The Avengers

Le défi paraissait presque impossible. Après les suites décevantes de franchises moribondes signées Marvel (Iron Man 2, L'Incroyable Hulk) et quelques opus aussi sympathiques que frustrants (Captain America, Thor), comment en réussir la synthèse au sein d'un seul et même long métrage ? Comment donner un second souffle à un univers graphique jusqu'à présent effleuré, timidement illustré lors de ses innombrables passages au cinéma ? La solution adoptée par Joss Whedon est radicale : faire un bon vieux film à l'ancienne. Exit le cynisme en vogue et la faiblesse de caractère des blockbusters actuels, le père de Buffy contre les vampires nous livre avec Avengers un véritable chef-d’œuvre de divertissement, un objet de plaisir audio visuel absolu, tellement jubilatoire qu'on se croirait littéralement revenu au temps béni des Last Action Hero et autre Cinquième Élément. Un temps où le cinéma populaire savait encore nous transporter.

Construit sur le principe toujours diablement efficace du « Mac Guffin » (un objet de grande valeur convoité par différents actants), le scénario des Avengers gravite autour de la possession d'un artefact cosmique, le Tesseract, renfermant une source de puissance infinie. Nick Fury (Samuel L. Jackson), directeur d'une agence de sécurité internationale (le S.H.I.E.L.D.), tente de rassembler en catastrophe une équipe de super-héros afin de récupérer le Tesseract, dérobé par Loki (dieu d'Asgard et frère de Thor) dans le but d'asservir l'humanité. L'intrigue, si elle paraît simple en apparence, gagne en complexité en retardant sans cesse son enjeu majeur, en refusant de prendre pour point de départ une évidence, à savoir la réunion des différents héros. Cette réunion, sans cesse différée par des conflits d'ego (narcissisme de Tony Stark, réserve de Bruce Banner, soif de justice de Captain America, obsession du contrôle de Nick Fury...) ou par la malveillance de Loki qui cherche à les diviser, devient sous la plume de Whedon une véritable problématique, un moteur dramatique paradoxal déployant une montée en puissance implacable sur toute la durée du film.

En faisant de la création épineuse de sa dream team le nerf et la destination de sa narration, Whedon orchestre avec un sens du rythme inouï un spectacle virevoltant où les morceaux de bravoure comme les accalmies s'enchaînent idéalement, au gré d'un montage à la fluidité renversante. Démarrant sur les chapeaux de roues par une séquence apocalyptique qui nous rappelle allègrement le finale de la série Buffy, pour s'achever sur une bataille épique alignant des plans séquences sidérants de dynamisme et des tableaux pétrifiants de grandeur, Avengers s'impose d'emblée comme l'adaptation la plus impressionnante et la plus jouissive de l'univers Marvel. Conscient des limites des précédents opus adaptés (X-Men, Daredevil, Hulk, Les Quatre Fantastiques...), Whedon semble guidé à la fois par la volonté de nous offrir la pleine mesure des super-pouvoirs de ses protagonistes et celle d'en livrer une vision résolument personnelle. Adoptant la distance parfaite vis-à-vis de son sujet, Whedon fait montre d'une aisance graphique et d'une liberté de ton proprement réjouissantes, ne refusant jamais la désacralisation quand elle lui permet de nous rendre tel ou tel héros plus attachant. Traversé par un festival de répliques ciselées, un sens de l'humour cartoonesque et un second degré ravageur n'occultant point pour autant certaines questions de fond plutôt inquiétantes (l'engrenage paranoïaque gangrenant l'Amérique actuelle, la soif de pouvoir, l'autonomie et la folie meurtrière des organismes militaires...), Avengers nous délecte à la fois par sa décontraction assumée et sa maîtrise formelle incontestable.

Non content de se placer avec jubilation au croisement du film d'action à l'ancienne et du space opera, le film de Joss Whedon se paie le luxe d'une réelle beauté visuelle toujours au service de sa construction dramatique en crescendo : les scènes liminaires, baignées dans les ombres effrayantes d'une interminable nuit de cauchemar, laissent place à un spectacle de plus en plus lumineux, jusqu'à un affrontement final résolument solaire, ne nous laissant perdre aucune miette d'une action titanesque lancée contre un bestiaire maléfique à la splendeur ténébreuse. Une beauté plastique de tous les instants, reposant également, en grande partie, sur le glamour imparable d'une inoubliable galerie d'acteurs qui se partagent l'affiche sans jamais se dévorer les uns les autres. Car, s'il joue à la manière d'un enfant, à travers un regard simultanément émerveillé et amusé, avec les figures illustres de l'écurie Marvel, Whedon témoigne en permanence de sa passion sans bornes pour les comics, donnant aux héros de sa jeunesse leur lustre et leur puissance originels, prenant ainsi au pied de la lettre l'expression « personnages hauts en couleurs ». Dans un respect total vis-à-vis de son matériau graphique, le père de Buffy dépeint avec brio des caractères forgés non pas en profondeur (et c'eût été une grossière faute de goût que de verser dans une quelconque épaisseur psychologique...), mais grâce à un art de la surface jamais superficiel, un art de la forme immédiate, un art du spectacle fédérateur dans sa simplicité, à la portée de tous. Avec ses Avengers, Whedon concrétise un rêve d'enfant en même temps qu'un divertissement de rêve ; une fresque ambitieuse, grandiose et décomplexée, renouant avec le pouvoir d'enchantement du grand cinéma populaire. Vivement la suite !

