« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor
Amoureux fou, obsédé, compulsif, quasi exclusif, du cinéma de genre, il m'arrive parfois de m'attacher à certaines comédies. Voici un aperçu commenté de mes favorites.
1) Les Visiteurs, de Jean-Marie Poiré (1993) : pour moi, la meilleure comédie française, dans la mesure où elle se paie le luxe - en plus d'être délirante - d'une facture irréprochable, voire impressionnante, même presque 20 ans après sa sortie en salles. Les décors, les costumes, l'interprétation, le scénario, la musique, le montage... tout est maîtrisé de la première à la dernière seconde. Qui plus est, on a rarement assisté à un aussi grand déluge de répliques cultes. Ma scène fétiche : la rencontre avec la sorcière, un monument de mise en scène, à la fois hilarant et inquiétant, baigné d'une superbe esthétique gothique et d'une musique inoubliable.
2) Les Tontons flingueurs, de Georges Lautner (1963) : comédie culte devant l'éternel, au casting incroyable (Lino Ventura, Francis Blanche, Bernard Blier, Claude Rich...), aux répliques vachardes brillamment écrites par un Michel Audiard déchaîné. Ce monument de la comédie française n'a pas pris une seule ride. Ma scène fétiche : la dégustation d'une bouteille de gnôle qui finit dans un délire total, un grand moment de déconne entre géants du cinéma français.
3) Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, d'Alain Chabat (2002) : l'un des (trop) rares blockbusters français, dopé par un humour décapant, hérité des délires télévisuels des Nuls (Chabat aux commandes) et une mise en scène grandiose, dans des décors pharaoniques. Assurément le meilleur épisode de la franchise Astérix. Ma scène fétiche : le combat façon « manga » opposant Jamel Debbouze et Gérard Darmon.
4) Shaun of the dead, d'Edgar Wright (2003) : une comédie de zombies (genre inventé pour le film) brillamment mise en scène, portée par l'interprétation hilarante du duo britannique Simon Pegg / Nick Frost. Si l'on rit beaucoup pendant presque tout le film, la dernière séquence se révèle être un pur cauchemar, réellement terrifiant. Le passage d'un ton humoristique à la terreur donne l'effet d'un uppercut. Ma scène fétiche : Simon Pegg échafaudant un plan pour sauver sa mère, la répétition du plan est à pleurer de rire.
5) Un Jour sans fin, de Harold Ramis (1993) : un modèle de comédie fantastique, entièrement basé sur la répétition d'une journée, l'enfermement du héros (incarné par Bill Murray) dans un espace-temps étriqué. Le comique de répétition devient haletant dans la mesure où l'on expérimente en même temps que le protagoniste les différents moyens de sortir de la boucle, tous vains jusqu'au dernier, jusqu'à la libération. Ma scène fétiche : les innombrables réveils en musique, presque identiques, de Bill Murray.
6) Le Bal des vampires, de Roman Polanski (1967) : véritable bijou de comédie fantastique aux personnages inoubliables, filmé dans de superbes décors. Polanski fait basculer son film tantôt dans une atmosphère inquiétante, tantôt dans un humour absurde imparable. Ma scène fétiche : le jeune assistant du professeur Abronsius, mort de peur jusqu'au ridicule lorsqu'il s'apprête à enfoncer un pieu dans le thorax d'un vampire endormi.
7) OSS 117 : Le Caïre nid d'espions / Rio ne répond plus, de Michel Hazanavicius (2005/2008) : un modèle de comédie française qu'on ne voit que trop rarement sur nos écrans. Réalisation de grande classe, interprétation génialement rétro, effarante reconstitution des années 60, répliques vachardes, humour absurde, péripéties en pagaille. Un pur bonheur. Ma scène fétiche : en voiture avec un grossier agent secret américain, l'agent OSS 117 se fait copieusement insulter sans même s'en rendre compte (il ne comprend pas un mot d'anglais).
