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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 21:08

django unchained

Après avoir revisité le film de gangsters, le film de sabre, la blaxploitation ou la fresque uchronique, Quentin Tarantino revient nous régaler de son art du dynamitage avec Django Unchained, western à la fois improbable, jubilatoire et grinçant, aussi singulièrement classique dans sa facture, que profondément humain dans son auscultation frontale de la barbarie. Si le père de Pulp Fiction et de Kill Bill nous avait maintes fois surpris par sa liberté de ton et de construction de ses précédentes œuvres, force est de constater qu'il nous livre là son film le plus personnel, sinon le plus abouti.

Linéaire et d'une simplicité désarmante, le scénario de Django Unchained nous attache littéralement au destin tourmenté d'un esclave noir à travers l'Amérique des années 1860, depuis sa libération par un chasseur de prime allemand foncièrement locace (délectable gouaille de Christoph Waltz) jusqu'aux retrouvailles avec sa bien aimée, réduite en esclavage par un riche propriétaire terrien organisateur de combats de Mandingos (terrifiant Leonardo DiCaprio). Ligne claire d'une intrigue à la tension permanente, dont chaque scène se révèle être une menace – toujours plus lourde – pour la liberté de Django. Une liberté acquise violemment, dans un torrent de sang et de cris, dès la séquence d'ouverture du film, mais tellement vulnérable, tellement chancelante, que sa défense s'érige comme un véritable moteur dramatique, diablement efficace et d'une portée résolument universelle. Tarantino, qui semble visiblement en avoir fini avec les déboires surréalistes de malfrats déglingués, tourne une page cruciale dans sa filmographie en empruntant la voie d'un classicisme assumé, signant avec son Django Unchained un immense western qu'il parvient néanmoins à affranchir des carcans traditionnels du genre en lui offrant ce dévergondage des tonalités cher à son univers cinématographique. Le « unchained » du titre n'agit pas seulement dans le cercle de l'intrigue, mais également – et surtout – à un niveau extradiégétique, comme si le cinéaste, loin de rester prisonnier de ses codes, cherchait à briser les chaînes d'un genre qui le fascine. Avec Django Unchained, Tarantino réalise un pur fantasme de cinéma, un western déchaîné. Dans tous les sens du terme.

D'une générosité folle dans son aspect visuel autant que dans ses dialogues (génialement écrits et mis en scène) et ses morceaux de bravoure, Django Unchained s'impose d'emblée comme un film somme, porté par une dimension mythologique saisissante (relecture de la légende de Siegfried) et l'interprétation transcendante de ses comédiens qui se donnent sans aucune retenue à leurs personnages répugnants (Samuel L. Jackson, Leonardo DiCaprio) ou sublimes (Kerry Washington, Jamie Foxx), fusionnant avec une intelligence rare le fond et la forme de son propos. Radiographie de la barbarie humaine sous toutes ses formes. Bain révélateur audiovisuel débusquant l'horreur au sein de tableaux à la beauté trompeuse. Paradoxe grinçant de décors enchanteurs (magnifiques plantations de côton) où viennent se jouer les pires dérives du système esclavagiste, où les plus parfaits gentlemen et les plus dévoués serviteurs s'avèrent être d'immondes salopards.

« Dans mon monde, il faut se salir les mains » balance un Django sur les nerfs à son ami chasseur de prime, se faisant l'accusateur légitime d'un monde où l'atrocité, l'inhumanité, se commet avec bonhommie, le sourire aux lèvres. Monsieur Candy, incarné avec une vertigineuse lucidité par DiCaprio, se montre comme le visage emblématique d'une barbarie euphorique, d'une mascarade innommable pas si éloignée des conflits d'aujourd'hui. Par les voies d'une métaphore puissante, à peine voilée, de l'impérialisme américain actuel, Django Unchained réécrit l'histoire avec une rage contenue qui ne demande qu'à exploser (tétanisant ouragan de violence final). Tarantino, conscient qu'il aborde un sujet grave, ne rigole plus face au sang qu'il fait couler à flots. Le rire de sa caméra, désormais contrarié, troublé, résonne d'une noirceur qu'on ne lui connaissait pas, mais qui lui sied très bien, creusant plus profondément son art atypique de la rupture. C'est plus qu'un western que nous offre Django Unchained, c'est un western impitoyable et décomplexé, grandiose et cruel, un western tout en élégance carnassière, d'une violence politique inouïe. Un western total qu'on n'est pas prêt d'oublier, qui trouve une place de choix dans le panthéon du genre. Tarantino était grand. Il compte désormais parmi les géants.

4,5sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:37

bonbrutetruand

Les destins croisés de trois héros solitaires à travers une Amérique ravagée par la Guerre de Sécession. Le scénario, à la fois ample et riche, épouse à la fois l'individualité des personnages et une dimension historique plus générale, celle du conflit. On a l'impression de nager en plein chaos, dans l'intrigue comme dans l'espace représenté à l'écran : on est dans un désert où règnent la folie, l'errance, la cupidité et la violence. Les repères s'effacent, l'histoire perd son sens jusqu'à l'absurde (effarante scène du pont imprenable). Leone poursuit la construction de ses propres codes, notamment dans la mise en scène des caractères, avec cette manière de cadrer les visages qui n'appartient qu'à lui, qui confine parfois au grotesque, au grand-guignol. Eli Wallach livre une performance d'acteur impressionnante, jusqu'à faire de l'ombre au autres, Eastwood compris, à tel point que le personnage campé par Lee Van Cleef semble presque effacé, à moins que ce ne soit un effet voulu par le metteur en scène. La Brute, incarné par Wallach, donne une belle intensité et un humour ravageur à l'histoire. Enfin, comment ne pas témoigner son plaisir face à l'emploi admirablement décalé de la musique par Morricone, qui fête ici sans cesse les noces improbables du lyrisme et de la bassesse loufoque. Grandiose !

4sur5

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16 mars 2010 2 16 /03 /mars /2010 00:28

soldierblue

Voilà un western décapant, d'une liberté de ton exceptionnelle, dans la lignée des boucheries de Sam Peckinpah ou d'Arthur Penn. La scène d'ouverture, l'attaque d'un convoi par des Cheyennes, d'une brutalité inouïe, ne laisse absolument pas présager le ton drôlissime et décalé qu'emprunte ensuite le film : les déboires du Soldat bleu et de Crista Lee, femme délurée et téméraire, sauvage et glamour, sont d'une force comique irrésistible. Comique de situation, de gestes, de paroles... tout y passe et tout est très maîtrisé. Le massacre final, négatif revanchard de la scène d'ouverture, est d'une cruauté terrifiante, on passe littéralement du rire à l'horreur, dans une orgie d'ultra-violence révoltante, où les enfants sont les premières victimes, têtes explosées, membres arrachés... Assurément, l'un des westerns qui ont inversé la tendance en pulvérisant l'image idéalisée du brave blanc. Ici les tuniques bleues sont des barbares aux mains tachées de sang.

4sur5

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