« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor

Kathryn Bigelow l'avait promis, son Démineurs serait un film d'action avec de la « matière grise », affichant par là sa volonté de se démarquer des Michael Bay et autres Renny Harlin, les cadors du bourrinage à l'hollywoodienne. Mais à trop vouloir sortir des sentiers battus, elle semble perdre littéralement tous ses moyens, ou presque, comme tétanisée par l'originalité de son sujet. Faute de moyens ? De temps ? D'ambition ?
Commençons par le point positif essentiel qui se dégage de la vision du film : les acteurs sont crédibles, des jeunes premiers aux deux guests stars, Guy Pearce et Ralph Fiennes, sacrifiés avec une désemparante jubilation, leur charisme ne leur étant ironiquement d'aucun secours dans la poudrière irakienne. Pour le reste, le film sombre presque immédiatement dans des travers tout à fait regrettables, quand on pense à l'ampleur qu'il aurait pu revêtir, vu le sujet brûlant qu'il aborde : les périlleuses missions de déminage par des soldats américains de choc sur le sol irakien. Lésée par un montage grossier et des tremblements de caméra épileptiques omniprésents (y compris dans les scènes calmes), la mise en scène répétitive des déminages, très efficace au début, finit par toucher à l'anecdotique. Un comble pour un film de guerre qui promet d'abord une bonne dose d'adrénaline à son spectateur. L'intrigue démarre fort, certes, mais la tension se dégonfle de plus en plus, pulvérisant ainsi tout enjeu dramatique. Ce paradoxe entraîne dans son sillage, malgré la qualité du jeu des acteurs, la représentation des personnages vers de purs clichés du genre. Les héros ne semblent pas plus développés que l'icône éponyme de Rambo III, débitant plus de "fuck" à la minute qu'un Tony Montana au meilleur de son rendement de vulgarité. On veut bien croire au manque d'éducation flagrant du combattant américain de base, à la tension insupportable qui pèse sur son mental, mais alors où est passée la fameuse « matière grise » que promettait la réalisatrice ? Pourquoi le film de Bigelow ne donne-t-il rien à penser ? Pourquoi s'empêtre-t-il dans un premier degré si pesant ?
Avant même la fin de la séance, on regrette la grandeur paradoxale du Jarhead de Sam Mendes, lequel pouvait honnêtement se targuer d'être un film de guerre intelligent et décalé, dans la peinture de l'absurdité du conflit en Irak, dans les accents beckettiens qu'il osait emprunter avec désenchantement et audace, préférant les silences pétrifiants aux dialogues crétins. Démineurs aurait pu s'aventurer plus loin que son prédécesseur, mais il reste timidement figé au seuil du genre. À croire que les non-spécialistes du film d'action font les plus grands films de guerre, à la fois techniquement impeccables et perturbateurs dans le fond : Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, La Ligne rouge de Terrence Malick, pour ne citer que ces deux là, en sont autant de preuves marquantes, les noces idéales du spectaculaire et de la réflexion.