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« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor

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The Dark Knight Rises

the dark knight rises

À en juger par la pléthore de critiques mitigées, voire franchement déçues, s'acharnant sur de soi disant défauts de construction et sur le caractère conventionnel du film, The Dark Knight Rises ne serait que la conclusion en demi-teinte de la trilogie initiée en 2005 par Christopher Nolan, un blockbuster sans âme, juste une super-production de plus parmi la fange hollywoodienne actuelle. Face aux attentes proprement délirantes et souvent incompréhensibles suscitées par la sortie du film, débouchant sur des critiques faisant fi de toute analyse, rechignant par avance à s'aventurer sous le vernis du théâtral, force est de constater que The Dark Knight Rises – et plus largement la trilogie à laquelle il appartient – souffre avant tout d'une mauvaise catégorisation. Considérons donc, pour commencer, ce nouveau volet de la saga Batman pour ce qu'il est vraiment : un film d'action, une fresque spectaculaire, un pur spectacle audio-visuel. Plus encore que dans son Batman Begins ou dans son Dark Knight, Nolan se lance vaille que vaille sur la ligne claire d'un scénario s'articulant autour des notions opposées mais complémentaires de la destruction et de la reconstruction, ou plutôt l'espoir d'une possible reconstruction.

Huit années se sont écoulées depuis l'exil forcé du Batman. Reclus dans les cimes de son manoir, Bruce Wayne vit dans l'ombre d'un passé qu'il veut fuir, un passé qui s'accroche pourtant tel un goudron existentiel aux fragments de son âme disloquée, perdue. Jusqu'à l'avènement ravageur de Bane, terroriste machiavélique servant la cause de la Ligue des Ombres, prêt à tout pour anéantir Gotham. Jusqu'à sa confrontation avec Selina Kyle, voleuse d'élite aussi sournoise qu'insaisissable qui causera autant sa perte que son retour fracassant parmi les vivants. S'il est un thème auquel s'attache The Dark Knight Rises, avec autant d'obsession que de désespoir, c'est bien celui de la brisure, de la fêlure. Graphiquement d'abord, à travers la représentation âpre et réaliste de l'apocalypse urbaine que subit Gotham (montage parallèle saisissant montrant l'effondrement d'un stade en même temps que la destruction méthodique de quartiers entiers de la ville), mais également dans la construction de chaque protagoniste : mélancolie, affres de l'âge et d'un mode de vie trop rude pour Batman, blessure faciale mystérieuse dissimulée sous un masque pour Bane, névrose et cleptomanie chez Selina Kyle, poids du passé chez Miranda Tate (Marion Cotillard, pas aussi mauvaise qu'on le prétend). Néanmoins, Nolan ne limite pas sa vision de la brisure au seul cadre diégétique de sa fresque, il va jusqu'à l'ériger en esthétique constitutive, dans un souci permanent de ne jamais séparer le fond et la forme de son œuvre. Ainsi le caractère abrupt voire brutal du montage, souvent jugé à tort comme une baisse de régime visuelle, vient épouser parfaitement les écorchures des personnages, tout comme le chaos qui ébranle les fondations de Gotham.

The Dark Knight Rises se donne à voir avant tout comme un spectacle, mais en atteignant des cimes fascinantes de noirceur grandiose lorsqu'il s'adonne à la mutilation de ce spectacle même. La grandeur des séquences d'action, mises en scène avec un indéniable brio, ne vient pas d'une quelconque outrance, d'une quelconque dimension pompière. Sous le masque trop évident d'une théâtralité pourtant assumée, le spectacle nous grise d'une manière paradoxale, par son caractère estropié, à l'image de son héros vieillissant que la puissance de Bane vient presque achever. L'héroïsme dans The Dark Knight Rises n'est jamais posé comme une certitude, il s'affiche comme une valeur à reconquérir. Hanté par une angoisse maladive de l'échec et de la mort, rythmé par d'incessants mouvement de chutes et de douloureuses élévations, le film de Nolan se révèle, contre toute attente, porteur d'une poignante humanité. Moins aérien que ses prédécesseurs, The Dark Knight Rises est un spectacle de la pesanteur, comme graphiquement rivé au sol, au bitume défoncé de Gotham, ainsi qu'à ses personnages. En les jetant ensemble au fond de l'arène crépusculaire d'une fin de monde annoncée, Nolan filme la confrontation de ses trois protagonistes comme un combat malade de bêtes farouches. Batman, représenté comme un loup blessé sous un masque de chauve-souris, se voit tourmenté à la fois par l'aura féline de Selina Kyle (Anne Hathaway, magnifiquement dirigée) et la brutalité sans limites de Bane, véritable créature de cauchemar, monstrueuse montagne de muscles évoquant un molosse enragé (son masque ressemble à une muselière). L'issue de leur affrontement, d'une amertume peu commune pour un blockbuster d'action, vient confirmer l'une des obsessions typiques du cinéma de Nolan, à savoir l'aspiration (toujours contrariée) à une autre vie, une certaine forme de rédemption que cherchait déjà désespérément les personnages de Memento, Insomnia et du Prestige.

