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« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor

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La Piel que habito

la piel que habito

Pedro Almodóvar poursuit son inexorable exploration des ténèbres de l'âme humaine, qu'il avait initiée dans La Mauvaise éducation. Sillonnant les sentiers glaciaux d'un thriller macabre, La Piel que habito apparaît comme son film le plus sombre, le plus effrayant : un chirurgien esthétique dérangé (Antonio Banderas) s'adonnant à des expériences contre-nature, séquestre une jeune femme pour des raisons troubles. Le récit, construit autour d'un gigantesque flash-back, révèle implacablement le passé de chaque personnage, articule et assemble leurs destinées à travers le sinistre puzzle d'une tragédie. A ceci près que le tragique ne rime jamais ici avec une quelconque catharsis. Ce n'est pas le sang chaud d'un drame latin qui irrigue la dernière mouture d'Almodóvar, mais, contre toute attente, la froideur pétrifiante d'un suspense quasi scientifique. La confusion mentale et sexuelle qui pèse sur l'atmosphère de La Piel que habito se voit disséquée par un regard clinique proprement effrayant, parfois contre-balancé par quelques fragments d'humour noir et un zeste de folie ambiante.

A l'image de Vera, la femme enfermée, observée sous tous les angles à travers une multitude d'écrans, l'ensemble des personnage nous est présenté par Almodóvar comme un groupe de cobayes. Le cinéaste filme leurs comportements comme s'il s'agissait de rats de laboratoire, lesquels, confrontés les uns aux autres, révèlent leurs plus bas instincts. Vision extrêmement pessimiste de l'âme humaine, le film rejoint l'univers d'un Paul Verhoeven, dans la mesure où nos actes, intéressés, cruels ou vengeurs, ne relèvent que d'une pulsion sexuelle animale. L'irruption, assez brève, d'un personnage déguisé en tigre, en est la manifestation la plus crue et la plus évocatrice : le type costumé neutralise sa propre mère (Marisa Paredes) pour aller commettre un assaut sexuel sur Vera. Vision sidérante d'un quadruple viol, au sens propre comme au sens figuré : l'homme pénètre de force la propriété du chirurgien, bafoue la figure maternelle, brise l'entrée du sanctuaire de Vera, avant de l'agresser. Symptôme d'une noirceur plus terrible encore, l'issue de ce multiple viol aura un amer goût de sang.

La morale désespérée du film pourrait bien se résumer ainsi : on ne peut combattre le mal que par un mal encore plus grand. La structure de La Piel que habito épouse à ce titre la forme malade d'un cercle vicieux, filmé comme un huis clos oppressant. Théâtre claustrophobe, où le malsain rivalise avec l'horrible. Mais la force d'Almodóvar, c'est la fascination sans bornes qu'il parvient à nous faire éprouver face au sordide. La facture audio-visuelle de son film, aussi élégante qu'irréprochable, nous hypnotise constamment. Douceur de velours des mouvements de caméra, pureté du montage, splendeur glacée de la photographie... Le spectacle dépasse le dégoût que son contenu pourrait susciter, par la beauté perverse de la forme. La Piel que habito se présente comme un objet obscur de désir cinéphile, encore une fois à l'image de Vera, la femme idéale, belle à se damner. Tout comme elle se laisse caresser par son geôlier-chirurgien, nous laissons les images magnétiques d'Almodóvar nous caresser les mirettes. Dès son titre,le film nous invite littéralement à venir habiter la peau de chacun de ses personnages, dans un jeu de rôles éprouvant, à la fois hors normes et intimiste. Une expérience charnelle extrême et puissante, qui ne finira jamais de nous éclairer, autant que de nous troubler, sur notre propre part d'ombre. Sobresaliente !

4sur5 

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S
<br /> Pour ce film de Almodovar je suis comme pour celui de Lars Von Trier, circonspect. En effet malgré des qualités indéniables (surtout esthétique) il me semble que ces deux filsm sont surestimés.<br /> Almodovar offre un film dont la forme cache un fond trop extravagant ; sans compter (surtout) un Banderas trop lisse pour un rôle si difficile psychologiquement parlant. Lars Von Trier, pareil,<br /> offre un film de toute beauté mais la césure entre les deux parties est trop brusque et le parallèle plutôt vain.<br /> "La piel que habito" 1/4<br /> "Melancholia" 1/4<br /> <br /> <br />
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R
<br /> Bonjour Quentin !<br /> <br /> Ta critique est délicieuse. Elle est bien écrite et son analyse est plaisante ! Nous sommes d'accord avec ce que tu en dis, en tout point. J'apprécie même ce contraste que tu révèles et que je n'ai<br /> pas su déceler dans mon article, concernant l'opposition entre le dégout qu'inspire l'histoire et la fascination qu'inspire la réal ! Encore une manipulation du bon vieux Pedro ! Bon sang ce qu'il<br /> est bon !<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Très très belle critique.<br /> J'ai pour ma part surkiffé le flashback du mariage, vu par Robert, puis par Vera, laissant le doute s'installer chez le spectateur (Qui est Vera ?) pour aboutir à une réponse évidente qui s'averera<br /> fausse par la suite. Rien que ce moment-là (qui est la parfaite définition de la "manipulation cinématographique") inspire le respect et place très haut Almodovar, tout comme son film, l'un des<br /> meilleurs de 2011 !<br /> <br /> <br />
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