5sur5

Mardi 1 mai 2012 2 01 /05 /Mai /2012 18:16
- Par Magusneri - Publié dans : Super-héros
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projet-x-

Après le film de monstre (Cloverfield), le film d'horreur (The Silent House) ou encore le film de super-héros (Chronicle), le style tremblotant de la caméra subjective s'attaque au teen movie avec Projet X, objet filmique étrange, à la croisée improbable des déboires sexuels d'American Pie et de la folie destructrice de The Party de Blake Edwards (la classe en moins). Nulle trace de scénario à l'horizon (trois ados organisent une méga teuf dans l'unique espoir de tremper leur biscuit), Projet X, comme tous les autres essais du genre, s'inscrit dans la pure logique « amatrice » d'un found footage qui suivrait l'action en temps (presque) réel, se foutant royalement de toutes les règles relatives à la narration, au cadrage et au montage. Si certaines séquences parviennent à nous arracher quelques éclats de rire (nerveux ?) par leur charge absurde (un ex-militaire fou furieux excité du lance-flamme, un nain colérique et bagarreur enfermé dans un four) et même si l'ennui ne s'installe jamais, force est de constater que l'intérêt du film avoisine presque en permanence le niveau zéro de la création cinématographique.

Encore moins légitime qu'un 11 Commandements, qui avait au moins le mérite de ne pas masquer sa gratuité derrière une pseudo fiction, Projet X se révèle comme la définition même du fun dans nos sociétés actuelles : une gigantesque orgie de crétinerie aussi superficielle qu'éphémère, un cache-misère face au néant existentiel qui habite la jeunesse d'aujourd'hui, vivotant sans valeurs ni repères (le cul, l'alcool, le cul et... encore le cul). L'ambiguïté de la position du film par rapport à ce fléau – on pourrait y voir simultanément l'apologie et la critique bourrine de l'homo festivus – porte en elle la nonchalance tragique qui caractérise cette jeunesse bicéphale, écartelée entre son propre malaise et son besoin viscéral de divertissement décérébré. De ce point de vue, on peut dire sans ambages que Projet X est une sacrée réussite. Déjà vouée à l'oubli...

1,5sur5

Lundi 16 avril 2012 1 16 /04 /Avr /2012 10:36
- Par Magusneri - Publié dans : Comédie
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cloclo

À l'heure où la cinéphilie se complaît dans l'adoration souvent cynique d'un alambiquage formel et structurel proclamé aveuglément comme une marque péremptoire de génie créatif, ou, au contraire, dans la célébration de ce faux amateurisme en vogue (peut-être véridique après tout...), ivre de réalisme et de trivialité, se gargarisant jusqu'à la nausée de plans tremblotants et hideux, montés grossièrement, quelques réalisateurs restent fidèles à la conception originelle – malheureusement de plus en plus perdue de vue – du cinéma comme un art populaire. Florent Emilio Siri, auteur de Nid de guêpes (revisitation moderne et explosive du genre du western) et de L'Ennemi intime (chronique effrayante de la guerre d'Algérie) fait assurément partie de cette petite famille de cinéastes qui croient encore à la puissance de l'image pure et à l'efficacité d'une écriture simple mais jamais simpliste.

Expression exemplaire de cet art à la fois populaire et esthétiquement exigeant, Cloclo s'impose d'emblée comme l'un des films français les plus ambitieux de ces dernières années. Exploration aussi fascinée que fascinante d'une icône de la chanson, le biopic orchestré par Siri résonne à première vue comme un hommage sincère au mythe de Claude François, sans pour autant tomber dans les travers et clichés de l'hagiographie ou de la diabolisation, malgré une insistance sur son caractère tyrannique. Le scénario, d'une fluidité confondante, pourrait se résumer à « Claude François, l'homme, sa vie, son œuvre », mais c'est justement dans cette simplicité structurelle qu'il parvient à saisir toute la complexité de son personnage. Car c'est bien à un personnage que l'on a affaire, incarné par un Jérémie Renier saisissant de mimétisme et vampirisant l'écran, un vrai personnage de cinéma dont les zones d'ombres et de lumière, l'énergie et le désespoir, le sourire comme les écorchures, donnent une âme au récit.

Optant, à l'instar de Richet et sa vision de la vie de Mesrine, pour une narration purement linéaire, Siri bâtit son film comme une course implacable, celle d'un homme en manque de reconnaissance vers les étoiles de la gloire. Des étoiles fabuleuses qu'il percevait déjà, gamin, dans les reflets aveuglants des eaux du Canal de Suez. Le cinéaste nous entraîne au cœur du mythe Claude François, de l'intérieur, à travers les splendeurs et les misères d'une vie tellement incandescente qu'on a littéralement la sensation qu'elle était destinée à devenir un film, un drame cinématographique. Si l'on est bien emporté par le tourbillon irrésistible des scènes chantées, toutes splendides (concerts, enregistrements en studio...), si l'on frissonne face aux mésaventures intimes du chanteur, ou si l'on se sent parfois indigné par son caractère de salopard odieux, la plus grande fascination suscitée par le film repose sur le subtil jeu de miroir opéré entre le personnage de Claude François et la figure du cinéaste, réunis autour d'une même soif, presque maladive, de contrôle. Plus qu'un personnage de cinéma, le chanteur devient sous la caméra de Siri le metteur en scène de son propre destin : métaphoriquement scénariste, décorateur, directeur d'acteurs (sa famille, ses amis, ses employés ne sont que des pantins sur la scène de sa vie) et même cadreur (Claude François tenant une caméra super 8 n'est pas une image innocente), le personnage devient peu à peu le reflet du réalisateur, voire son porte-parole dans la foi inébranlable qu'il témoigne envers la chanson populaire. Moins simpliste et gratuit qu'il n'en a l'air, le film de Siri se révèle être ni plus ni moins une déclaration d'amour transi à cet art populaire bien fait (cinéma ou chanson) de plus en plus dénigré, mais néanmoins fédérateur, d'une portée universelle.

