« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor
Quelqu'un a-t-il déjà remarqué le troublant parallèle entre deux rôles majeurs de l'irascible Christian Bale ? En 1998, il crève l'écran avec American Psycho en incarnant le golden boy psychopathe Patrick Bateman, figure géniale mais totalement incomprise du mal le plus absolu. Presque 10 ans plus tard, on le retrouve dans un des plus obscurs films de super héros : Batman begins, de Christopher Nolan. Là encore, difficile de fermer les yeux sur la part de monstruosité du personnage. Une seule lettre différencie le courtier de Wall Street du justicier de Gotham.
Mais à regarder de plus près, ils se ressemblent en tous points. Même aspect physique : Bateman et Wayne sont deux beaux gosses bodybuildés, débordant de classe et de charisme. Même milieu social : ils sont issus des classes aisées d'une grande métropole américaine. Même extravagance : la baignade publique avec les deux mannequins dans Batman begins ne va pas sans rappeler la délirante scène de sexe filmée avec les deux prostituées dans American Psycho. Mêmes méthodes : les deux personnages exterminent les "déchets" de la société à laquelle ils appartiennent. Même philosophie, même morale : faire le bien en éradiquant la vermine. A ce titre, selon un certain point de vue qui peut déplaire, Bateman est lui aussi un justicier, puisqu'il agit selon sa propre justice.
D'autant plus que le traitement visuel à l'écran rapproche plus encore les deux personnages : ils atteignent littéralement le statut d'icône démoniaque. Bateman et Batman sont des anges noirs, des anges de l'abîme (cf. le fameux plan dans lequel Christian Bale déambule dans une rue sombre, auréolé d'une lumière spectrale, avant d'assassiner un clochard, rappelle très directement l'inoubliable silhouette du super héros). Toujours est-il que ce rapprochement repose entièrement sur le jeu très personnel de Christian Bale, qui a su, inconsciemment ou non, donner des traits communs à ses deux rôles, tout en leur laissant assez de différences pour finalement leur conférer une personnalité tangible, terriblement réaliste.
Et si l'on veut pousser la ressemblance jusqu'au bout, on peut se demander quelle est la faille, la blessure secrète de Patrick Bateman. Celle de Bruce Wayne est aisément identifiable, liée à un traumatisme d'enfance. Celle du vilain courtier constitue quant à elle le trou noir, le fameux vide existentiel qui gangrène American Psycho. Si le costume de Batman est en kevlar, dans quelle matière noire Bateman a-t-il forgé son "masque" ? D'où lui vient son petit sourire carnassier ? On ne saura probablement jamais rien de l'intériorité de "Pat" - et c'est tant mieux - car il n'est tout simplement pas "là".