« Le cinéma, c'est comme l'amour. Quand c'est bien, c'est formidable. Quand c'est pas bien, c'est pas mal quand même. » George Cukor

Après avoir incendié sa voiture, un jeune Turc sauve in extremis un médecin des flammes. Rongé par sa conscience, il ne peut se résoudre à accepter la médaille du courage que le gouvernement veut lui remettre. Premier point positif, Pascal Elbé préserve son film du pire : on aurait pu craindre un pseudo-brûlot didactique et moralisateur sur le « cas des banlieues », il n'en est rien. C'est à une pure tragédie que l'on a affaire. Moderne, urbaine, sombre, torturée, intense et tendue à craquer, construite autour du dilemme du jeune incendiaire. Empruntant la voie du thriller, l'acteur-cinéaste libère son histoire des codes du film social pour lui donner un rythme fiévreux, une noirceur d'ébène, des explosions de violence redoutables. Bâti comme une œuvre chorale, Tête de Turc fait s'entrecroiser de multiples destins. Les trajectoires des personnages, bouleversées et connectées par l'incendie de la voiture, nous sont dépeintes avec une nervosité et une âpreté effrayantes. L'intrigue est une véritable descente aux enfers, filmée en caméra portée (jamais hystérique), au plus près des corps et des visages.
S'écartant de tout jugement facile sur le monde des banlieues françaises, Pascal Elbé nous en livre une vision lucide, désenchantée et finalement très universelle. Le quartier où se déroule l'action a tout à voir avec celui de Gran Torino, où un vieil Américain grincheux se confronte à des gangs asiatiques. Dans tous les cas, « c'est un univers morne, à l'horizon plombé, où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème. » Au milieu d'un chaos entaché de sang et d'ombres, on retiendra surtout l'inoubliable figure de mère, fière et fragile, incarnée par Ronit Elkabetz, impressionnante de force et de désespoir. A elle seule, elle rattraperait presque tous les malheurs semés par les mâles belliqueux qui l'entourent. Éclat ténu de dignité dans les ténèbres de la barbarie.
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