D'une justesse éblouissante dans son exhaustivité, cette vision de la vie de Claude François, qui en épouse le souffle toujours haletant, se déploie dans nos rétines et nos cœurs comme un long frisson, un crescendo intense qui nous heurte autant qu'il nous bouleverse. Comment ne pas verser une larme face à la puissante scène du Royal Albert Hall, où la chanson « Comme d'habitude » vient résonner comme un requiem en laissant entrevoir, au faîte de la gloire du chanteur, un épuisement mortel dans son regard. Fatigue fatale et sublime, aux airs d'adieux déchirants, d'un véritable météore humain, qui a brûlé tragiquement les ailes de sa folle existence en touchant le soleil trop ardent de ses rêves. L'artiste est mort. Vive l'artiste !

4,5sur5

Mercredi 21 mars 2012 3 21 /03 /Mars /2012 07:22
- Par Magusneri - Publié dans : Drame
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a bittersweet life

Administrateur impitoyable d'un grand hôtel de luxe pour le compte d'un patron de la pègre, Kim Sun-woo est un homme d'habitudes, un être de rituels, ivre de contrôle, réglant son existence à la manière d'un métronome. Jusqu'au jour où sa routine vole en éclats, quand son boss lui demande de surveiller l'une de ses maîtresses et de l'éliminer s'il découvre qu'elle le trompe. Kim tombe sous le charme de la jeune femme et lorsqu'il la surprend dans les bras d'un autre homme, il renonce à exécuter l'ordre de son chef en lui laissant la vie sauve. Accusé de trahison, il devient ainsi la cible de son propre gang et d'une faction rivale, dont il vient d'attiser la haine...

Après Deux sœurs, splendide film d'épouvante où l'horreur se teintait d'une touchante mélancolie, Kim Jee-woon revisite avec A bittersweet life le genre du film noir, à travers une fresque citadine rendant un hommage vibrant au Samouraï de Jean-Pierre Melville. S'il conserve bien les principaux codes du genre (héros solitaire et ténébreux, nombreuses scènes nocturnes, ambiance étouffante), le cinéaste coréen parvient néanmoins à les contourner au profit de la construction d'un univers très personnel, caractérisé par un mélange des tons explosif, un art unique de la rupture et du décalage. « Le monde est trop absurde pour qu'on le représente de manière sérieuse au cinéma. Le monde est cruel, chaotique et ridicule » confie Kim Jee-woon. Sur le velours noir de son récit (la chute et la revanche sanglante de Kim Sun-woo), il vient ainsi greffer quelques savoureux fragments d'humour absurde (dont une confrontation aussi tordante que mémorable avec des marchands d'armes crétins), faisant basculer le polar vers une théâtralité étrange et fascinante. Thriller drôlement brutal, A bittersweet life sait aussi se montrer touchant lorsque la soif de sang vengeresse du héros laisse sourdre de ses blessures les lambeaux d'un mélodrame écorché, celui d'un amour impossible, d'une humanité inatteignable.

Bâti sur le déchirement de son protagoniste, dont la chute est provoquée par une perte totale de contrôle, le drame du film se déroule en suivant un crescendo implacable, d'une intensité foudroyante. L'occasion rêvée pour Kim Jee-woon de nous livrer des morceaux de bravoure ahurissants, douloureusement jubilatoires, s'inscrivant instantanément parmi les plus virtuoses du genre, de la séquence d'ouverture fracassante, qui explore dans ses moindres recoins le décor de l'hôtel où travaille le héros, à une fusillade finale d'anthologie où le sang coule à flots, en passant par l'évasion de Kim depuis un hangar où il est retenu prisonnier. Une batterie de téléphone portable, un bout de bois enflammé, une armée de sbires, la rage infinie du héros, et nous voilà plaqués au fond de nos sièges, les ongles plantés dans les accoudoirs. Mais l'ampleur des scènes d'action, si elle repose en grande partie sur la nervosité du montage et le réalisme agressif des combats, ne serait rien sans la performance électrique du fidèle Lee Byung-hun (que l'on retrouvera dans Le Bon, la brute et le cinglé puis J'ai rencontré le diable, du même auteur), qui s'investit corps et âme dans son rôle, incarnant avec une ferveur aussi discrète que ravageuse les blessures de son personnage.
Aussi à l'aise dans la baston que dans l'intimisme mutique des scènes d'accalmie, l'acteur fétiche de Kim Jee-woon donne au film une âme inoubliable. Gueule d'ange semeuse de mort, pétrie d'innocence et de fureur, d'élégance, de délicatesse et de barbarie (Kim déguste un sublime gâteau au chocolat noir - douceur amère par excellence - ou reboutonne sa veste de costard avant d'aller poutrer de la racaille). Le destin de Kim nous touche, d'abord par la tragédie qui s'abat sur lui mais surtout par son aspiration (sans cesse entravée) à une vie meilleure, une autre existence fantasmée loin de toute brutalité. Paradoxe troublant, Kim est une incarnation pure de la violence, rêvant en permanence à l'affranchissement de sa propre nature.
L'impossibilité de cette libération, apparaissant comme aussi utopique qu'absurde, emblématise la vision de la nature humaine par le cinéaste. Une vision noire, profondément pessimiste, mais d'une beauté bouleversante dans les horizons lumineux qu'elle effleure. Si A bittersweet life est un film ténébreux et brutal, toute sa précieuse substance pourrait bien résider dans son point aveugle, révélé ultimement lors d'un déchirant contre-champ : le sourire d'un homme répondant au regard d'une femme... de la musique... puis une larme émergeant d'un océan de sang... Puissance silencieuse d'un bonheur seulement frôlé, d'un rêve injustement mutilé. Puissance d'un cinéma qui parvient à étreindre les cœurs au détour d'un seul plan, d'une simplicité désarmante, et à graver, sur l'écran noir de ses images obsédantes, la douceur éphémère et les amertumes de la vie. Du très grand art !