The Dark Knight Rises parvient in fine à renouveler voire dépasser cette préoccupation en adoptant son axe thématique le plus beau, celui de la filiation et de la paternité. L'intrigue, hantée par des fragments de Batman Begins, revient au traumatisme, à la fracture originelle de toute la saga : la perte de la figure paternelle. Dans cette optique, le combat livré par Batman prend tout son sens, tant au niveau narratif qu'au niveau symbolique. S'il veut sauver la ville qui l'a vu naître des agissements destructeurs de Bane, c'est dans le but de préserver la seule attache tangible qui le relie à ses parents. Plus que de l'héroïsme, c'est un sentiment bien humain qui pousse l'homme chauve-souris à défendre son territoire de l'anéantissement, une énergie du désespoir qui se traduit à l'écran par un conflit plus triste que violent, au caractère épique délité, à la limite de l'impuissance. Ainsi, contre toute attente, Nolan montre que même la plus impénétrable des brutes peut pleurer... Clôturant sa trilogie par une superbe scène muette, presque onirique, dont la puissance d'évocation résonne à l'unisson avec le thème composé par Hans Zimmer, et qui redonne tout son sens à la notion d'héritage, le cinéaste anglais scelle en beauté le destin de son chevalier noir. Un spectacle âpre et rugueux, tumultueux, désespéré mais fou d'espoir, terriblement humain sous sa carapace de super-production, un divertissement de haute volée comme on aimerait en voir plus souvent.

