« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor
La série « Mes amours » continue sur The Screen Addict ! Adorateur du cinéma de genre, je ne pouvais évidemment pas faire l'impasse sur l'une des familles de films les plus torturées et fascinantes qui soient, à savoir le thriller. Voici un panorama des dix thrillers (la sélection a été rude) qui ont le plus durablement marqué ma sensibilité de cinéphile, et les raisons de mon admiration. N'hésitez à venir partager les vôtres !
Sueurs froides, d'Alfred Hitchcock (Vertigo, 1958) : pour la perfection et la cruauté sans limites de la mise en scène, pour l'atmosphère hypnotique aux frontières du fantastique, pour l'érotisme vaporeux qui émane du personnage incarné par Kim Novak, pour la musique inoubliable de Bernard Herrmann. Mon Hitchcock fétiche ! Scène culte : l'impressionnante poursuite initiale sur les toits de San Fransisco, dont les frères Wachowsky se sont allègrement inspirés pour l'ouverture de leur premier Matrix...

A bittersweet life, de Kim Jee-Woon (Dal kom han in-saeng, 2005) : pour le mélange détonant d'élégance et de barbarie qui nimbe chaque scène, pour le charisme à la fois animal et raffiné de Lee Byung-hun, pour la beauté glaçante de la photographie, pour la dimension proprement électrique des scènes d'action, parmi les plus jubilatoires jamais vues sur un grand écran. Scène culte : l'évasion désespérée du héros, alors qu'il est pris au piège par les sbires du mafieux pour lequel il travaille. Grandiose !

Il était une fois en Amérique, de Sergio Leone (Once upon a time in America, 1984) : pour l'émotion permanente et déchirante qui se dégage de chaque scène, pour la classe immense de Robert de Niro et James Woods, pour la beauté « proustienne » du scénario, pour la composition musicale mélancolique d'Ennio Morricone, pour le travail d'orfèvre des décorateurs, visible à travers une reconstitution ahurissante de la Grande Dépression. Pour moi, le plus beau film de Sergio Leone. Un chant du cygne, dont on ne voit pas les 4 heures passer. Scène culte : un enfant tombe sous les balles policières ; la tristesse plus forte que l'horreur...

Le Parrain, de Francis Ford Coppola (The Godfather, 1972) : pour la bouleversante dimension « familiale » apportée au récit, décuplant notre identification aux Corleone, qui demeurent pourtant un cercle de pourris cruels aux méthodes les plus barbares, pour l'intimisme assumé de la mise en scène et l'interprétation monstrueuse de Marlon Brandon. Scène culte : le montage parallèle d'un baptême et d'un massacre organisé. Aussi effroyable que sublime !

Le Nom de la Rose, de Jean-Jacques Annaud (The Name of the Rose, 1986) : pour l'originalité du sujet - un thriller médiéval - (permise grâce au roman original d'Umberto Eco), pour la mise en scène en huis clos qui fait du décor du monastère (dont on explore avec fascination les moindres recoins) le personnage principal du film, pour le duo inoubliable formé par Sean Connery et Christian Slater, pour le suspense macabre distillé par le scénario, pour la musique aussi sombre que minimaliste de James Horner. Scène culte : la découverte de la vérité dans la bibliothèque cachée du monastère, l'un des dénouements de thriller les plus palpitants.

M. le Maudit, de Fritz Lang (M - Eine Stadt sucht einen Mörder, 1931) : pour la figure de tueur cauchemardesque forgée pour l'éternité par un Peter Lorre terrifiant (idée aussi géniale qu'évidente d'un visage poupin comme écrin du mal le plus absolu), pour la modernité hallucinante de la mise en scène de Lang (nombre de thrillers actuels ne lui arrivent toujours pas à la cheville en termes de montage, de construction et d'efficacité dramatique), pour le sifflotement maladroit – et indélébile – d'un air de Peer Gynt par le tueur, qui revient comme un leitmotiv de plus en plus effrayant. Scène culte : la longue poursuite du tueur par les autorités (le traqueur devient traqué), ou comment Lang renverse nos perceptions établies avec brio.

Les Chiens de paille, de Sam Peckinpah (Strawdogs, 1971) pour la sécheresse pourtant éprouvante de la mise en scène, pour l'interprétation à contre-emploi d'un Dustin Hoffmann qui fait preuve d'une sauvagerie aussi insoupçonnée que perturbante, pour le traumatisme engendré par la scène centrale du viol, d'une horreur sans nom, pour la radicalité assumée d'un scénario comme on en voit de plus en plus rarement aujourd'hui. Scène culte : la défense par le héros de son territoire, ou comment un insignifiant professeur de mathématiques se transforme en champion de la rétribution. Malsain et jubilatoire !

La Nuit du Chasseur, de Charles Laughton (The Night of the Hunter, 1955) : pour l'atmosphère de conte cruel qui plane sur le film, pour la beauté incroyable de la photographie (noir & blanc, clairs obscurs saisissants), pour l'interprétation de premier ordre de Robert Mitchum, inoubliable en prêtre rongé par le mal et la perversité, pour la dimension métaphorique jamais lourdingue du scénario (perte de l'innocence), pour le suspense incandescent de la dernière séquence. Scène culte : la descente desespérée d'une rivière par deux enfants traqués...

Basic Instinct, de Paul Verhoeven (1992) : pour la perversité des images de Verhoeven, pour l'interprétation vénéneuse de Sharon Stone, pour la musique entêtante de Jerry Goldsmith, pour le trouble érotique malsain provoqué par les scènes de sexe (aussi magnifiquement mises en scène que cruciales sur un plan dramatique), pour l'hommage vibrant rendu à Hitchcock, que Verhoeven admire. Scène culte : l'interrogatoire subi par Catherine Tramell, ou comment l'interrogée devient implacablement interrogatrice. Épatante inversion d'un rapport de forces et séquence emblématique du « girl power » cher à Verhoeven.

Scarface, de Brian de Palma (1983) : pour l'interprétation hors-normes d'Al Pacino, qui a su créer à partir d'un vulgaire petit délinquant cubain une véritable icône universelle du cinéma contemporain, d'une mégalomanie aussi fascinante que poignante dans sa gloire puis sa déchéance inéluctable, et dont chacun de souvient des répliques près de 30 ans après la sortie du film. Scène culte : Tony Montana vient régler ses comptes, d'une seule main (l'autre étant estropiée), avec son premier boss et un flic corrompu. Un monument de tension.

Et pour quelques bobines de plus : Le Samouraï, de Jean-Pierre Melville (1970), La Mort aux trousses, d'Alfred Hitchcock (1959), Chinatown, de Roman Polanski (1974), Blow Out, de Brian de Palma (1981), Le Silence des Agneaux, de Jonathan Demme (1990)