5sur5

banniere semaine cine coreen

Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 19:00
- Par Magusneri - Publié dans : Policier / Thriller
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the moralist 3d

C'est désormais officiel, un vent de changement vient de souffler dans le morne paysage de la cinématographie française. Il y a pourtant de cela plus de deux ans, personne n'avait pris au sérieux les paroles de Mathieu Kassovitz, excédé par le manque d'ambition flagrant de ses confrères, lorsqu'il avait annoncé, à l'ouverture du festival de Cannes 2012, qu'il se lancerait dans un remake croisé de The Artist et de Transformers, dans l'espoir, disait-il, de « sensibiliser les masses sur la manipulation « enculeuse » des majors américaines et la bassesse de notre cinéma national ».

The Moralist 3D, à la fois écrit et mis en scène par Kassovitz, et produit par Michael Bay en personne (qui depuis l'échec cuisant de Transformers 5 s'est lancé dans un vaste projet de rédemption artistique), vient donc de sortir sur nos écrans. Et autant le dire d'emblée, le résultat dépasse largement tout ce que l'on pouvait espérer. Non content de nous livrer un film d'action décomplexé à l'intrigue truffée de rebondissements fracassants et de morceaux de bravoures démentiels (héritiers crépusculaires d'une ère « transformiste » désormais révolue), le père du sous-estimé L'Ordre et la Morale nous propose dans le même temps une méditation vertigineuse sur la notion de libre-arbitre, à travers le destin chaotique du robot philosophe et guerrier Optanus Frime, auquel le génial John O'Garden (Jean Dujardin, auto-rebaptisé depuis son deuxième triomphe aux Oscars 2013) prête sa voix, avec toute la subtilité de jeu qu'on lui connaît. Scénario sans temps morts ménageant habilement des instants de pure réflexion métaphysique, dialogues ciselés et répliques cultes en pagaille (« Enculer ou ne pas enculer le cinéma français ? » ; « Silence, Optanus ! »), galerie inoubliable de personnages attachants, virtuosité folle du montage, lustre ahurissant d'un puissant noir & blanc et utilisation quasi poétique d'une 3D qui repousse ici les limites de la technologie numérique (Avatar 2 : Revenge of the Earth, dont la sortie est programmée pour décembre, n'a qu'à bien se tenir...), The Moralist 3D est un éblouissement audio visuel de tous les instants.

Faisant preuve d'une maîtrise technique aussi bluffante que permanente (le cinéaste n'a visiblement pas perdu la main après sa retraite forcée de quelques mois sous les cocotiers de Miami), Kassovitz construit une fable aussi spectaculaire qu'engagée, qui n'a pas fini de réinterroger la néantise des habituelles productions françaises à l'aune d'un art hollywoodien réinventé, celui du bourrinage éclairé. A l'image de ce plan séquence d'anthologie qui suit l'intrusion vengeresse d'Optanus Frime et de son commando d'androïdes mutants dans le Théâtre du Châtelet pendant la Cérémonie des Césars... un festival pyrotechnique d'une pertinence admirable ! Lorsque le robot tire des godes explosifs sur le postérieur de chaque spectateur, c'est plus que de la fureur destructrice que l'on décèle dans son regard métallique, c'est toute la détresse et l'absurdité de sa condition. Quant à l'anéantissement total du territoire français (par un déluge de missiles nucléaires) qui clôture le film, et que certains journalistes ignorants ont cru bon de juger infantile et crétin, c'est assurément l'expression visuelle la plus puissante du désespoir qu'on ait vu depuis longtemps dans nos salles obscures.

Ayant tiré les leçons de ses échecs et frustrations passés, Kassovitz se lâche comme jamais et accouche d'un classique instantané du cinéma populaire, tenant ainsi une promesse que l'on avait toujours cru impossible : la naissance d'un art brillamment balourd, capable de fédérer à la fois les partisans de Fast & Furious et de Citizen Kane. Face à un tel pouvoir de communion, on ne peut que s'incliner et en redemander. Vivement la suite et chapeau l'artiste ! La preuve vivante que tout est possible dans ce « monde de merde » !

5sur5

Par Magusneri, le 13/10/2014.