4sur5

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M
Effectivement W., je me rappelle que Quentin avait descendu Une séparation alors que tout le monde l'encensait, j'avais trouvé ça moche, on sentait le mec qui prenait son pied juste pour dire du<br /> mal parce que le film plaisait à tout le monde. Pour ma part, j'avais voulu descendre Drive à l'époque, encensé partout, mais impossible, je me suis donc rangé aux avis dithyrambiques et populaires<br /> de la masse : pauvre moi.
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M
<br /> <br /> Mon cher mymp, j'étais très sincère en rédigeant ma critique d'Une Séparation ! J'avais vraiment subi le film, qui m'a paru lors de sa sortie extrêmement plat et<br /> laborieux. Ca me fait penser que je ne l'ai pas encore revu, pour vérifier si j'éprouve la même chose maintenant... Ca viendra ;)<br /> <br /> <br /> <br />
W
Moi cette fin elle me plait beaucoup et elle m'a foutu des frissons les deux fois. Quant aux critiques, on peut en faire quelques unes mais globalement il s'agit là d'un très bon divertissement.<br /> Certains prennent juste un plaisir à brûler ce qui est encensé, c'est tout.
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M
<br /> <br /> Ravi que l'épilogue de Batman t'ait ému :)<br /> <br /> <br /> Pour ce qui est de l'encensement ou de la descente en flèche, ça dépend vraiment du ressenti émotionnel pour ma part. Dès fois je suis la masse, parfois pas. En tout<br /> cas, je donne leur chance à tous les films avant de les voir. Quant aux avis a priori, sans même avoir vu un film, je trouve ça absurde.<br /> <br /> <br /> <br />
M
D'accord avec H. : éluder à ce point les incohérences et les scories du scénario (pas sûr que tu l'aurais fait si le film avait été mis en scène et écrit par quelqu'un d'autre que Nolan) me semble<br /> de l'aveuglement et sans intérêt. Et puis comment voir dans ce long final raté et pauvre (ah zut, une bombe va exploser, vite, il faut la désamorcer...) un sommet de noirceur ???
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M
<br /> <br /> Je n'ai pas parlé des scories et incohérences du scénario car elles ne m'ont, pour ainsi dire, pas gêné à la vision du film. Pour être honnête, j'étais tellement<br /> absorbé par le spectacle que je n'ai pas vraiment fait gaffe à ces détails. Je ne dis pas que mon avis ne changera pas un peu en revoyant le film, avec un peu de recul (j'attends aussi de voir la<br /> version longue, si jamais elle sort bien sûr), mais la première vision m'a enthousiasmé et la richesse des niveaux de lecture du film m'a étonné pour un blockbuster d'action. Certes, ça ne fait<br /> pas dans la finesse (quoi que...), mais c'est pour moi un divertissement d'une efficacité redoutable. Je n'ai pas vu les 2h45 passer.<br /> <br /> <br /> [attention SPOILER] Le sommet de noirceur, je ne l'ai pas vu dans le désamorçage de la bombe (classique, mais bien ficelé je trouve, c'est pas réalisé comme une<br /> série Z quand même), mais dans la dernière confrontation de Bane / Batman / Selina Kyle. Bane sur le point de se faire démolir (tuer ?) par Batman, sauvé in extremis par Tate, qui menace à son<br /> tour la vie du Batman et qui brise surtout tout espoir de relation entre Wayne et Kyle, à cause de sa foutue bombe, que le Batman se propose d'éloigner au prix de sa vie. Plus que de la noirceur,<br /> c'est de l'amertume qui irrigue l'épilogue du Dark Knight Rises. Quand Alfred voit Wayne sur la terrasse d'un café (après tout, malgré le coup du pilote automatique et de la possible survie de<br /> Batman, on ne sait pas si ça se passe vraiment), on pourrait presque voir ça comme le rêve brisé, la vision (hallucinée ?) d'un vieillard qui n'a pas su protéger sa progéniture, mais qui vivrait<br /> dans le fantasme d'y être parvenu (d'où son sourire). Un truc pareil, ça me fend le coeur. Surtout quand c'est par le regard de Michael Caine que ça passe ! :P<br /> <br /> <br /> Sinon, je crois que je comprends un peu ta frustration avec Nolan. Tu voudrais qu'il innove plus, qu'il se jette à l'eau, qu'il se lâche comme un Refn période Pusher<br /> ou Valhalla Rising. Seulement, Nolan est un cinéaste très classique, diablement efficace à mon sens, mais classique. Ca doit être mon amour pour les vieilles casseroles qui me fait adhérer à son<br /> cinéma, même si je rêve aussi de le voir délirer un bon coup avec un de ses prochains films :P<br /> <br /> <br /> <br />
H
La critique est bien construite mais je suis presque en totale désaccord avec le fond.<br /> <br /> Ne pas voir la faiblesse du scénario me paraît totalement incroyable. Il y a des grosses facilités, des incohérences de ton ou même des incohérences tout court. Et puis voir dans ce Batman, la<br /> quintessence du film noir...<br /> Ça doit être une des rares fois où je ne suis vraiment pas d'accord avec toi.
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M
<br /> <br /> Roh, simplicité ne rime pas forcément avec faiblesse. On sent que des scènes manquent, qui auraient pu renforcer la cohérence et le rythme, mais ça ne m'a pas<br /> vraiment choqué. J'espère vraiment qu'elles seront réintégrées au montage pour la sortie vidéo du film. Nolan parle lui-même d'un montage initial de 3h30...<br /> <br /> <br /> <br />
G
Film superbement défendu ! Décidément cette plume...<br /> <br /> D'accord sur pas mal de points, mais certains détours du scénario m'ont déçu (paradoxalement parce que j'ai le sentiment que tout était là pour faire quelque chose de beaucoup plus grand).<br /> <br /> Puissant et perferctible, donc.
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M
<br /> <br /> Merci Gabriel :)<br /> <br /> <br /> C'est sûr que le film n'est pas parfait (d'où la privation de la note maximale), mais ce qui est montré est tellement puissant...<br /> <br /> <br /> Par détours du scénario, tu entends toutes les sous-intrigues concernant les personnages secondaires ?<br /> <br /> <br /> <br />