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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 04:00

empireofthesunfan

Une surprise de taille ! Sorti il y a vingt-trois ans, en 1987, Empire du soleil de Steven Spielberg n'a pas pris une seule ride. La raison est évidente : il s'agit moins d'un film de guerre, que d'un conte halluciné et intemporel. L'errance douloureuse d'un enfant abandonné au milieu du chaos, confronté à l'horreur d'un camp japonais dans la Chine de 1945. L'âpreté historique est intelligemment contrebalancée par la beauté et le lyrisme des images, sans pour autant être occultée. Le « cinéaste de la lumière » se permet de puissantes audaces visuelles, comme la vision lointaine de l'explosion d'Hiroshima à travers les yeux du petit héros, qui croit que Dieu vient de photographier la terre. La scène est bouleversante : au milieu d'un cimetière de bibelots fracassés, tenant la main d'une mourante, l'enfant ne comprend pas ce qu'il voit. La femme affalée à ses côtés rend son dernier souffle en même que les milliers de victimes de la bombe nucléaire.

Tout est affaire de vision ici. Vision de l'histoire, vision innocente de l'enfance : Spielberg fait se mêler, avec la maestria qui est la sienne, le collectif et l'intime. Les pires atrocités à travers les yeux d'un orphelin perdu. À défaut d'une légitimité, il tire de ce regard une sincère puissance d'évocation. Spielberg n'est pas un historien, mais un cinéaste surdoué, contemplant de face des faits tellement traumatisants qu'on serait tenté de les oublier. Plus qu'un simple devoir de mémoire, il cherche à construire une remémoration visuelle et vivante, sans jugement, des grandes tragédies historiques. Quelques années plus tard, il prêtera encore ses yeux à l'Histoire, avec La Liste de Shindler, Il faut sauver le soldat Ryan et Munich.

Empire du soleil est un grand film malheureusement oublié dans l'œœuvre déjà colossale de Spielberg. Pour peu qu'on se donne la peine de le (re)voir, on y découvre avec jubilation et tendresse le premier rôle d'un tout jeune Christian Bale (le futur Batman de Nolan), déjà débordant de talent. Son personnage fait penser au petit Antoine Doinel des 400 Coups. Un écho émouvant, quand on connaît l'admiration que Spielberg a toujours témoigné à François Truffaut. Plus qu'un hommage à un cinéaste disparu, un dialogue entre deux films.

4,5sur5

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