Lundi 27 février 2012 1 27 /02 /Fév /2012 22:52
- Par Magusneri - Publié dans : Drame
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cheval de guerre war horse

Après les égarements numériques d'un quatrième volet d'Indiana Jones bien inégal et d'une adaptation sans âme, sans doute surestimée, des Aventures de Tintin, Steven Spielberg retrouve enfin son aura d'immense cinéaste populaire en nous offrant avec Cheval de guerre un film magnifique, aux accents délicieusement rétro, doublé d'un vibrant hommage aux grandes fresques d'antan. C'est avec des yeux d'enfants émerveillés que nous suivons le périple chaotique de Joey, cheval de ferme devenu monture de guerre par des circonstances tragiques (éclatement de la Première guerre mondiale), arraché de force à son Devon natal et son jeune maître Albert, passant d'un camp à un autre, de propriétaire en propriétaire (un officier de l'armée anglaise, une gamine française...) au gré des convulsions de l'histoire.

Bâti sur un galop dramatique incessant, porté par un casting aussi habité que généreux (Emily Watson, Peter Mullan, Benedict Cumberbatch, Niels Arestrup, David Thewlis...) et une composition musicale somptueuse du fidèle John Williams, traversé par des morceaux de bravoure tour à tour éprouvants et épiques (une charge de cavalerie qui tourne à la boucherie, une offensive anglaise cauchemardesque, la traversée enfiévrée de la ligne de front par le cheval Joey...), Cheval de guerre renoue avec la tradition des grandes fresques hollywoodiennes. Spielberg parvient à nous transporter en nous offrant un grand film à l'ancienne, d'une beauté visuelle miraculeuse (couleurs flamboyantes, charme discret du frémissement argentique), d'une belle ampleur romanesque et d'une force de suggestion parfois suffocante (une terrible mise à mort filmée de derrière les pales d'un moulin...), un film pétri de valeurs simples mais toujours touchantes, qui nous parlent sans cesse et nous frappent en plein cœur, jusqu'aux larmes. Un film humain, à regarder sans cynisme aucun, à des années lumière de la froideur virtuelle des Aventures de Tintin. Un retour aux sources salutaire pour l'auteur inspiré d'Empire du Soleil et de La Liste de Schindler.

S'écartant volontairement de la grande route de l'histoire pour en explorer les interstices et y déployer une fiction, une vision personnelle fondée sur l'humain, Cheval de guerre, comme tous les autres films de son auteur s'appuyant sur un fond historique, n'est en rien une fresque sur le premier conflit mondial, mais plutôt un regard particulier explorant les zones d'ombres – et de lumière – de ce conflit, à ceci près que ce regard est celui de Joey, le fameux cheval du titre. Spielberg construit ainsi, pour la première fois dans son œuvre, un fil rouge dramatique épousant le point de vue d'un animal. Évitant habilement les écueils de l'aventure animalière (notamment son caractère a priori infantile), le cinéaste filme le cheval comme un objet de fascination universelle, un être miroir (image saisissante d'une silhouette d'enfant reflétée dans l’œil de la bête), un symbole majestueux de communion, à la fois actant tragique du théâtre de la guerre et vainqueur de la barbarie, révélateur paradoxal d'éclats d'humanité au cœur même des ténèbres.

Car ce qui intéresse Spielberg, via la mise en scène du cheval, c'est toujours l'humain, ou plutôt ce qui reste de l'humain – sa lumière – dans un contexte aussi noir et violent que celui de la guerre. Un thème qui lui est cher. C'est en revenant aux sources d'un cinéma profondément humain et résolument artisanal, au sens noble du terme, que Spielberg renoue enfin avec l'émotion fédératrice, cette innocence un rien désenchantée, qui a forgé sa légende. La preuve vivante qu'il est encore possible de faire de bons films dans de vieilles casseroles, mais surtout de rendre hommage aux anciens tout en affirmant son propre talent. Avec les dernières images de Cheval de guerre, d'une sérénité bouleversante, c'est tout son amour du cinéma que Spielberg partage avec nous, un cinéma simple et puissant qu'il nous donne sans compter. De la lumière, de la musique et des hommes... Et une innocence retrouvée. Tout simplement le plus beau film de ce début d'année.

4,5sur5

Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 00:47
- Par Magusneri - Publié dans : Action / Aventure
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martha marcy may marlene

Martha a peur. Martha est seule. Seule face à ses démons. Seule face aux souvenirs, aux cauchemars qu'elle a vécus au sein d'une communauté apparemment angélique, coupée du monde, qui lui avait promis le paradis. Jusqu'au jour où ce paradis s'est enténébré, quand les anges ont révélé leur noirceur. Martha a peur. Martha est seule. Elle s'est arrachée à l'emprise des anges noirs, elle s'est réfugiée chez sa sœur – qu'elle n'a pas vu depuis deux ans, dans l'espoir de leur échapper. Mais le danger s'est-il vraiment évaporé ? Martha a peur. Peur qu'ils reviennent la chercher, pour abuser de nouveau d'elle. Peur qu'ils reviennent la capturer pour l'enfermer encore dans leurs délires macabres où la mort n'est que beauté... Mais la menace est-elle tangible ? Martha délire-t-elle ? Son séjour dans la secte n'était-il qu'un mauvais rêve ?

