« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor

2010 n'est pas une année favorable aux fresques antiques hollywoodiennes. Louis Leterrier nous avait livré un remake insipide du Choc des titans en avril, c'est au tour de Mike Newell de venir se ridiculiser en se vautrant dans la sinistre arène des navets de luxe.
En dehors de la présence sympathique d'Alfred Molina, qui tire joliment son épingle du jeu dans un rôle de trafiquant hilarant, capable de s'apitoyer sur le sort d'une autruche suicidaire, il n'y a malheureusement rien à sauver de l'informe bouillie scénaristique et artistique que représente Prince of Persia. L'histoire (un poignard magique passe de mains en mains pendant deux heures) est truffée de flottements et de raccourcis faciles, allant jusqu'à se contenter de hasards en guise d'explications, sans parler des transitions façonnées à coup de tronçonneuse, dans la plus pure tradition bourrine des mauvaises superproductions américaines. Présenté dans un écrin esthétique recyclant sans vergogne ni inventivité les paysages et décors de Troie, Alexandre, Gladiator, 300 et du jeu God of War, sans jamais en atteindre le faste, ni la grandeur, le film de Newell est l'adaptation sans âme et paresseuse d'un classique du jeu vidéo. La mollesse et la répétition lassante des péripéties, bêtement fidèles au principe de l'arcade, finissent par exaspérer. Les scènes d'action bénéficient d'un montage proprement épileptique, succession insupportable de micro-plans grossièrement assemblés à la truelle et censés donner un rythme effréné à l'ensemble. Contrepoint à cette hystérie visuelle allègrement affichée, des ralentis ridicules éprouvent nos pauvres yeux, avec leurs hideux effets de trainées à chaque fois que le héros, sorte de Yamakasi antique, se met à sauter. On se croirait au beau milieu du plus mauvais Chuck Norris.
Sauter et cogner comme une brute. C'est tout ce que sait faire Dastan. Ou plutôt, c'est tout ce que l'on a demandé à Jake Gyllenhaal, quitte à gâcher son talent, dans un souci de fidélité fainéante au jeu vidéo. Du muscle et une paire d'expressions faciales, comme le Persée incarné par Worthington dans Le Choc des Titans. Le reste du casting (Ben Kingsley, Gemma Arterton...) subit le même sort. Seulement, à force de superficialité dans le jeu des acteurs, on finit par s'en détourner, n'ayant aucun élément d'identification à notre disposition. Les personnages de Prince of Persia atteignent le comble de la vacuité, de la transparence. Qu'il semble loin le temps du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, avec sa galerie de personnages d'une épaisseur vertigineuse...
Il est grand temps pour Hollywood d'ouvrir les yeux, de comprendre que les films, même les plus populaires, ne méritent pas autant d'indigence artistique dans leur fabrication. Il est proprement scandaleux et irrespectueux, vis-à-vis du public, d'utiliser des centaines de millions de dollars pour offrir un navet. Le nouveau film de Newell est une preuve supplémentaire de l'arrogance grandissante de ces sinistres producteurs partisans de la déshumanisation du cinéma, au profit d'effets tape-à-l'œil, gratuits, vite oubliables. C'est donc cela, la nouvelle vision du spectaculaire à Hollywood ? Quand on pense que même les productions mercantiles de l'ère reaganienne avaient un semblant d'âme, résonnaient avec le désir de divertissement des spectateurs, on constate avec terreur que le visage actuel des blockbusters américains est celui d'un zombie...