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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 03:11

Les Aventuriers de l'Arche perdue (Raiders of the Lost Ark, 1981) : Spielberg fait une entrée fracassante dans les années 80, après le malheureux échec de 1941. Il créé avec Indiana Jones, sur une histoire de George Lucas, une véritable icône du cinéma d'aventure évoluant dans un univers hérité de la bande-dessinée (l'ombre de Tintin n'est pas loin...), naviguant entre Histoire et fiction débridée. Avec son rythme trépidant (jamais frénétique), ses personnages inoubliables, son exotisme factice rappelant les classiques hollywoodiens du cinéma d'aventure, sa bande-originale mythique signée John Williams et ses références mythologiques en pagaille, Les Aventuriers de l'Arche perdue témoigne du génie absolu de Spielberg en matière de divertissement. Beaucoup tenteront de se mesurer à lui... en se cassant les dents. Un monument indémodable du cinéma moderne.

aventuriers arche perdue

E.T. L'Extra-Terrestre (E.T. the Extra-Terrestrial, 1982) : deuxième incursion de Spielberg dans le domaine de la science-fiction. Alors que Lucas poursuit ses délires spectaculaires avec L'Empire contre-attaque (1980), alors que Carpenter emprunte la voie de la terreur avec The Thing et que la saga Star Trek propose son deuxième volet (1982), le père de Rencontres du Troisième Type persévère dans ses obsessions personnelles en nous livrant une fable bouleversante, on ne peut plus universelle, mais toujours intimiste, terriblement humaine. Un pari risqué mais gagné, puisque E.T. pulvérise littéralement le box-office de l'année 1982 et séduit la critique, partout dans le monde, au détriment de Blade Runner, rejeté, mal aimé. La lumière qui irrigue le film de Spielberg triomphe de la noirceur du projet malade de Ridley Scott, qui ne sera reconnu que bien plus tard. Mais s'il est unanimement considéré comme une fable familiale destinée à un large public, il serait peu avisé d'occulter la part d'ombre qui plane en filigrane sur E.T., à travers le comportement hautement cruel des adultes. La seule issue, généralement interprétée comme un simple happy end, réside dans la fuite. Fuir ou mourir ! Spielberg n'est pas aussi enfantin qu'on pourrait le croire...

ET

Indiana Jones et le Temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom, 1984) : Spielberg fait preuve d'une noirceur terrifiante dans ce deuxième opus des aventures de son célèbre archéologue. Presque entièrement souterrain, le film se lance dans la représentation très graphique d'un mal enfoui : sacrifices occultes, séances de torture, populations opprimées, enfant souverain tyrannique... L'aventure, s'inspirant parfois de Tintin et le Temple du Soleil, est toujours au rendez-vous, à travers des morceaux de bravoure fracassants (la scène d'introduction, l'arrivée en Inde, la séquence de montagnes russes dans les mines...), mais elle perd l'aura d'insouciance presque désinvolte qui caractérisait le premier volet. Spielberg avoue s'effrayer lui-même en revoyant son film. Il s'agit tout de même d'un formidable divertissement, au rythme hypnotique et à la facture ahurrissante, une épopée tout aussi brillante que la précédente, parsemée d'un humour noir parfois ravageur.

indiana jones temple maudit

La Couleur pourpre (The Colour Purple, 1985) : alors qu'on le croit désormais cantonné aux blockbusters hollywoodiens, Spielberg frappe là où on l'attend le moins. Il créé la surprise en s'attaquant à l'adaptation d'un roman épistolaire d'Alice Walker traitant de la ségrégation raciale et de la condition des femmes noires aux États-Unis au début du XXème siècle, à travers le destin de Célie, un rôle qui lança la carrière de la jeune Whoopi Goldberg. Spielberg livre une saga familiale pleine de cris, de fureur, de larmes, mais aussi de rires et de sourires. L'humour côtoie l'horreur la plus abjecte, incarnée par Danny Glover, effrayant en mari tyrannique. La mise en scène, alternant pure contemplation (sublimes tableaux), éclats de fureur et tourbillons d'émotions, se révèle d'une intensité et d'une puissance hypnotique encore intactes aujourd'hui. Notons que La Couleur pourpre a lancé la carrière d'une autre personnalité américaine bien connue : Oprah Winfrey.

