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27 février 2012 1 27 /02 /février /2012 22:52

the moralist 3d

C'est désormais officiel, un vent de changement vient de souffler dans le morne paysage de la cinématographie française. Il y a pourtant de cela plus de deux ans, personne n'avait pris au sérieux les paroles de Mathieu Kassovitz, excédé par le manque d'ambition flagrant de ses confrères, lorsqu'il avait annoncé, à l'ouverture du festival de Cannes 2012, qu'il se lancerait dans un remake croisé de The Artist et de Transformers, dans l'espoir, disait-il, de « sensibiliser les masses sur la manipulation « enculeuse » des majors américaines et la bassesse de notre cinéma national ».

The Moralist 3D, à la fois écrit et mis en scène par Kassovitz, et produit par Michael Bay en personne (qui depuis l'échec cuisant de Transformers 5 s'est lancé dans un vaste projet de rédemption artistique), vient donc de sortir sur nos écrans. Et autant le dire d'emblée, le résultat dépasse largement tout ce que l'on pouvait espérer. Non content de nous livrer un film d'action décomplexé à l'intrigue truffée de rebondissements fracassants et de morceaux de bravoures démentiels (héritiers crépusculaires d'une ère « transformiste » désormais révolue), le père du sous-estimé L'Ordre et la Morale nous propose dans le même temps une méditation vertigineuse sur la notion de libre-arbitre, à travers le destin chaotique du robot philosophe et guerrier Optanus Frime, auquel le génial John O'Garden (Jean Dujardin, auto-rebaptisé depuis son deuxième triomphe aux Oscars 2013) prête sa voix, avec toute la subtilité de jeu qu'on lui connaît. Scénario sans temps morts ménageant habilement des instants de pure réflexion métaphysique, dialogues ciselés et répliques cultes en pagaille (« Enculer ou ne pas enculer le cinéma français ? » ; « Silence, Optanus ! »), galerie inoubliable de personnages attachants, virtuosité folle du montage, lustre ahurissant d'un puissant noir & blanc et utilisation quasi poétique d'une 3D qui repousse ici les limites de la technologie numérique (Avatar 2 : Revenge of the Earth, dont la sortie est programmée pour décembre, n'a qu'à bien se tenir...), The Moralist 3D est un éblouissement audio visuel de tous les instants.

Faisant preuve d'une maîtrise technique aussi bluffante que permanente (le cinéaste n'a visiblement pas perdu la main après sa retraite forcée de quelques mois sous les cocotiers de Miami), Kassovitz construit une fable aussi spectaculaire qu'engagée, qui n'a pas fini de réinterroger la néantise des habituelles productions françaises à l'aune d'un art hollywoodien réinventé, celui du bourrinage éclairé. A l'image de ce plan séquence d'anthologie qui suit l'intrusion vengeresse d'Optanus Frime et de son commando d'androïdes mutants dans le Théâtre du Châtelet pendant la Cérémonie des Césars... un festival pyrotechnique d'une pertinence admirable ! Lorsque le robot tire des godes explosifs sur le postérieur de chaque spectateur, c'est plus que de la fureur destructrice que l'on décèle dans son regard métallique, c'est toute la détresse et l'absurdité de sa condition. Quant à l'anéantissement total du territoire français (par un déluge de missiles nucléaires) qui clôture le film, et que certains journalistes ignorants ont cru bon de juger infantile et crétin, c'est assurément l'expression visuelle la plus puissante du désespoir qu'on ait vu depuis longtemps dans nos salles obscures.

Ayant tiré les leçons de ses échecs et frustrations passés, Kassovitz se lâche comme jamais et accouche d'un classique instantané du cinéma populaire, tenant ainsi une promesse que l'on avait toujours cru impossible : la naissance d'un art brillamment balourd, capable de fédérer à la fois les partisans de Fast & Furious et de Citizen Kane. Face à un tel pouvoir de communion, on ne peut que s'incliner et en redemander. Vivement la suite et chapeau l'artiste ! La preuve vivante que tout est possible dans ce « monde de merde » !

5sur5

Par Magusneri, le 13/10/2014.


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commentaires

lucie 12/05/2012 00:01

ouaouh je veux trop voir ce film! j'espère que mathieu kassovitz te lit! ça à l'air mortel!

Wilyrah 28/02/2012 17:10

Je vois qu'on se fait plaisir :) Heureusement le lecteur s'amuse aussi pas mal avec ce billet au trentième degré !

Magusneri 02/03/2012 20:35



Ravi que cette critique parodique t'ait plu :) délirer un peu ne fait jamais de mal, bien au contraire !