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« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor

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Nine, naufrage filmique

Nine

Disons-le d'emblée : à l'image d'un Guido Contini en panne d'inspiration, c'est un spectateur en panne de plaisir que le film semble chercher à s'attirer. D'une lourdeur éprouvante, ressassant sans conviction ni le moindre second degré tous les clichés liés aux affres de la création, Nine n'est qu'une pauvre comédie, pas musicale du tout, formatée pour un public facile et ignorant tout des grandes figures du cinéma italien (Fellini en tête).

Un défaut majeur, qui plombait déjà Gainsbourg vie héroïque, irrigue le film jusqu'à l'écœœurement : l'artiste n'est qu'un coureur de jupons, un type à femmes qui se contrefout royalement de son art, surtout lorsqu'il est au point mort de la création. Rien ne le hante hormis une ribambelle de femelles en chaleur qui lui collent au postérieur comme des mouches. Immonde lieu commun, tellement hollywoodien, sur l'artiste européen forcément décadent... Si le réalisateur avait traité ce purgatoire de l'art avec humour, on aurait probablement pu accepter un tel postulat, mais le sérieux navrant avec lequel il empoigne son sujet donne littéralement la nausée. Hommage à Fellini ? Une insulte de presque deux heures, oui ! Une destruction pompeuse et faussement clinquante du statut même d'artiste !

Viennent se greffer sur ce tableau désastreux quelques tableaux musicaux d'un académisme glacial. Chanter, danser, célébrer la bouillante Italie avec un style polaire... Peut-être dans les arcanes du cinéma expérimental le plus osé, mais c'est à un film grand public qu'on a affaire ici. Le mauvais goût du cinéaste est un triomphe de chaque instant. On assiste à une enfilade de morceaux musicaux totalement déconnectés, purement illustratifs, tronçonnés grossièrement comme des clips MTV, sans aucun lien poétique avec l'intrigue. Le miracle de Moulin Rouge résidait dans la fusion absolue du scénario et des chansons. Ici, le montage désespérément "cut" isole les chansons du reste du film, à tel point qu'elles semblent avoir été ajoutées à la dernière minute pour combler l'abyssal abîme de connerie anti-cinématographique que constitue la trame narrative.

Plus inquiétant encore : l'énergie avec laquelle Daniel Day-Lewis campe son détestable personnage, le cabotinage joyeusement adopté par une pléiade de stars féminines qui n'ont pas l'air de se douter une seule seconde que leur persona en prend un sacré coup. Le projet avait peut-être de la gueule sur le papier. A l'écran, c'est un naufrage pathétique, ce que Hollywood peut produire de pire tout en criant au chef-d'œœuvre. La preuve, consternante : Nine est nominé aux Oscars... A oublier illico, quand on aime le cinéma. Quel dommage, la bande-annonce était pourtant très prometteuse !

0,5sur5

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