ou d'un gros plan sur un pénis tranché. La première partie du film, jubilatoire, véritable plaisir coupable de tous les instants, fait place à un finale anthologique, un carnage à grande échelle qui vient pulvériser tous les records en matière de gore. Chaque attaque par les piranhas, chaque mort est unique, d'une inventivité sadique hallucinante. Comme dans tous ses films, la vision que donne Aja de la mutilation des corps relève d'un véritable travail d'orfèvre. La couleur et la texture du sang, les détails abjects des blessures, les bruitages inhérents... l'équipe de maquilleurs s'en est donnée à cœœur joie, pour notre plus grand plaisir.

Un plaisir malsain, certes, mais Piranha 3D n'a pas la prétention de se présenter comme autre chose qu'un intense défouloir. Le cinéma en a parfois besoin, et quand un créateur aussi déjanté et généreux qu'Aja est aux commandes, on en redemande !

3,5sur5

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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 22:27

the crazies

Dans l'exacte lignée du récent et raté Infectés, The Crazies est un énième exemple de film de zombies paresseux, qui ne compte que sur ses soi-disant effets spectaculaires pour tenter de toucher un public fatigué d'être pris pour un demeuré. Le pitch ? Rien de nouveau sous le soleil noir des séries B du même genre : une épidémie se déploie dans une petite bourgade paumée des tréfonds de l'Amérique, transformant les péquenots du coin en une armée de monstres assoiffés de mort et de destruction. Ça explose, ça hurle, ça court et ça tire dans tous les sens, ça pisse des hectolitres de sang... avec une gratuité et un bourrinage crétin hors du commun, contrairement à un Planète Terreur qui se jouait avec une ironie malsaine de tous les codes du genre. Point culminant de cette inutile démonstration pyrotechnique et gore, où chaque explosion acoustique est censée faire sursauter de terreur : une bombe atomique en guise d'élément de résolution, que nos derniers héros survivants contemplent l'air soulagé et ahuri comme un coucher de soleil, sans même se soucier du rayonnement mortel qui pénètre leur organisme. Du côté des productions régressives hollywoodiennes, il sera difficile de proposer pire... jusqu'au prochain ratage ! On voit déjà venir le titre : The Book of Eli 2 - The Infected Crazies...

1sur5

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 07:03

infectés

Après le mollasson Livre d'Eli, le film post-apocalyptique américain revient avec une série B tout aussi flemmarde : Infectés, d'Alex et David Pastor. Soit le périple de deux frères, accompagnés de leurs copines respectives, à travers une Amérique désertique, ravagée par un virus mortel. L'intrigue ne nous épargne aucun des clichés déjà maintes fois éculés par d'autres films du genre : l'infection progressive des protagonistes, qui le gardent bien pour eux histoire de ne pas se voir séparés du groupe, les pseudo-scientifiques méchants, l'hostilité prononcée des rares survivants de l'humanité, les scènes de déserts, les escales qui se terminent toujours par un départ précipité... Autant de poncifs compilés, soigneusement alignés, sans le moindre désir d'innovation, par une mise en scène et des cadrages académiques. Les acteurs ne donnent que le strict minimum en matière de psychologie de survival. C'est à peine si Chris Pine (le capitaine Kirk du Star Trek d'Abrams) sort son épingle du jeu, juste un peu plus concerné et torturé que les trois autres.

À force de bourriner dans le déjà-vu, Infectés désamorce dramatiquement le semblant de tension qu'il instaure lors de ses séquences initiales, pour se terminer sur un dénouement où le mélo l'emporte sur l'horreur, où la guimauve sentimentale engloutit toute âpreté. Envisager l'avenir des derniers survivants dépasse l'entendement des scénaristes ? Tant pis, on balance quelques images nostalgiques de l'enfance des deux frères pour bâcler le film, les spectateurs n'y verront pas d'inconvénient, ils ont eu leur dose de sensations fortes... Sauf qu'une fois le générique balancé, on les cherche encore désespérément ces fameuses sensations. Lorsqu'on décide de réaliser un survival, il y a quand même certains codes à respecter, en évitant bien sûr de sombrer dans une bouillie indigeste de lieux communs, si l'on est malin et que l'on respecte un tant soit peu son public. L'immersion du spectateur est une notion de plus en plus ignorée par le cinéma américain. Et la modestie du budget n'est pas une excuse ! S'il y a bien une chose à blâmer dans Infectés, c'est le manque total d'inventivité de ses deux réalisateurs, la paresse éhontée de son équipe de production. Leur film se fera oublier sans peine, dans le tout-venant cinématographique des mois à venir.

0,5sur5

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13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 01:42

freddy

Décidément, 2010 n'est pas une bonne année pour les remakes. Après le désastre colossal du Choc des titans, c'est au tour d'un autre film culte de voir son mythe sabordé par des mains peu scrupuleuses : Les Griffes de la nuit, de Wes Craven (1984). Autant l'original peut encore se targuer d'avoir donné un visage nouveau au cinéma d'horreur, sans parler de ses personnages attachants (dont un tout jeune Johnny Depp) et de son atmosphère onirique à la fois très belle et effrayante, autant le remake patauge avec paresse dans le déjà-vu, à travers des effets horrifiques tellement éculés qu'ils ne surprennent plus. Pourtant très ancré dans les années 80, le film de Wes Craven traverse les décennies en conservant une certaine puissance d'évocation, une imagerie des peurs primaires qui garde encore tout son sens car jouant à fond la carte de la suggestion et du fulgurant.

