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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 19:16

Hook ou la revanche du Capitaine Crochet (Hook, 1992) : La rencontre de l'univers de Spielberg et du mythe de Peter Pan (désir d'une enfance éternelle) était inévitable. Le cinéaste signe là son œuvre la plus enfantine, peut-être la plus kitsch, la plus hollywoodienne, renouant après la parenthèse intimiste d'Always avec le genre de l'aventure. Mais le casting prestigieux (Robin Williams, Dustin Hoffman, Julia Roberts...) et les délirants décors en carton-pâte de Hook sont trompeurs : si Spielberg livre d'abord un film commercial, il annonce avec cette histoire de piraterie a priori anodine le crépuscule de tout un pan du cinéma. Spielberg abuse une dernière fois des artifices d'un cinéma populaire traditionnel pour les pousser dans leurs ultimes retranchements. Il prépare avec Hook l'avènement d'un nouveau divertissement, qui naîtra sous la forme de Jurassic Park...

1 - hook

Jurassic Park (1993) : Film culte parmi les films cultes, Jurassic Park s'est imposé dès sa sortie triomphale comme une révolution dans l'univers du cinéma populaire, un modèle de divertissement moderne. Réinventant les codes du genre horrifique en les transposant dans un décor typique du cinéma d'aventure, Spielberg expérimente un réalisme visuel encore jamais atteint au début des années 90, où le meilleur de l'animatronic côtoie une nouvelle génération d'images synthétiques créées par ILM. Aboutissement spectaculaire des Dents de la mer, Jurassic Park dynamite sans cesse ses oripeaux exotiques en empruntant la voie de l'horreur et du macabre, tour à tour angoissant lorsqu'il suggère la présence de ses monstres préhistorique et terrifiant quand il les montre (inoubliable apparition nocturne du Tyrannosaure). Mais Jurassic Park représente surtout un fascinant objet filmique à travers le paradoxe qui le constitue : proposer un cinéma nouveau à travers la quête prométhéenne, démiurgique, d'une forme de vie primitive. A la manière de John Hammond, qui cherche à révolutionner le concept du parc à thème en ramenant le visiteur aux origines du monde, Spielberg révolutionne le cinéma populaire en proposant la vision fantasmée d'un temps immémorial, restant ainsi fidèle à son adage : faire du neuf avec du vieux. Il semble avoir trouvé avec Jurassic Park la recette du divertissement absolu, universel, fédérateur. Une certaine idée de la perfection...

3 - jurassic park

La Liste de Schindler (Schindler's List, 1993) : Grâce aux recettes colossales de Jurassic Park, Spielberg s'attelle à un projet plus personnel et renoue avec le genre du cinéma historique, auquel il s'était confronté en 1987 avec Empire du Soleil. Encore une fois, il refuse de s'adonner à une simple illustration historique, en proposant une vision cinématographique de la Shoah. La Liste de Schindler marque la première collaboration de Spielberg et de Janusz Kaminski, qui devient dès lors son directeur de la photographie attitré. Le cinéaste trouve en effet en Kaminski un alter ego dans la création d'images fortes. La Liste de Schindler, plus qu'une fresque historique, se donne à voir à travers ses plans en clair obscur comme une quête de la lumière au milieu de la noirceur infinie de la Shoah. Si visuellement le noir et blanc restitue la douloureuse réalité des images d'époque, il s'écarte paradoxalement de tout manichéisme, reflet mimétique de la personnalité trouble du protagoniste, incarné par Liam Neeson. La fresque de Spielberg cherche moins à juger l'histoire qu'à lui donner un visage, autant dans son horreur que dans ses éclats de bonté.