la couleur pourpre

Empire du Soleil (Empire of the Sun, 1987) : chef-d'œ’œuvre presque oublié de Spielberg, cette fresque historique, doublée d'un éprouvant survival, relate l'errance désespérée et solitaire d'un jeune garçon à Shanghaï en 1941, sous l'occupation de l'armée impériale japonaise. Le film marque la première grande apparition à l'écran de Christian Bale, alors âgé de 13 ans. L'adolescent révèle un jeu totalement bouleversant, son personnage rappelant avec émotion l'Antoine Doinel de Truffaut (que Spielberg admire), gamin perdu, désemparé, forcé à devenir un adulte avant l'heure s'il veut survivre. La reconstitution de Shanghaï est faramineuse et l'intrigue traversée par des élans de poésie sublime, telle la vision hallucinée des bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, le petit héros croyant qu'il s'agit de Dieu photographiant la Terre depuis son royaume céleste. Certains y verront une faute de goût (la scène des douches dans La Liste de Schindler n'y échappera pas non plus), alors qu'il s'agit assurément d'un éclat d'audace artistique, épousant totalement le point de vue de l'enfant, les ambiguïtés troublantes de son innocence, ou plutôt de son ignorance du Mal. L'un des films les plus poignants de Spielberg. [critique : Empire du Soleil ]

empire du soleil

Indiana Jones et la Dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade, 1989) : certainement l'épisode le plus déjanté, le plus fou, le plus débridé de la saga Indiana Jones. Le film s'ouvre sur un flash-back mémorable nous révélant les origines de la peur du héros face aux serpents, pour se poursuivre sur une quête du Graal aussi monumentale que surprenante dans sa mise en scène. L'introduction dans le récit du père d'Indiana, incarné par Sean Connery (hommage ultime à l'univers de James Bond, très prisé par Spielberg et Lucas), s'avère l'idée la plus excitante d'un scénario trépidant, sans temps mort, au service d'un divertissement absolu, décomplexé, euphorisant. Spielberg attendra deux décennies avant de se replonger dans l'univers de sa saga...

indiana jones derniere croisade

Always (1989) : l'un des films les plus sous-estimés de Spielberg, relatant l'odyssée d'un pilote mort qui, depuis l'au-delà, forme la jeune recrue censée le remplacer, tout en acceptant de lâcher prise, de se détacher de la femme qu'il aimait de son vivant. Always marque les retrouvailles poignantes de Spielberg et de Richard Dreyfuss. Hommage vibrant au cinéma classique hollywoodien, en même temps qu'une tentative de s'en détacher (comme le protagoniste mort vis-à-vis de sa femme toujours vivante), le film, sublimement photographié (les couleurs, les ombres et la lumière parlent plus que les dialogues) parvient à glisser, sous sa désarmante simplicité de conte, une complexité de sens saisissante, offrant une multitude de lectures et d'interprétations, une exploration surprenante car étonnamment vivante de la mort. Spielberg quitte les années 80 tout en douceur, avec ce qui restera comme l'une de ses œœuvres les plus personnelles, accomplies et matures (« adulte » est à bannir de son univers). Un beau film à redécouvrir ! Notons que Ben Burtt, ingénieur du son d'Always, connu pour ses créations sonores sur la saga Star Wars, a glissé malicieusement le bruit d'un tir de vaisseau dans la scène du sauvetage aérien des pompiers par le personnage de Holly Hunter.

always

 

Revoir Spielberg - les années 2000 : l'odyssée de la noirceur / Revoir Spielberg - les années 1990 : la décennie paradoxaleRevoir Spielberg - les années 1970 : de Duel à l'échec de 1941

 

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