Le maître mot du premier film de Sean Durkin est bien celui du doute, et ce dès son titre, qui jette le trouble sur l'identité de son héroïne en fragmentant son patronyme : Martha Marcy May Marlene. Identité fracturée, fracassée, d'une jeune femme à la personnalité fragile, aussi frêle que du verre, incarnée avec une belle fébrilité par Elizabeth Olsen. Martha hante nos rétines, autant qu'elle est hantée par ses propres visions, avec son regard perdu et son corps – magnifique – qu'elle semble aussi peu maîtriser que son âme. Habitée par une force dérisoire, Martha apparaît tour à tour vulnérable (les hommes de la secte abusant de sa chair) et impénétrable, un être-mystère dont on ne saura jamais de quoi il est réellement pétri. L'occasion rêvée pour le cinéaste de balayer nos repères au sein d'un drame volontairement éthéré : si l'héroïne est clairement définie comme la clé d'une énigme (mentale ?) qui la dépasse autant qu'elle dépasse ses proches, et par voie de conséquence le spectateur, nulle serrure à l'horizon, nul élément de résolution.

Seulement, si le scénario et son écrin visuel (définition douce, images constamment brumeuses) se mettent aisément au service de ce flou, ils deviennent malheureusement les inconvénients de leur propres qualités esthétiques, finissant par perdre de vue les ficelles du drame et par laisser s'étioler l'attention du spectateur. Ainsi le film n'échappe pas à de redoutables longueurs, à d'immenses flottements, distillant dans sa deuxième moitié un ennui regrettable. Aussi regrettable que la faible exploitation du caractère cauchemardesque de la secte dans laquelle Martha aurait vécu. En dehors de quelques scènes de crise à l'intensité électrique, l'intrigue ne nous convainc qu'à moitié des raisons de son départ, la menace pesant sur la jeune femme s'avère trop molle pour qu'on y croie. Et cette mollesse est telle que le dénouement nous apparaît comme exagérément abrupt, comme tronqué d'une image, voire d'une scène essentielle. Cette fin, qui pourrait néanmoins relever d'une volonté du cinéaste de briser soudainement le rythme (trop) langoureux de l'intrigue, résume à elle seule la portée du film et ses ambiguïtés, ses qualités et ses limites. Un drame certes lent, mais suffisamment hanté par des images obsédantes pour retenir notre attention. Pour un premier long-métrage, c'est déjà du beau travail !

3sur5

Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 03:17
- Par Magusneri - Publié dans : Drame
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albert nobbs

« Le rêve extraordinaire d'une vie ordinaire. » Sérieusement ? Plutôt le slogan ordinairement trompeur d'un film extraordinairement en deçà de ce que l'on pouvait espérer. Albert Nobbs est une femme qui depuis ses 14 ans se fait passer pour un homme, afin de fuir un passé traumatisant. L'actuel métier d'Albert, serveur au sein d'un prestigieux hôtel de Dublin, lui permet de réunir un pécule dans l'espoir d'ouvrir une boutique de tabac et de couler de beaux jours aux côtés de la petite soubrette dont elle vient de s'amouracher. Mais lorsqu'un nouvel homme à tout faire se fait embaucher à l'hôtel, rien de va plus : il séduit non seulement la soubrette, mais projette avec elle de dépouiller Albert Nobbs pour partir en Amérique...

Albert Nobbs, produit et interprété par Glenn Close (qui s'est investie corps et âme depuis 1982 pour concrétiser son projet sur le grand écran), nous propose un sujet pas banal, à savoir la confusion des sexes et le trouble identitaire dans l'Irlande du XIXème siècle. Autres temps, autres mœurs. L'intrigue prend place à une époque où l'idée même d'homosexualité rimait avec le plus profond des dégoûts. Mais là où l'on se serait attendu à une mise en scène fiévreuse, épousant les tensions inhérentes au travestissement du protagoniste et explorant ses états d'âme en permanence contrariés, Rodrigo Garcia et son scénariste Istvan Szabo nous livrent une fiction particulièrement timide, étonnamment lisse et sans relief, dont le rythme presque neurasthénique nous plonge souvent dans un profond état d'ennui. La faute à une peinture trop superficielle et fort peu attachante des personnages, dont on ne contemple que la surface, Albert elle-même apparaissant comme une poupée de cire sans cesse inaccessible, malgré la métamorphose inquiétante et saisissante de Glenn Close. Morne galerie de caractères relevant de purs clichés du genre (la soubrette mignonne mais cruelle, le mauvais garçon, le bon docteur...), de seconds rôles fantomatiques. On retiendra de ce drame tiède, qui ne fait qu'amorcer des bouts d'intrigues et de sentiments sans jamais les mener à terme, la beauté crépusculaire de la photographie (conférant aux images une atmosphère délétère qu'on aurait tant aimer ressentir à un niveau dramatique), le soin admirable – presque maniaque – apporté à la confection des costumes et des décors (reconstitution crédible de Dublin au XIXème siècle), ainsi qu'une paire de dialogues savoureux échangés entre Albert et Hubert Page, autre femme travestie en homme dans laquelle Nobbs semble trouver un alter ego.

Mosaïque frustrante de destins contrariés, de passions frustrées et de rêves brisés, Albert Nobbs abîme malheureusement le potentiel pourtant bouillonnant de ses drames dans le regrettable académisme de sa construction. Un bel objet visuel, certes, mais qui ne touche que trop rarement pour marquer les esprits. A l'image d'Albert, contemplant avec un regard d'enfant rêveur l'échoppe abandonnée qu'elle veut s'offrir, on se prend à rêver nous aussi du souffle salutaire qui aurait pu faire de cette fresque, seulement à moitié vivante, un grand film.