La reprise du mythe de Freddy Krueger par Samuel Bayer bourrine à qui mieux mieux dans la démonstration crétine, ne suggérant rien, à tel point que le tueur aux griffes métalliques devient trop familier, puis tristement banal et finalement insupportable de cabotinage : son visage mutilé est montré en gros plan, à chaque apparition, sous toutes ses brûlures. Si Craven le représentait avec une efficace parcimonie, Bayer l'expose jusqu'au grotesque. Rien de tel pour désamorcer irrémédiablement tout effet de terreur. Pire : le réalisateur cherche à faire peur (en vain) en reprenant un à un tous les ingrédients du genre, mais sans jamais les renouveler. Surgissements du tueur accompagnés d'explosions acoustiques systématiques, scène du miroir, scène de la penderie... Rien ne nous est épargné, tout est réchauffé, sans la moindre inventivité visuelle à l'horizon. Et lorsque le film a finalement épuisé tous les clichés possibles, que reste-t-il ? Le gore bien sûr ! La bonne vieille hémoglobine bien épaisse. Les griffes du méchant Freddy tailladent tout ce qui bouge, transformant les corps juvéniles d'adolescents amnésiques sur leur propre enfance (ça y est, l'Everest du ridicule hollywoodien a été atteint...), faisant couler à flots des hectolitres de pixels censés représenter du sang.

Encore plus marrant (ou consternant) : les lames du tueur projettent autant d'étincelles qu'un réacteur de fusée lorsqu'elles raclent les murs ! Comble de l'incroyable, on a même droit à une scène, gratuite et inutile, narrant le triste sort de Krueger, ou encore un cours improvisé par l'un des jeunots sur les méfaits physiologiques et mentaux de l'insomnie sur le long terme. Brillants comme du mauvais cirage ces jeunes. Autant dire qu'on ne croit pas une seule seconde à leurs soi-disant cauchemars. Comment voulez-vous frémir avec un casting de bimbos (choisies pour la taille de leurs nibards), dont les cernes grandissants sont grossièrement dessinés au feutre noir, et des crétins dans une forme olympique après avoir passé une semaine sans dormir (ils ont beau se bourrer l'estomac d'excitants, on reste incrédule face à tant d'absurdités). Pour qu'un film soit un minimum éprouvant, il faut respecter un minimum de crédibilité. Pour qu'un film soit bon, il doit susciter un minimum d'intérêt. Le Freddy nouveau vient de s'ouvrir les veines dans une baignoire d'oubli...

0,5sur5

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 06:47

Bug

bug

On aura rarement autant flippé devant un film traitant de la paranoïa. Friedkin nous embarque dans les profondeurs de la folie. Le décor est outrancièrement minimaliste : une chambre de motel. Le casting se limite à un duo d'acteurs aussi hallucinants qu'hallucinés, Ashley Judd et Michael Shannon, autour desquels viennent graviter ponctuellement quelques rares personnages secondaires. L'intrigue installe le spectateur dans une ambiance molle, léthargique, dans une chaleur moite. Peter, un type un peu bizarre, prétendant être la victime d'un complot gouvernemental, débarque dans la chambre d'Agnès, une jeune paumée, il la séduit et finit par coucher avec elle. La fin de leurs ébats coïncide avec une invasion d'insectes invisibles, qui va prendre des proportions cauchemardesques. Croyant être la source du mal, Peter sombre peu à peu dans un délire paranoïaque de mutilation, emportant Agnès dans son sillage.

Mais s'agit-il vraiment de paranoïa, de folie ? Les insectes que Peter sent grouiller sous sa peau sont-ils réels ou fantasmés ? Le réalisateur de L'Exorciste ne donne aucune réponse. Il fait triompher le doute, renouant d'une façon primitive et pourtant novatrice avec les codes du cinéma fantastique le plus pur. Quelques explosions sanglantes viennent ponctuer un cauchemar où la tension grandit de minutes en minutes jusqu'à l'insoutenable. Un arrachage de dent maison, un meurtre sauvage, et l'angoisse devient terreur. Dans un style extrêmement cru, Friedkin nous confronte à nos peurs les plus primaires. La somme de toutes nos peurs. Car derrière le film d'horreur, il y a l'autopsie froide et lucide de la mentalité américaine traumatisée par le 11 septembre, le communisme des années 50. On voit d'abord l'autre comme un ennemi, un parasite qui ne cherche qu'à nous bouffer de l'intérieur. Ou comment la paranoïa déforme toute forme de jugement et endort la raison. A l'image de cette scène, la plus flippante de toutes, où Ashley Judd débite en un long plan-séquence, un flot frénétique de déductions dictées par sa folie, faisant coïncider par un miracle atroce les événements les plus noirs de sa vie avec le plus fumeux, le plus improbable des complots. Une métaphore effrayante de la manipulation des cerveaux. Un grand film sur de grands malades.

4,5sur5

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