8) La Classe américaine, de Michel Hazanavicius et Dominique Mérerette (1993) : près d'une décennie avant OSS 117, Michel Hazanavicius faisait déjà preuve d'un véritable génie comique avec ce film entièrement constitué de scènes détournées provenant de classiques hollywoodiens. L'excellent et hilarant redoublage donne lieu à des dialogues d'anthologie. Un tour de force technique qui parvient à relater une histoire originale, celle de George Abitbol (alias L'Homme le plus classe du monde), à partir de morceaux de cinéma disparates. Ma scène fétiche : Clark Gable questionné par... Julien Lepers !
9) Snatch, de Guy Ritchie (2000) : une formidable galerie de personnages schtarbés (Tony dents de plomb, Boris le Hachoir, Tête de brique...), dominée par un Brad Pitt déchaîné en boxeur manouche cradingue. Les multiples intrigues du scénario s'enchaînent et s'imbriquent avec une fluidité confondante, à un rythme effréné. Un cartoon live, violent et décalé. Ma scène fétiche : Tony dents de plomb a bien du mal à achever Boris le Hachoir, un mafieux russe increvable...
10) The Mask, de Chuck Russell (1994) : hommage démentiel à l'univers déjanté de Tex Avery, performance comique hors-normes de Jim Carrey, une avalanche de gags aussi inventifs que délirants. Les effets spéciaux n'ont pas pris une ride. Ma scène fétiche : une parodie désopilante de la cérémonie des Oscars.
11) 1941, de Steven Spielberg (1979) : le film le plus méconnu, mais aussi le plus drôle du père d'Indiana Jones. Bordélique, chaotique, hystérique, cette fresque historique burlesque, narrant l'attaque ratée d'Hollywood par un sous-marin japonais, est un véritable tour de force logistique qui s'amuse avec une joie enfantine à tout détruire sur son passage. Jubilatoire ! Ma scène fétiche : la destruction finale de la maison familiale, digne des délires catastrophiques de Laurel et Hardy.
12) Hot Fuzz, d'Edgar Wright (2007) : après le film de zombies, l'auteur de Shaun of the dead s'attaque à la comédie policière, genre casse-gueule par excellence (la sinistre saga Police Academy, notamment...). Edgar Wright s'en sort avec les honneurs, épaulé par son duo comique fétiche Simon Pegg / Nick Frost, en signant la chronique désopilante d'un cador de la police londonnienne relégué dans une campagne anglaise (faussement) tranquille, à cause de son trop grand zèle. Ma scène fétiche : la prise d'assaut « musclée » d'une supérette.
13) La Souris, de Gore Verbinski (1998) : ce pourrait être le pendant en huis-clos du 1941 de Spielberg, un film de « destruction massive », où la plus petite chose (ici, une souris) déclenche une véritable apocalypse. Un humour purement graphique qui fait mouche et un crescendo dans la catastrophe qui maintient notre intérêt jusqu'à la dernière minute. Ma scène fétiche : les piégeurs piégés par des centaines de tapettes à souris qui se déclenchent toutes en même temps autour d'eux.
14) Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin, de John Carpenter (1986) : un film délirant dont l'absurdité, entièrement assumée par son réalisateur, parvient à installer une atmosphère étrange, aux frontières de l'onirisme. Le personnage de loser mythomane incarné par Kurt Russell est irrésistible. Ma scène fétiche : Jack Burton et sa joyeuse bande confrontés à un ennemi qui bande tellement ses muscles pour les impressionner qu'il finit par exploser.
15) Le Téléphone sonne toujours deux fois, de Jean-Pierre Vergne (1985) : premier film méconnu des Inconnus (ils étaient 5 à l'époque), cette comédie policière à l'atmosphère très 80's rend un bel hommage au genre du film noir, tout en en parodiant les codes. Scénario bien ficelé, jamais prétentieux, personnages attachants, gags hilarants... un vrai régal. Ma scène fétiche : la soirée dans la boîte gay (truffée de clichés assumés) qui se termine par une rencontre avec le gérant, un parrain travesti (qui se fait appeler la « Marraine ») incarné par l'excellent Michel Galabru.