2sur5

Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 02:01
- Par Magusneri - Publié dans : Drame
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action / aventure
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne (Steven Spielberg) / Les Aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec (Luc Besson) / Cheval de guerre (Steven Spielberg) / Le Choc des Titans (Louis Leterrier) / Fast and Furious 5 (Justin Lin) / Hugo Cabret (Martin Scorsese) / Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence (Rob Marshall) / Prince of Persia : les Sables du Temps (Mike Newell) / Robin des Bois (Ridley Scott) / Sherlock Holmes 2 : Jeu d'ombres (Guy Ritchie) 

animation
Dragons (Chris Sanders, Dean Deblois) / L'Illusionniste (Sylvain Chomet) / Toy Story 3 (Lee Unkrich) 

comédie
Les Chèvres du Pentagone (Grant Heslov) / Cinéman (Yann Moix) / Dernière heure, édition spéciale (Maurice de Canonge) / Le Plan B (Alan Poul) / Projet X (Nima Nourizadeh)    

comédie dramatique
Âmes en stock (Sophie Barthes) / The Artist (Michel Hazanavicius) / Carnage (Roman Polanski) / Un Conte de Noël (Arnaud Desplechin) / Crazy Heart (Scott Cooper) / Fighter (David O. Russell) / Heaven, Hell... Earth (Laura Sivakova) / Les Invités de mon père (Anne Le Ny) / Mammuth (Gustave Kervern, Benoît Delépine) / The Social Network (David Fincher) / La Tête en friche (Jean Becker)

comédie musicale
Nine (Rob Marshall) / Reefer Madness (Andy Fickman) 

drame
Ariane M. (un film de Quentin Bonnet) / 4 mois, 3 semaines, 2 jours (Cristian Mungiu) / Albert Nobbs (Rodrigo Garcia) / Un Ange à la mer (Frédéric Dumont) / Anonymous (Roland Emmerich) / L'Apollonide – Souvenirs de la maison close (Bertrand Bonello) / Au-delà (Clint Eastwood) / Black Swan (Darren Aronofsky) / Chloé (Atom Egoyan) / Cloclo (Florent Emilio Siri) / La Comtesse (Julie Delpy) / Copie conforme (Abbas Kiarostami) / Detachment (Tony Kaye) / Le Discours d'un roi (Tom Hopper) / Elle s'appelait Sarah (Gilles Paquet-Brenner) / Empire du soleil (Steven Spielberg) / L'Etrange Histoire de Benjamin Button (David Fincher) / Eyes Wide Shut (Stanley Kubrick) / Giorgino (Laurent Boutonnat) / Le Hasard (Krzysztof Kieslowski) / Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin) / Le Moine (Dominik Moll) / Les Moissons du ciel (Terrence Malick) / The Moralist 3D (Mathieu Kassovitz) / Precious (Lee Daniels) / La Rafle (Rose Bosch) / Une Séparation (Asghar Farhadi) / Tête de Turc (Pascal Elbé) / The Tree of Life (Terrence Malick) / Le Voleur (Louis Malle) / Warrior (Gavin O'Connor) / We need to talk about Kevin (Lynne Ramsay) 

épouvante / horreur / survival / gore
Bug (William Friedkin) / The Crazies (Breck Eisner) / Freddy, les griffes de la nuit (Samuel Bayer) / Infectés (Alex et David Pastor) / Piranha 3D (Alexandre Aja) / Scream 4 (Wes Craven) 

fantastique / SF
Alice au pays des merveilles (Tim Burton) / Avatar (James Cameron) / Blade Runner (Ridley Scott) / Brazil (Terry Gilliam) / Harry Potter et les Reliques de la Mort – Partie 1 (David Yates) / Harry Potter et les Reliques de la Mort – Partie 2 (David Yates) / L'Imaginarium du Docteur Parnassus (Terry Gilliam) / Inception (Christopher Nolan) / L'Invasion des profanateurs de sépultures (Don Siegel) / Le Jour où la Terre s'arrêta (Robert Wise) / Melancholia (Lars Von Trier) / Paul (Greg Mottola) / Les Prédateurs (Tony Scott) / Scanners (David Cronenberg) / Splice (Vincenzo Natali) / Star Trek (J.J. Abrams) / Sucker Punch (Zack Snyder) / Super 8 (J.J. Abrams) / Time Out (Andrew Niccol) / Triangle (Christopher Smith) / Twilight – Chapitre 2 : Tentation (Chris Weitz) / Twilight – Chapitre 3 : Hésitation (David Slade) / Les Visiteurs du soir (Marcel Carné) 

guerre
Démineurs (Kathryn Bigelow) / Green Zone (Paul Greengrass) 

policier / thriller
Bad Lieutenant, Escale à la Nouvelle-Orléans (Werner Herzog) / A bittersweet life (Kim Jee-woon) / Comme les cinq doigts de la main (Alexandre Arcady) / Dans ses yeux (Juan José Campanella) / Drive (Nicolas Winding Refn) / L'Elite de Brooklyn (Antoine Fuqua) / L'Ennemi public (Don Siegel) / The Ghost-Writer (Roman Polanski) / Il était une fois en Amérique (Sergio Leone) / L'Immortel (Richard Berry) / The Informant ! (Steven Soderbergh) / J'ai rencontré le Diable (Kim Jee-woon) / Mesrine : L'Instinct de mort (Jean-François Richet) / Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (David Fincher) / The Murderer (Hong-jin Na) / La Piel que habito (Pedro Almodóvar) 

super-héros
Iron Man 2 (Jon Favreau) / Kick-Ass (Matthew Vaughn) / Thor (Kenneth Branagh) / X-Men : Le Commencement (Matthew Vaughn) / X-Men Origins : Wolverine (Gavin Hood) 

western
Le Bon, la brute et le truand (Sergio Leone) / Le Soldat bleu (Ralph Nelson)

critiques de séries TV
24 heures chrono (Joel Surnow, Robert Cochran) / Rome (John Milius, Bruno Heller)

hommages, rétrospectives
Revoir Spielberg – les années 2000 : l'odyssée de la noirceur / Revoir Spielberg – les années 1990 : la décennie paradoxale / Revoir Spielberg – les années 1980 : l'envol d'un auteur hollywoodien / Revoir Spielberg – les années 1970 : de Duel à l'échec de 1941 / Revoir tout Ridley Scott / Dennis Hopper : hommage en images / 