2 - schindler's list

Le Monde perdu : Jurassic Park (The Lost World : Jurassic Park, 1997) : Spielberg revient à ses dinosaures pour créer une véritable franchise. Plus spectaculaire encore que son prédécesseur, Le Monde perdu pourrait se voir comme une libre adaptation du roman éponyme de Conan Doyle (que Spielberg admire), en même temps qu'un hommage à King Kong à travers sa vision d'un univers primitif et hostile. Cette suite de Jurassic Park se concentre sur le personnage déjanté de Malcolm (incarné par Jeff Goldblum), personnage secondaire du premier opus, jouant ainsi à fond la carte d'un humour noir irrésistible. Menée tambour battant, l'intrigue est un bonheur de divertissement horrifique, ponctuée de morceaux de bravoure (la chasse aux dinosaures, l'arrivée en ville du Tyrannosaure). Si la réflexion sur la recréation d'une forme de vie primitive est bien moins poussée que dans le premier volet, Le Monde perdu représente encore aujourd'hui un divertissement d'une efficacité redoutable, au croisement du film d'horreur, de monstre et d'aventure.

5 - le monde perdu

Amistad (1997) : œuvre méconnue dans la filmographie de Spielberg, cette fresque historique s'attache à représenter les premières années de l'abolitionnisme à travers le regard d'un esclave africain, incarné par Djimon Hounsou. Si la réalisation est académique et le contexte historique parfois approximatif, Spielberg reste fidèle à lui-même en proposant la vision subjective d'une époque, tissant de nombreux liens, par son contenu, avec La Couleur pourpre. On redécouvre avec plaisir un casting de grande classe (Anthony Hopkins, Morgan Freeman, Matthew McConaughey, Pete Postlethwaite, Stellan Skarsgard...), une toute jeune Anna Paquin en petite reine d'Espagne, des séquences de procès passionnantes, ainsi qu'une beauté picturale impressionnante dès la sauvage scène d'ouverture.

4 - amistad

Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan, 1999) : Empruntant les codes du film de guerre pour les exploiter d'une manière aussi viscérale que cauchemardesque (traumatisante scène du débarquement), Spielberg s'écarte néanmoins du genre pour représenter l'absurdité quasi kafkaïenne d'un conflit. L'intrigue, d'abord très ancrée dans l'histoire, abandonne progressivement tous ses repères pour nous plonger dans une errance angoissante, à travers une Normandie dévastée. La mort est partout, spectre vorace et perpétuel, se déployant à l'écran à travers des images de désolation. La photographie de Janusz Kaminski, presque monochrome, vient s'opposer à la douceur des plans de La Liste de Schindler, car il ne s'agit plus de traquer la lumière dans les ténèbres. Bien au contraire, Il faut sauver le soldat Ryan se caractérise, avec ses images sales, par un pourrissement visuel, une agonie de la lumière, traquant l'horreur dans ses moindres recoins. Une horreur qui vous isole du commun des mortels dès lors qu'on l'a regardée : le personnage vieillissant du soldat Ryan ne trouve aucun réconfort auprès de sa famille, pourtant réunie autour de lui ; son regard hanté par la mort de tous ses camarades de combat révèle sa solitude tragique. Solitude d'un homme déjà mort attendant la délivrance pour enfin sortir du cauchemar incessant de ses souvenirs. Bien plus subtil qu'il ne paraît, Il faut sauver le soldat Ryan reste une puissante fresque anti-militariste, qui nous fait littéralement vivre la guerre, de l'intérieur, pour mieux nous en dégoûter. Et Spielberg de persévérer dans son art du paradoxe.

6 - saving private ryan

 

Revoir Spielberg - les années 2000 : l'odyssée de la noirceur / Revoir Spielberg - les années 1980 : l'envol d'un auteur hollywoodien / Revoir Spielberg - les années 1970 : de Duel à l'échec de 1941


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commentaires

H
<br /> "Grâce aux recettes colossales de Jurassic Park"<br /> <br /> Aux dernières nouvelles, il a déjà commencé le tournage de Schindler alors que Jurassic Park n'est qu'en post-production... De plus, par le caractère du film, il s'impose un petit budget.<br /> <br /> <br />
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