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Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 04:03
- Par Magusneri - Publié dans : INDEX DU BLOG
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detachment

Disons-le d'emblée, Detachment est un sérieux concurrent au titre de pire film jamais réalisé. Presque 13 ans après son déjà putassier et racoleur American History X, Tony Kaye récidive à travers le portrait nauséeux d'une humanité qu'il abhorre, un cri de haine aussi vain qu'abject envers ses semblables, en nous livrant un mélo de la pire espèce, un objet filmique aussi détestable que manipulateur, à mi-chemin entre une fiction au lyrisme douteux et un faux documentaire croulant sous l'alarmisme puant de son sujet mille fois rabâché, celui d'un système éducatif au bord du gouffre.

Enfonçant allègrement des portes ouvertes durant les 100 minutes interminables de son drame, Tony Kaye met en scène un professeur remplaçant, répondant au nom – ici faussement prestigieux – de Henry Barthes (Adrien Brody, dont le talent n'a jamais été autant gâché), qui doit faire face à l'agressivité de ses nouveaux élèves ignares, en même temps qu'aux caprices d'une jeune catin ramassée un soir sur le bord d'un trottoir et l'agonie de son grand-père sénile, dont la conscience ravagée a depuis longtemps sombré dans les abysses d'un purgatoire parallèle où il semble chercher l'improbable pardon de sa fille, morte avant lui. Le rapport dramatique entre les trois intrigues ? Il n'y en a aucun, si ce n'est une contingence effarante résultant d'un travail de scénariste bâclé, présomptueux et ignorant des règles de base de l'écriture filmique. Victime d'un montage hasardeux, le spectateur se perd rapidement entre les interminables errances de Henry dans les couloirs d'un lycée en perdition, ses visites à l'hospice où son grand-père le prend pour sa mère (Henry partage tellement ses hallucinations de mourant qu'il finira même – au détour d'une scène risible jusqu'au délire – par incarner sa propre mère en imitant sa voix...) et ses petites attentions pour sa prostituée particulière dans laquelle il croit déceler les derniers éclats d'une humanité foutue, avant de l'abandonner comme un vieux mouchoir usagé. Trois axes dramatiques trop disparates qui usent jusqu'à la rupture les ficelles du mélodrame facile, à grand renfort de cadrages tremblotants, de larmes factices et de mélodies dégoulinant de pathos exécutées par un piano tellement omniprésent qu'on est très vite saisi par l'envie irrépressible d'en massacrer les touches à coups de marteau.

D'une laideur visuelle incommensurable, presque tous les plans étant envahis par un grain grossier d'autant plus infâme qu'il semble volontaire, Detachment fait surtout preuve d'une lourdeur pathétique dans le message désespérément crétin qu'il tente d'infuser dans la conscience de ses spectateurs. Outrancièrement moralisateur, le film clame en permanence la ruine de nos sociétés (scoop !) et l'échec inéluctable de l'humanité, en se vautrant dans un premier degré aussi effrayant que dangereux. Que veut montrer Tony Kaye ? Que l'homme est une merde méprisable, un être insignifiant, sans visage ni valeur ; que la société est une épave composée de parents déserteurs et de rejetons ingrats ; que les actes de bonté sont aussi éphémères qu'inutiles ; que tout est pourri et qu'on ne peut rien y faire. La solution ? Tony Kaye en propose en fait plusieurs, dans sa grande générosité de cinéaste misanthrope : le suicide (sublimé à l'écran par de somptueux ralentis sacralisant une ado qui s'empoisonne en public) ou bien le fameux « détachement » annoncé par le titre. Tout est foutu, vous dis-je, alors à quoi bon se battre ? Flinguez-vous ou enfermez-vous dans une bulle, laissez tout tomber : vous mourrez comme tous les chiens qui vous entourent, mais (peut-être) un peu moins malheureux. Voici donc le sinistre message, la vérité profonde du cinéma débile de Tony Kaye, un tissu de connerie existentielle ourlé de lâcheté humaine qui ne provoque finalement qu'un immense dégoût envers son vil créateur et le désir viscéral d'effacer de nos rétines bafouées son éclatant mépris pour le genre humain. Si vous êtes à ce point convaincu, Monsieur Kaye, que les hommes ne valent plus la peine d'être considérés, pourquoi essayez-vous toujours de faire du cinéma ? Vous qui avez perdu toute foi dans le monde des vivants, peut-être devriez-vous chercher votre réelle vocation dans la gestion d'une entreprise de pompes funèbres ou bien dans la direction d'une morgue... PS : Et merci de ne plus souiller la mémoire d'Edgar Allan Poe, dont vous n'avez visiblement pas saisi l'univers poétique, en l'utilisant comme l'argument d'autorité ultime dans votre conception bassement nihiliste de l'homme.

wcc

Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 03:06
- Par Magusneri - Publié dans : Drame
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